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Le lagrein, un cépage rouge et rare du Nord de l’Italie

Les cépages sont un peu comme les humains. D’un côté il y a des célébrités, que l’on voit partout, au point parfois de s’en lasser malgré leurs grandes qualités. Puis les ordinaires, plus banals, sans grands vices ni grandes vertus, mais parfois largement utilisés. Enfin il y a une foule de variétés obscures, rarement sous les feux de la rampe (ou pas encore) et confinées dans leur fief d’origine, malgré d’immenses qualités dans bien des cas.

Le lagrein, un cépage rouge et rare du Nord de l’Italie

Lors d’un récent voyage dans le Nord de l’Italie, j’ai eu de nouveau l’occasion de goûter quelques vins d’un de ces cépages que je trouve fort intéressants. Il s’agit du lagrein, un cépage rouge cultivé dans la vallée de l'Adige, dans les provinces italiennes du Trentino (Trentin) et d’Alto Adige (Haut Adige). Comme une autre variété locale, le marzemino, le lagrein descend de la variété teroldego (que l’on trouve aussi dans cette région) et se trouve donc lié, familialement, à la syrah, au pinot noir et au dureza (vieux cépage ardéchois). Il a probablement émergé dans une vallée appelée Lagarina, dans la province de Trentino, et on en trouve mention dès le XVII ème siècle dans les registres du monastère bénédictin de Murin près de Bolzano (la capitale de la province de l’Alto Adige).

Autrefois, le lagrein était surtout utilisé pour produire un vin rosé appelé localement kretzer, consommé localement et surtout en été. Un rouge appelé dunkel était aussi produit, souvent en assemblage avec une autre variété locale, le schiava. Le moins que l’on puisse dire est que ces vins-là n’avaient pas grand intérêt mais, depuis quelques années, de bons producteurs, comme Alois Lageder (basé dans le village de Magrein), se sont penchés sur cette variété et en ont tiré de très bons vins, en mono-cépage ou en assemblage. La recette est bien connue : on fait attention à la matière végétale (clone, porte-greffe), on plante judicieusement et on cultive avec soin en limitant les rendements. Le lagrein donne des vins relativement colorés, possédant pas mal d’acidité et des tannins, disons, bien présents. Bien mené et élevé assez longuement, il est capable de produire un vin bien équilibré que je trouve plein de caractère et assez fin dans un style structuré, légèrement austère mais très digeste. Parfait pour accompagner des plats de gibier, par exemple.

Le lagrein est un cépage encore rare, on en compte autour de 500 hectares en production dans les deux provinces que j’ai mentionnées.  Les californiens et les australiens en plantent un peu, à titre expérimental, car la fraîcheur des vins peut être un atout dans certains assemblages de ces pays. A suivre.

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