Leçon n°81: Le cabernet franc
Nous savons qu’il est, par ailleurs, un des parents du cabernet sauvignon (avec le sauvignon blanc) et qu’il a migré vers le Val de Loire, peut-être avant le XVI ème siècle, car François Rabelais en fait mention dans Gargantua : « ce bon vin breton, qui poinct ne croist en Bretagne, mas en ce bon pays de Véron » (le pays de Véron se trouve entre la Loire et la Vienne et le nom de breton s’explique par le fait que le cépage a été probablement importé de Gironde par la mer à Nantes, alors considérée comme port breton). Notons qu’on l’appelle encore souvent « breton » en Val de Loire. D’autres ont évoqué le rôle de l’Abbé Breton, régisseur des terres de Richelieu, au XVII ème siècle, mais cette homonymie tient sans doute du hasard.
Quels que soient son parcours exact et les dates de ses migrations, le cabernet franc reste, hors de son Val de Loire d’adoption (où il existe, en solitaire ou en très forte majorité, dans les appellations comme Chinon, Bourgueil, Saint-Nicolas de Bourgueil, Saumur Champigny, Saumur et Anjou/Anjou Villages), essentiellement un cépage d’appoint dans les assemblages. Parfois il peut friser la moitié ou se trouve en légère majorité dans quelques domaines de la rive droite de Bordeaux, parfois sous le nom de bouchet. Le plus célèbre exemple est le Château Cheval Blanc. Mais, ailleurs à Bordeaux, il reste minoritaire par rapport aux deux principaux cépages rouges que sont le merlot et le cabernet sauvignon. On le trouve également dans presque toutes les appellations du Sud-Ouest, mais toujours en minorité et en option. En France, il couvre environ 35 000 hectares plantés.
Ailleurs, il a essentiellement joué ce rôle de cépage d’appoint, sauf dans certaines zones d’Italie du Nord-Est, car les cabernets francs purs sont assez rares partout (sauf, je le redis, en Val de Loire). A titre d’exception, j’en ai goûté quelques très bons en Afrique du Sud, notamment ceux faits par Raats Family et par Raka. J’ai aussi goûté de bons cabernets francs en Californie. En revanche il figure dans presque tous les vins qui utilisent les assemblages bordelais, de la Californie à la Nouvelle-Zélande. Difficile de calculer sa superficie hors de France car on n’arrête pas de découvrir qu’on a parfois pris le carménère (même famille) pour le cabernet franc !
Ce cépage produit beaucoup de couleur et de tannins. Ces tannins peuvent, s’ils ne sont pas parfaitement mûrs et bien gérés à la vinification, paraître austères et même verts dans leur jeunesse. C’est souvent le problème avec une bonne partie des vins de Loire mentionnés, sauf dans les bonnes années et chez les meilleurs viticulteurs. Le cabernet franc possède en plus une acidité assez présente, ce qui peut avoir l’effet de durcir encore plus ces mêmes tannins. Mais il est capable aussi, à son meilleur, de démontrer une expression de fruit magnifique et il peut, pour les raisons précitées, vieillir d’une manière remarquable. Il produit aussi relativement peu d’alcool, ce qui l’empêche d’être mis à la mode par certains dégustateurs américains pour qui tout ce qui ne titre pas 15% n’apparaît même pas sur leur écran radar ! Tant mieux pour nous, car cela limite certains prix. Et cela va probablement lui donner un beau rôle dans l’avenir car on cherche de plus en plus à lutter contre cette montée des degrés alcooliques dans les vins.
A titre d’exemple de sa capacité à très bien vieillir, j’ai bu, pendant l'été 2009, ma dernière bouteille du Clos de la Dioterie 1985 de Charles Joguet (âgée donc de 24 ans, et capable d’aller bien plus loin) : une merveille. Chapeau bas !








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