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Leçon n°87: Le malbec

Ce cépage rouge était autrefois très populaire dans la région bordelaise, mais aujourd’hui il est devenu assez marginal, surtout depuis les replantations qui ont suivi le grand gel de 1956.

Leçon n°87: Le malbec

Le malbec est toujours admis dans presque toutes les appellations rouges bordelaises mais ne subsiste réellement que sur la rive droite, particulièrement dans la région de Bourg et de Blaye. Il reste le cépage le plus important d’une autre appellation du Sud-Ouest, Cahors, où il doit être présent à hauteur de 70% dans tous les vins, et constitue le cépage unique (ou presque) dans toutes les cuvées haut de gamme. Aujourd’hui son véritable pays d’adoption est l’Argentine, où il couvre plus de quatre fois la surface qui lui est consacrée en France (26 000 hectares contre environ 6 000 en France).  

Comme bien des variétés anciennes, le malbec a beaucoup de synonymes. On connaît le Côt, en Val de Loire, le Pressac, dans le Libournais, et, très curieusement, l’Auxerrois dans le Lot. Mais il y en a bien d’autres, surtout dans l’Ouest et le Sud-Ouest où il était très répandu avant le phylloxera (on le trouvait dans 30 départements !). Pour prendre un exemple à Bordeaux, avant le phylloxera, le malbec était autant planté que le cabernet sauvignon à Château Latour, par exemple. On ne connaissait pas le merlot à cette époque. 

Un des problèmes du malbec dans des climats un peu humides en France est qu’il a un peu les inconvénients du merlot (coulure, susceptibilité au mildiou), sans toujours démontrer la même qualité de fruit, car il peut sembler un peu terreux ou rustique. Mais dans un climat plus sec et plus chaud, cela change. C’est certainement pour cela qu’il fonctionne si bien à Cahors, et surtout en Argentine. Dans ce grand pays viticole (le 5ème au monde en surface), on trouve du malbec dans toutes les régions car il est aujourd’hui la plus plantée des variétés en Argentine. La grande majorité se trouve évidemment à Mendoza où sont situés 75% des vignes du pays. Le climat y est plus chaud et plus sec qu’en France et le malbec a certainement évolué pour s’y adapter au cours des 150 ans de sa présence. La plante y présente d’ailleurs des différences avec la version française. Les vins sont plus riches et le fruit plus mûr qu’en France. Cela rend les vins souvent plus attractifs pour des consommateurs néophytes. Goûtez un cahors à côté d’un malbec argentin, et vous reconnaîtrez le premier par une certaine impression d’austérité qui traduit des tannins plus fermes et une fraîcheur plus importante. 

La réussite commerciale du malbec argentin a clairement inspiré d’autres pays, en particulier son voisin chilien mais aussi un peu l’Afrique du Sud. Au Chili, le domaine Viu Manent possède de très vieilles vignes de malbec de plus de 100 ans, non  greffées. La qualité du jus de ces pieds de vigne m’a d’ailleurs incité à participer pour la seule fois de ma vie à l’élaboration d’un vin. Sa concentration naturelle était telle que nous l’avons assemblé avec du cabernet sauvignon pour l’alléger un peu ! 

Un autre résultat intéressant de cette réussite récente du malbec est que Cahors est enfin devenu fier de son cépage très majoritaire et organise, par exemple, et conjointement avec les argentins, des journées mondiales du malbec tous les deux ans. C’est une bonne chose, car non seulement Cahors travaille sur son identité et évoque enfin son cépage (qui fait partie intégrante de l’identité d’un vin) mais s’ouvre aussi au monde. La France peut apprendre du « Nouveau Monde, » et Cahors nous en donne un bel exemple avec le malbec.

 

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