Leçon n°96: Le viognier
A vrai dire, ses origines restent un peu mystérieuses ! Une théorie indique qu’il viendrait de la région de Dalmatie et qu’il était déjà présent dans la partie Nord du Rhône, autour de la ville de Vienne, sous l’Empire Romain. En 2004, l’University de Davis, en Californie, a établi son profil génétique qui montre des liens avec deux variétés piémontaises (les deux étant noires) : le Freisa et le Nebbiolo. Cela paraît plus réaliste comme chemin, mais on ne sait ni quand ni comment il est arrivé dans la vallée du Rhône.
Quoiqu’il en soit, on sait qu’il est fort ancien et qu’il a failli disparaître il n’y a pas si longtemps ! Lors d’un recensement en 1968 on ne dénombrait plus que 14 hectares de viognier répartis entre trois appellations : Condrieu, Château Grillet (cépage exclusif pour chacun) et Côte Rôtie où il peut être assemblé à la syrah, dans la proportion de 20% maximum. Le sauvetage opéré depuis est largement dû à des viticulteurs tenaces comme Georges Vernay à Condrieu, mais aussi à la popularité croissante des vins de la vallée du Rhône auprès d’amateurs anglais et américains, à partir des années 1970.
Dans les années 1990 et 2000, le viognier était redevenu assez populaire, soit comme cépage unique, soit comme variété d’assemblage, et cela dans pas mal de pays du monde. En France on en trouve quelques 2 500 hectares aujourd’hui, dans toute la vallée du Rhône et dans le Languedoc. Condrieu reste petit mais s’étend désormais sur plus de 120 hectares, plus les 3,5 hectares de Château Grillet. Le reste est en vins de pays (souvent seul), mais aussi dans beaucoup d’appellations du sud du Rhône et du Languedoc, presque toujours en assemblage. Il est devenu assez populaire aux Etats-Unis (1000 hectares environ) et en Australie, parfois assemblé avec de la syrah comme à Côte-Rôtie, et il progresse au Chili. On le trouve aussi, marginalement, en Italie, Grèce et Suisse, par exemple.
Le viognier produit peu de raisins et peut être difficile à cultiver, ce qui explique en grande partie sa quasi-disparition à une période où la rentabilité primait sur tout le reste. Les raisins sont assez sucrés, parfumés et très jaunes en couleur, donnant des vins également assez colorés. Le niveau d’alcool du vin tend à être élevé, donnant de la texture et du grain aux vins, et les parfums bien épanouis évoquent souvent l’abricot, la pêche ou la fleur blanche. L’acidité est relativement faible, faisant du Condrieu, par exemple, un des grands vins blancs qu’il vaut mieux boire jeune.








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