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Leçon n°98: Le carménère

Voici un cépage bordelais, probablement originaire (comme d’autres) des Pyrénées, mais qui a failli disparaître, comme le petit verdot dont j’ai parlé très récemment. Egalement membre de la famille descarmenets, ce cépage n’existe plus qu’à l’état (très) résiduel en Gironde.

Leçon n°98: Le carménère

Pendant longtemps, il fut bien plus largement planté et, associé au cabernet franc et au malbec, il a fait beaucoup pour l’émergence des premiers châteaux du Médoc au XVIII ème siècle. La variété est vigoureuse et capable de produire de très bons vins, mais elle est sensible à la coulure et sous le climat humide de Bordeaux, ses rendements pouvaient être très irréguliers. L’abandon d’une variété est ainsi souvent dû à un « défaut » aux conséquences économiques directes pour les producteurs. 

Mélangé avec d’autres variétés bordelaises, il a été largement vendu à des propriétaires et pépiniéristes en Amérique du Sud (et ailleurs) au cours du XIX ème siècle, car Bordeaux constituait une sorte de modèle pour tous ceux qui voulaient produire de grands vins rouges de garde. Mais son identification était parfois hasardeuse (ou les pépiniéristes peu scrupuleux) et il a souvent aussi été vendu pour du cabernet franc ou du merlot : deux variétés qui avaient, semble-t-il, meilleure réputation à l’époque. 

C’est ainsi qu’au Chili on a estimé, vers le début de ce siècle, que la moitié du « merlot » était en réalité du carménère. Cette découverte s’est faite un peu par hasard lors d’un voyage d’étude d’un professeur d’ampélographie de l’Université de Montpellier, le Professeur Boursicot, en 1994. Puis, dans le Nord-Est de l’Italie, 4 000 hectares de ce qu’on pensait être du cabernet franc est maintenant reconnu comme étant du carménère. De sorte qu’avec toutes ces confusions, il est presque impossible de dire combien d’hectares de carménère sont réellement plantés aujourd’hui ! D’ailleurs la variété avait même disparu des listes de cépages reconnus en France et en Europe, ce qui a posé un problème aux Chiliens lorsqu’ils ont voulu exporter des vins étiquetés  « carménère » vers l’Europe. Car un cépage non reconnu ne peut pas être importé ! Et les Chiliens possèdent certainement, et de loin, la plus grande surface plantée de carménère au monde (au moins 6 000 hectares), ce qui leur donne un élément de différenciation appréciable. Les choses sont rentrées dans l’ordre depuis, heureusement pour eux. 

Pourquoi le carménère marche-t-il mieux au Chili qu’à Bordeaux ? Voilà la vraie question. Essentiellement à cause de deux de ses caractéristiques : sa sensibilité à la coulure n’est pas un problème dans un climat chaud et sec, et sa maturation tardive (deux semaines après le merlot) non plus. En dehors de cela, il donne de bons vins si on limite son rendement, dans un style qui combinerait le cabernet franc et le merlot, entre structure et fruit. Si on ne limite pas son rendement il peut devenir herbacé, ce que l’on trouve avec certains chiliens d’entrée de gamme.

 

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