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Les pionniers du tourisme viticole (2/5)

Un peu plus d’un siècle après John Locke, dont je vous ai parlé récemment, un autre illustre anglo-saxon s’est installé en France pendant quelques années pour, entre autres, explorer nombre de ses régions viticoles. Il s’agit de Thomas Jefferson, futur président des Etats-Unis d’Amérique, envoyé en France par George Washington (le premier Président) pour représenter la jeune république à Paris peu de temps avant la Révolution.

Les pionniers du tourisme viticole (2/5)

Jefferson était très amateur de vins et avait déjà expérimenté la culture de la vigne sur son domaine Monticello, en Virginie. En 1787 il a entrepris un voyage de 3 mois dans les régions du Sud de la France. Une de ses motivations était l’achat en direct de vin auprès des producteurs car il jugeait les marchands de l’époque peu fiables sur l’origine réelle des vins vendus (« les vins authentiques doivent être achetés directement chez le vigneron »). Il a écrit un compte-rendu très détaillé et fascinant de son parcours et de ses découvertes, intitulé « Notes of a Tour into the Southern Parts of Franc… ».  On peut même y voir une volonté d’établir une hiérarchie des vins de l’époque, un peu à la manière d’un critique de vin moderne. Passant par Bordeaux, il a noté, par exemple, la présence de piles de bois d’ormeau sur les quais, pour la fabrication des barriques, preuve que le chêne n’a pas toujours été le bois quasi-exclusif de la tonnellerie comme aujourd’hui. Lors de ce voyage, il achète 10 barriques de Château d’Yquem qu’il fait expédier au Président Washington, sauf trois qu’il gardera pour sa propre consommation. Moins d’un an après son retour aux Etats-Unis, il embarquera à nouveau pour l’Europe. Cette fois-ci, destination l’Allemagne, puis retour via l’Alsace et la Champagne, où il note le peu de goût des Français pour le Champagne pétillant alors en vogue en Angleterre et ailleurs. Lorsqu’il rentre aux Etats-Unis en 1789, il rapporte 360 bouteilles de vin, ce qui était considérable à une époque où très peu de vins étaient embouteillés.

Voici les premières indications d’un tourisme viticole qui réunit deux objectifs : la curiosité intellectuelle d’un homme (Jefferson était agronome, architecte, homme d’Etat, et curieux de tout) et le désir d’assouvir une véritable passion en éduquant son palais directement à la source.

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