Allemagne
Histoire
La vigne, qui est apparue au I er siècle, s’est progressivement diffusée le long des vallées du Rhin et de la Moselle. Les Carolingiens, les monastères et, plus tard, l’aristocratie laïque et ecclésiastique ont continué ce lent mouvement d’extension jusqu’au XV ème siècle. Les guerres, un refroidissement climatique puis, plus tard, une production orientée vers les vins de masse flétrissent durablement la réputation des vins allemands. Au XVIII ème siècle, l’effort se porte sur la sélection des cépages et des parcelles, puis au siècle suivant naît une réelle volonté politique de privilégier une production de qualité. Les crises du XX ème siècle auront raison de ces efforts. Depuis les années 1960, le vignoble a doublé en surface et la production également. L’Allemagne a longtemps produit de gros volumes de vins courants, demi-secs ou effervescents, sans grand intérêt pour l’amateur mais les progrès ont été spectaculaires depuis 15 ans. A côté des domaines historiques, dont certains produisent quelques-uns des plus grands rieslings du monde, beaucoup de domaines de taille moyenne, et quelques coopératives, offrent maintenant des blancs très convaincants et des rouges (pinot noir) surprenants.
Législation
La législation viticole allemande est très différente de celle en vigueur dans les pays latins. Elle prend en compte d’abord la teneur en sucre des moûts, autrement dit la maturité des raisins, ce qui est bien compréhensible dans des zones de climat frais. On distingue quatre catégories : les Tafelwein (vins de table), les Landwein (vins de pays), puis au dessus les « vins de qualité », (qualitatswein) qui se divisent en Qba et Qmp. C’est cette dernière qui regroupe l’essentiel des meilleurs vins allemands. Qmp signifie « vins de qualité avec distinction » et sa législation interdit la chaptalisation. Ces « distinctions » augmentent au fur et à mesure que la teneur en sucre augmente : Kabinett, Spätlese (« vendanges tardives »), Auslese (issu de grappes sélectionnées), Beerenauslese (liquoreux), Trockenbeerenauslese (ou TBA, issu de raisins botrytisés) et Eiswein (vins de glace). Il y a aussi un enchevêtrement quasi-inextricable de mentions complémentaires, logos et associations qui rendent difficilement lisible l’offre allemande pour un consommateur non averti.
Géographie viticole
L’Allemagne a su résoudre la difficile problématique imposée par sa situation très septentrionale pour la culture de la vigne. D’abord en produisant une majorité de vin blanc (60%), sec, doux, liquoreux ou effervescents (le Sekt), ensuite en sélectionnant avec soin ses cépages et l’emplacement de ses vignobles. La plupart des vignes sont situées dans le Sud-Ouest du pays, autour du bassin du Rhin et de ses affluents. Les moindres coteaux à l’exposition favorable sont mis à contribution et les fleuves jouent un rôle indispensable de régulateur thermique.
Les deux principaux cépages allemands sont le müller-thurgau (un croisement entre le sylvaner et le riesling) et le riesling : le premier donne des vins plutôt simples et bon marché, le second les plus grands vins blancs allemands, secs ou liquoreux. Derrière, le sylvaner, en perte de vitesse, puis le kerner (croisement entre le Riesling et le Trollinger) occupent encore de vastes surfaces. Quant aux vins rouges allemands, ils ont fait une percée récente passant de 11 à 36% de l’encépagement ces 20 dernières années : le pinot noir (spätburgunder) est largement le plus planté et offre des rouges très convaincants dans les vignobles du sud.
Les régions viticoles
A l’extrême sud–ouest, le long de la frontière française, le pays de Bade jouit du climat le plus doux d’Allemagne et offre quelques-uns des plus beaux pinots noirs du pays, notamment ceux issus des terrasses du Kaiserstuhl. Jouxtant Bade au Nord-Est, le Wurtemberg se distingue par sa forte production de vins rouges, simples et fruités. Avec la Franconie on entre en pays de vins blancs : la région attend encore les fruits de sa courageuse politique de replantation mais elle offre déjà de bons sylvaners sur les versants sud et sud-ouest des reliefs entourant le Main. En suivant la rivière, on parvient dans le Rheingau, l’un des plus fameux vignobles allemands. Sur les vastes coteaux orientés au sud, quelques domaines historiques perpétuent la tradition des grands rieslings allemands sur des parcelles orientées sud et protégées du vent. De l’autre côté de la rivière, la Hesse rhénane est la patrie du liebfrauenmilch, un vin blanc d’assemblage plutôt médiocre mais on trouve maintenant dans les zones les plus à l’est, de grands blancs qui rivalisent avec ceux du Rheingau. Au sud, le Palatinat délaisse de plus en plus sa production de vins doux au profit de blancs secs et de rouges élevés sous bois. Vers le Nord-Ouest le vignoble de Nahé s’étend sur la vallée de la rivière du même nom et de ses affluents. Le climat plus chaud et le sol très minéral font la typicité de ses rieslings. En remontant, on croise les vignobles du Rhin Moyen dont la production a opéré un virage à 180° degrés depuis une vingtaine d’années. On y produit maintenant des rieslings robustes sur les sites exposés au sud. C’est ce même riesling qui fait la notoriété des vins de la Moselle, nés sur des coteaux à donner le vertige. Trop de rendement (173 hl en 1982 !) ont un peu terni leur réputation, mais les bons domaines offrent toujours des monuments de subtilité. Plus au Nord, malgré sa position septentrionale, la région de l’Arh produit en majorité des vins rouges à partir du pinot noir, du portugieser et du clevner.






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