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Comment faire un (bon) vin rosé ?

Comment faire un (bon) vin rosé ?

La recette du jour

Pour donner du corps et du parfum au vin, prenez un bon blanc du sud, de Vacqueyras par exemple, dans une proportion d’environ 85% de la mesure requise. Puisque ce vin manque un peu de peps (acidité), ajoutez un bon 10% d’un blanc bien vif, du type Bourgogne Aligoté. Enfin, pour donner de la couleur et une pointe de fermeté à votre rosé d’assemblage, 5% d’un bon rouge de Provence fera l’affaire. Attention, si votre rouge est très coloré, il faudra tempérer un peu cette dernière proportion, selon la tonalité que vous souhaitez obtenir.

Est-ce une blague ? Pas du tout, car cette recette, totalement improvisée avec quelques bouteilles d’échantillons qui traînaient dans ma cuisine, je l’ai testée récemment sur un groupe d’élèves d’un des mes cours sur le vin. Il s’agissait d’une séance de « fin d’année » portant sur la dégustation à l’aveugle. Une des épreuves consistait en une dégustation de deux vins rosés servis bouteilles masquées. Le vin « A » était mon assemblage « sauvage », et le vin « B » un bon Bandol rosé. A la question « lequel de ces deux vins préférez-vous ? » 6 personnes sur 16 (soit 38%) ont préféré mon assemblage bricolé dans la cuisine le jour même. Je l’ai trouvé correct moi-même, bien que préférant le Bandol pour sa plus grande finesse, longueur et complexité. Mais le Bandol valait aussi le double en prix de mon assemblage (calculé au pro-rata des pourcentages des ingrédients).

Ceci pour dire que je ne vois pas pourquoi un rosé d’assemblage mieux fait (pas trop dur !) que le mien et avec des ingrédients « loyaux », c’est-à-dire issus de la même propriété et appellation, ne pourrait pas être de qualité très honorable. Et même meilleur, à l’occasion, que bon nombre de rosés produits selon d’autres techniques (pressurage direct ou saignée). L’énorme majorité des Champagnes rosés utilise cette technique de l’assemblage, et avec bonheur. On peut donc dire que les rosés les plus chers de la planète recourent à l’assemblage. Pourquoi diable tout ce foin autour d’une autorisation d’élargir cette pratique à d’autres vins en Europe ? Et les défenseurs de ce qu’ils appellent (avec une certaine prétention combinée à une belle ignorance de l’histoire du vin) le « vrai » rosé oublient dans leur matraquage médiatique de dire que, dans les termes de ce décret, les AOC gardent toute liberté dans leur propres pratiques. Ces gens crient au loup alors que cela me semble constituer une belle occasion de valoriser leur technique, si elle est si « supérieure » que cela.

Pour terminer sur une note philosophique, parlons un peu de cette notion de « pureté » qui semble sous-tendre une quantité croissante de discours de producteurs et de prescripteurs : « pureté » d’un terroir, vins « naturels », « pureté » d’une technique etc. Nous savons, hélas, où peut mener ce type de discours quand il s’applique à d’autres sujets que le vin. Je n’accuse évidemment pas tous ces producteurs d’être des crypto-racistes, mais attention quand-même aux excès d’intégrisme. Par exemple, j’ai lu récemment qu’un producteur de vins « bio », très engagé dans cette voie, refuse dorénavant de livrer ses vins à des cavistes ou des restaurateurs qui stockent des vins qui ne sont pas de la même école que les siens s'ils ne les présentent pas à part. Il propose, en quelque sorte, une forme d’apartheid du vin. Si ce n’était pas grave sur le fond, cela serait évidemment dérisoire. J’espère qu’il a grand’soif car il ne risque pas d’avoir beaucoup de clients ! Dans le domaine de la gastronomie, quelle « grande » cuisine ne pratique la combinaison d’ingrédients, l’assemblage, le coupage, le liage, la réduction et toutes sortes de techniques destinées à séduire nos palais ? A-t-on vraiment besoin d’une résurgence de néo-puritanisme qui nous fera manger des patates bouillies et sans sauce, sous prétexte que leur goût est « pur » ?

Le vin rosé doit garder la typicité de nos terroirs.
Encore une fois, la mondialisation est en train de nous faire perdre une tradition gastronomique bi-millénaire.

Amateurs de vins, cachez-vous: la malbouffe ne nous épargnera pas !

Julienne,

Je me contre-fiche des traditions bi-millénaires. Je n'étais pas là il y a 2000 ans, je ne serai pas là dans 2000 ans, et la seule chose qui m'importe est de me faire plaisir aujourd'hui avec le vin que JE paie !!
J'ai suivi les nombreux débats à ce sujet, j'ai lu les projets de pétition et l'article hyper-biaisé de Wikipedia sur la question, et je n'ai jamais trouvé la moindre raison concrète pour laquelle les vins rosés "coupés" (comme ils disent) seraient objectivement moins bons que les autres.

A part les Champagne, qu'on ne peut tout de même pas assimiler aux autres rosés, les rosés auxquels nous sommes habitués sont majoritairement, voire exclusivement, composés de cépages noirs.
Les rosés d'assemblage, comme celui de votre cuisine, seront nécessairement composés de cépages blancs.

Ne risquons-nous pas de décevoir le consommateur ? La différence de goût entre un "rosé de noirs" et un "rosé de blancs" devrait tout de même être importante !

Je me souviens d'avoir goûté il y a quelques années un vin rosé assemblé de cette façon par un viticulteur d'Aloxe-Corton. Bien sûr le vin n'était pas commercialisé, mais il était assurément meilleur que bon nombre de "vrais" rosés de Provence !
Alors on comprend l'inquiétude de certains producteurs à voir s'élargir une concurrence qui ne tournera pas forcément à leur avantage...

Maintenant que la soi-disante "menace" d'autoriser (pour les seuls vins de tables, faut-il le rappeller, car le projet de libéralisation ne concernait même pas les AOC !!!) a été écarté par la Commission Européenne, on peut en faire un premier bilan.
Premier constat : la communication saturante et alarmiste menée par des producteurs, essentiellement de Provence, à manifestement crée énormément de désinformation. Non Julienne, la "tradition" de rosés de saignée en Provence n'est pas bi-millénaire ! Et cette affaire n'a absolument rien à voir avec la "malbouffe". La technique de faire des vins rosés par saignée est en réalité assez récente. On peut dire que, dans un temps éloigné, tous les vins étaient des rosés, car on ne séparaient pas cépages blancs des rouges (l'assemblage est donc, probablement, la technique la plus "traditionnelle") La pressurage est aussi une technique ancienne, car on en voit trace dans les tombeaux egyptiens. Et la Provence n'a absolument pas "inventé" le rosé !
Deuxième constat : cette communication a été très selective. Deux exemples : les alarmistes ont soigneusement évité de parler de deux sujets qui n'arrangeaient pas leur argumentaire, notamment la présence de plusieurs cépages de blancs dans les decrets d'appellations qui gouvernent les rosés de Provence et de Tavel, mais aussi le fait que le rosé les plus cher de la planète (Champagne) est fait, pour l'essentiel, par assemblage. En effet, comment prétendre alors qu'une technique soit intrinsèquement supérieure à une autre ? Je suis d'accord sur ce point avec Mikael, et ma modeste expérience, relaté dans mon billet d'humeur, tend à le démontrer. Je l'ai renouvelée depuis avec, cette fois, un taux de préférénce en dégustation à l'aveugle, supérieur à 50% du groupe pour mon rosé de "bricolage" (100% français, rassurez-vous!)par rapport à un Bandol rosé (j'ai choisi un concurrent "sérieux").
Cette bataille autour de techniques me semble absurde. Il ne s'agisssait pas, en réalité, de défendre une soi-disante "qualité" de vins (et donc le consommateur), mais simplement de protéger une postion commerciale actuelle (85% des vins de Provence sont rosés !) d'une menace concurrentielle. Si le provençaux sont si convaincus de la supériorité de la technique de la saignée pour faire des bons rosés, ils n'avaient rien à craindre de l'assemblage, surtout venant des vins de tables !
Grace à ce genre de combat d'arrière garde, les vins rosé français (et d'autres pays d'Europe) vont continuer, comme en 2008, à perdre des parts de marché dans les pays à l'export, face à ceux de divers pays du Nouveau Monde. Mais le village des gaulois reste intact et fier, certain d'avoir raison !
Salutations bacchiques à tous, et merci de vos contributions
David Cobbold

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