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Dégustations

Temps fort commercial des mois de septembre et octobre, les foires aux vins des supermarchés constituent la plus importante campagne de vente de vins en France.

Les Foires aux Vins 2010 en Grande Distribution

Au début de l’été 2010, nous avons goûté pour l’occasion plus de 400 échantillons issus des catalogues nationaux des enseignes. Les vins ont été dégustés entre mai et juin, essentiellement lors des dégustations presse, organisées par les enseignes, et dans des conditions pas toujours idéales (cohue, chaleur, températures de service curieusement déficientes), certaines ayant même lieu le même jour et à la même heure… S’ajoutent à cela des vins dégustés à d’autres occasions, dont les grands bordeaux du millésime 2007.

Découvrez notre dossier "Foires aux Vins 2010"

Les tendances

Globalement il n’y a rien de bien révolutionnaire pour l’édition 2010 des Foires aux Vins, avec toujours une proportion écrasante (et lassante) de vins de Bordeaux. Concernant les vins haut de gamme (crus classés et assimilés), le millésime 2008 arrive sur le marché. Disons-le clairement, il ne nous a pas beaucoup emballés à ce stade, même s’il possède un réel potentiel au vieillissement et devrait se révéler bien supérieur à 2007 à terme. Aujourd’hui la plupart des bordeaux 2008 se montrent durs, avec des acidités et des tanins encore sévères et mordants. A la différence du 2007, bien plus aimable et souple dès sa jeunesse, le 2008 est donc un millésime de garde qu’il faudra savoir attendre. Si vous avez cette patience, des moyens et un lieu adapté pour les stocker, les bons 2008 représentent donc une opportunité d’achat car les prix sont enfin redevenus presque attractifs. C’est bien là le grand atout de ce beau millésime, sauvé par un mois de septembre magnifique, car la spéculation est repartie de plus belle avec le millésime 2009 dont les prix en primeur dépassent l’entendement. Mais si vous souhaitez des vins prêts à être bus, choisissez plutôt des 2007, voire des millésimes plus anciens comme en offrent certaines enseignes.

Bien heureusement, Bordeaux ne se limite pas aux châteaux connus. La région regorge de bons rapports qualité/prix que nous mettons volontiers en exergue dans notre sélection. C’est d’ailleurs un des mérites des enseignes que de mettre en lumière ces châteaux et seconds vins dont certains offrent des vins remarquables, y compris de garde, et cela dans des fourchettes de prix à portée des individus normalement constitués sur le plan des revenus.

Concernant les autres régions, nous réitérons pour l’essentiel les commentaires de l’année passée : la pauvreté de l’offre et de la qualité des bourgognes (rouges en particulier) ; l’excellente tenue des vins du Rhône et du Languedoc-Roussillon où l’on peut se faire plaisir à moins de 5 euros, quelques bonnes affaires en Alsace, la quasi-disparition de la Provence de la carte viticole et l’absence criante des vins du monde. Cette année, il faut saluer une belle série de vins du Beaujolais issus du millésime 2009, qui fut superbe dans cette région. Les vins rouges de Loire auraient dû profiter également de cet effet millésime mais nous n’en avons goûté aucun de véritablement excitant, à l’exception de quelques gamays. Certains blancs sauvent la face de la région.

Les enseignes

Comme l’année passée, et sur la base de ces dégustations de printemps, Monoprix reste loin devant ses concurrents en ce qui concerne la qualité globale de l’offre qui s’apparente de plus en plus à celle d’un très bon caviste spécialisé. La marque n’a certes pas les mêmes contraintes de volume que les autres enseignes mais un vrai travail de fond a été entrepris depuis plusieurs années, et les vins sont clairement choisis pour leur qualité avant tout, ce qui n’empêche pas d’y trouver de très bonnes affaires. Système U confirme son ambition même si les vins présentés étaient servis à des températures folkloriques. Carrefour a eu la bonne idée de présenter une sélection équilibrée, pas focalisée sur Bordeaux (dont quelques bons bourgognes, ce qui est assez rare pour être souligné) à la différence d’Auchan. Nous avons aussi mieux apprécié la sélection nationale de Leclerc que les années passées.

Beaucoup de domaines figuraient déjà dans nos sélections passées, les enseignes travaillant avec  les mêmes domaines sur  plusieurs années, parfois pour le meilleur, parfois pour le pire... Depuis le temps que nous réitérons ces dégustations, certains producteurs sont ainsi devenus des valeurs sûres, sur l’ensemble de leur gamme : Gérard Bertrand, Dauvergne et Ranvier, Perrin, Hecht & Bannier, Marionnet, Verget par exemple, constituent des signatures fiables que le consommateur peut suivre année après année sans risque de grosses désillusions.

Il faut signaler que les différences structurelles entre certaines enseignes entraînent une variabilité de l’offre selon les magasins : Leclerc, Système U et Intermarché sont des enseignes de magasins indépendants, avec une part de liberté souvent importante donnée aux adhérents dans leur sélection. Elles offrent tout de même un tronc commun (une gamme nationale), plutôt étoffé pour Leclerc et Système U, maigrichon pour Intermarché, d’où la faible présence de l’enseigne dans notre sélection. Auchan et Carrefour sont des structures centralisées avec une forte offre nationale complétée par des sélections régionales (que nous n’avons pas pu déguster). 

Notre sélection et un conseil

Elle comporte plus de 150 vins, choisis pour leur qualité intrinsèque mais aussi et surtout pour leur rapport qualité-prix, excellent, bon ou au moins correct. Nous estimons que des vins à plus de 40 euros, quel que soit leur mérite, ne peuvent prétendre à cela, sauf exception. En dehors des grands châteaux bordelais, nos sélections concernent donc surtout des vins à moins de 15 euros. S’il n’y avait qu’un conseil à donner, ce serait de ne pas laisser passer les wagons. Les bonnes affaires disparaissent vite surtout si elles ont été relayées par la presse spécialisée. N’hésitez pas à demander une invitation pour les soirées « privées » qu’organisent certains magasins avant l’ouverture officielle des Foires aux Vins. Pour éviter les désillusions, demandez aussi en amont le catalogue des vins disponibles dans les magasins où vous avez prévu de vous rendre.

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La France est cernée par des pays viticoles, certains bien connus comme l’Italie et l’Espagne, d’autres beaucoup moins comme la Suisse ou l’Allemagne.

Escapade viticole à nos frontières : les vins rouges de Bade et du Palatinat (Allemagne)

Les Français sont souvent étonnés d’apprendre qu’outre-Rhin on produit des vins et encore plus des grands vins. La faute probablement au peu de curiosité culturelle pour ce pays  mais aussi parce que les vins allemands sont très peu visibles sur le marché français. La production allemande a traversé une mauvaise passe au XX ème siècle mais depuis quelques décennies elle a fait ses révolutions : celle des blancs d’abord avec le retour en grâce de ses grands rieslings, d’une pureté unique au monde, puis plus récemment et plus discrètement celle des rouges. En effet ce pays, que le déterminisme climatique semblait condamner à produire des vins blancs, consacre à présent un bon tiers de sa production aux vins rouges. Les progrès de la connaissance et des techniques, un marché intérieur de plus en plus demandeur de vins rouges de qualité et des vignerons déterminés ont ensemble fait sauter le verrou des supposées contraintes géographiques. A ce petit jeu, le pinot noir (spätburgunder) est le grand gagnant (11 600 hectares) et offre des vins qui forcent parfois le respect, et cela à seulement quelques kilomètres de nos frontières. 

Bade : nouvelle frontière du pinot noir

Le Pays de Bade fait face à l’Alsace de l’autre côté du Rhin et depuis Colmar il vous suffira d’une cinquantaine de minutes pour rejoindre Fribourg-en-Brisgau, son ancienne capitale. Bade est la région viticole la plus méridionale d’Allemagne et jouit du climat le plus doux du pays. Elle est l’un des bastions des vins rouges allemands et consacre 35% de son encépagement au seul pinot noir. Ma première rencontre avec un pinot noir local, servi dans un verre traditionnel, sorte de verre alsacien plus épais et plus trapu, ne m’aura pas laissé un souvenir impérissable : robe peu colorée, parfums dilués et surtout cet étonnant mélange de raideur acide et d’épaisseur un peu sucrée. Une première impression un peu inquiétante qui sera vite dissipée lors d’une virée le lendemain dans le Kaiserstuhl, à une vingtaine de kilomètres au Nord-Ouest de Fribourg. Le Kaiserstuhl ( le « trône de l'empereur ») est un massif volcanique situé au milieu du fossé rhénan. Ses coteaux, aménagés en terrasses larges, sont couverts de vignes et coiffés de forêts denses dans lesquelles, d’expérience, il ne fait pas bon se perdre. On y trouve les micro-climats les plus chauds du pays, notamment sur le Badberg connu pour sa réserve d’orchidées rares.

Oberbergen est l’un des villages s’égrenant le long de l’étroite vallée qui serpente à travers le massif.  C’est le fief du domaine Schwarzer Adler, négociant bien connu en vins de Bordeaux et propriétaire d’un domaine viticole d’une soixantaine d’hectares. Deux autres producteurs locaux, Salwey et Heger, s’étaient joints à lui pour une belle dégustation de pinots noirs qui prouvait les dispositions des coteaux environnants à la production de vins colorés, généreux et mûrs, en particulier ceux de Salwey dont la puissance fut une vraie surprise. Wolf-Dietrich Salwey, la soixantaine passée, et son fils Konrad, qui a rejoint le domaine en 2004, sont installés dans la commune voisine d’Oberrotweil. Le père a été le témoin de la montée en puissance des pinots noirs locaux. « Le pinot noir est présent depuis 200 ans mais on a introduit récemment des clones bourguignons plus précoces mieux adaptés au climat de Bade. Depuis le milieu des années 1980, l’usage de la barrique et surtout la recherche d’une bonne maturité, avec des rendements maîtrisés, ont totalement modifié le style des rouges du Kaiserstuhl ». De vins pâles et dilués, on est passé à des vins colorés, plus concentrés, supportant un élevage en fûts et aptes au vieillissement. Pour les Salwey, l’objectif est le fruit plus que la structure, et le style des vins en témoigne : les Eichberg Spätburgunder R 2005 et Kirchberg Spätburgunder Spätlese 2005 montrent une grande maturité, avec une forte empreinte du bois, des notes de fruit noir et d’épices et beaucoup de rondeur.

En quittant le Kaisersthul vers l’Est, on arrive dans le Brisgau, sous-région la plus chaude de Bade. Les vignobles s’étirent vers le Nord parallèlement au Rhin. Les terrasses volcaniques couvertes de loess laissent ici la place à des coteaux calcaires plus doux. Bernhard Huber est installé à coté du village coloré de Malterdingen. Vigneron allemand de l’année pour la revue Gault et Millau en 2007, il a bâti sa notoriété sur ses pinots noirs. Depuis 1987, année de ses premières mises en bouteille, il a eu le temps d’affiner le style de ses vins, très différents de ceux du Kaiserstuhl voisin. Le boisé reste présent dans les jeunes vins mais ils possèdent davantage de structure et de finesse, avec des vendanges plus précoces si nécessaire pour conserver la vigueur tannique et l’acidité des raisins. La dégustation qui remontait jusqu’au millésime 1990 prouve la très belle aptitude au vieillissement des vins : le Spatburgunder Reserve 2001 est intense et juteux, le 1997 très complexe, frais et ferme.

Incursion dans le sud du Palatinat

Une heure de route sépare Bade du Palatinat, situé au Nord-Ouest, sur la rive gauche du Rhin. La seconde région viticole d’Allemagne (à moins d’une heure de route de Strasbourg) consacre à présent 40% de sa production aux vins rouges à partir de cépages comme le dornfelder, le portugieser, le spätburgunder et le kerner. La production est longtemps restée médiocre, surtout dans la partie Sud, celle de la « route du vin méridionale ». Cette sous-région qui ne manque pas d’atouts, un climat doux et ensoleillé et des sols calcaires profonds, a vu surgir dans les années 1980 une génération de vignerons talentueux. Parmi eux, Hansjörg Rebholz, du domaine Okonomierat Rebholz, installé à Siebeldingen. Il continue dans la voie tracée par son père, disparu brutalement en 1978, avec un parti pris biologique (biodynamique depuis peu) et un grand soin apporté à la vigne, ce qui lui permet de ne pas chaptaliser. Juste à côté du chai, Hansjörg Rebholz montre en souriant le tracé de l’ancienne frontière avec la France qui rappelle que la région fût un éphémère département français, baptisé Mont-Tonnerre, au début du XIX ème siècle. Car il est francophile et entretient des complicités avec la Bourgogne, à Chambolle-Musigny en particulier dont les vins l’inspirent. Ses cuvées de pinot noir s’en rapprochent et montrent beaucoup de délicatesse, un côté floral très prononcé, un boisé bien intégré et de belles structures toniques et fermes, qui font de beaux vins (crus Im Sonnenschein et vom Muschelkalk) évoluant bien comme le splendide Spätburgunder Gold 1997.

C’est encore un autre style que celui rencontré à Ilbesheim, à la pointe Sud du Palatinat, où sévit la joyeuse Südpfalz Connexion, une association de 5 jeunes vignerons, amis et unis par la même vision du vin. Ce sont avant tout des spécialistes du riesling et du pinot blanc, mais l’attrait pour les cépages rouges est là aussi manifeste. Le pinot noir est toujours le plus en vue, avec une mention pour les vins de Peter Siener mais on n’hésite pas à expérimenter : Sven Leiner (Weingut Liener) s’échine même à planter du tempranillo (cépage rouge espagnol) sur des coteaux bien exposés, avec un résultat surprenant. Un culot et une créativité qui sont de bon augure pour l’avenir des vins rouges allemands.

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Si vous passez en terres gardoises et que vous êtes amateur de vins et d’histoire, faites un détour par le Mas des Tourelles, à proximité de la Languedocienne (A9) qui reprend le tracé de la Via Domitia, sorte d’autoroute de l‘Antiquité qui reliait l’Italie à l’Espagne. Situé en Terre d’Argence, pays frontière entre Provence et Languedoc, avec Beaucaire comme capitale, ce domaine viticole historique des Costières de Nîmes s’est fait le lieu d’une belle expérience : ressusciter le vin tel que les romains ont pu le boire il y a plus de 2000 ans.

Le vin romain ressuscité

Des vignerons archéologues

A l’origine de ce projet, quelques coups de pioche bienheureux au début des années 1980 qui ont mis à jour le site d’un atelier gallo-romain de fabrication d’amphores et la passion pour l’histoire et les vieilles pierres d’un propriétaire, Hervé Durand. Les fouilles menées révèlent que les Tourelles étaient jadis une villa gallo-romaine consacrée à la culture de la vigne et de l’olivier. Prend alors forme le projet de recréer de façon scrupuleusement scientifique des vins romains à partir des indications fournies par quelques auteurs antiques tels que Columelle, Pline l’Ancien ou Palladius. Au début des années 1990, Hervé Durand et les archéologues André Tchernia et Jean-Pierre Brun, grands spécialistes du monde romain, entament le chantier. 20 ans plus tard, c’est un vrai complexe viticole antique que visitent les 15 000 touristes de passage au Mas des Tourelles avec vignoble, chai et crus d’inspiration romaine. Le lieu n’a rien d’un gadget oenotouristique car dans ce laboratoire d’archéologie expérimentale souffle toujours la même passion, transmise par Hervé Durand à son fils, Guilhem, qui co-gère aujourd’hui la propriété.

De la pergola à l’amphore

Le chai romain et le pressoir de CatonLe petit vignoble romain, une trentaine d’ares, est situé à quelques dizaines de mètres du Mas. Différents modes romains de conduite de la vigne y ont été reproduits : gobelet, pergolas ou vignes grimpantes sur les oliviers. Quant au cépage, et en dehors du muscat à petit grain que l’on peut relier à l’apiana romain, récemment planté dans ce vignoble expérimental, aucune variété antique n’étant parvenue jusqu’à nous de manière certaine, le choix s’est porté sur un cépage blanc résistant et assez neutre, le villard. , les raisins sont versés dans un impressionnant pressoir à levier en bois construit selon les indications de Caton l’Ancien (234 – 149 av JC). Les jus sont ensuite transférés dans de grandes amphores (dolia) dans lesquelles on ajoute un defrutum (moût de raisin concentré) aromatisé avec des coings afin d’augmenter à la fois le degré d’alcool et le taux de sucre résiduel dans le vin fini, gage d’une meilleure conservation. Après fermentation, on mêle au vin diverses substances (miel, fleurs, épices, aromates, eau de mer…) qui vont façonner le caractère de chaque cuvée. Ces expériences d’archéologie expérimentale ont rendu leur premier verdict en 1991 avec la cuvée Mulsum. Deux autres sont nées depuis : le Turriculae en 1993 puis le Carenum deux ans plus tard.

Dégustation

On savait que la Rome Antique avait son échelle des crus, ses amateurs, ses dégustateurs, ses collectionneurs et même ses critères de dégustation mais on ignorait encore le goût de ses vins. Faire renaître ces saveurs oubliées depuis 2000 ans, telle est donc la finalité de ce travail de reconstitution, avec une question sous-jacente : nos palais supporteront-ils ce saut dans le temps ? Menée par Guilhem Durand, dans une belle salle en pierre de taille du Mas récemment restaurée, la dégustation s’est déroulée selon les canons actuels. Contrairement à l’usage romain, et en tant que dignes descendants de barbares, nous avons goûté les vins purs, c'est-à-dire non coupés d’eau. 

Le Mulsum

Composition : base de syrah/grenache dans laquelle on fait macérer du miel (mulsum signifie miellé), du thym et différentes épices.

Un rouge au nez de miel et de thym qui rappelle furieusement un hydromel. En bouche, le thym et le miel dominent toujours sur un fond de fruit rouge et de notes fumées, avec une finale à la fois sucrée et légèrement tannique. Peut-être la moins intéressante des trois cuvées, à cause peut-être d’un Pline l’Ancien (23 – 79 ap JC) un peu négligeant qui ne s’est pas donné la peine d’indiquer les dosages des différents ingrédients mais aussi parce que le vin de base est issu d’une vinification et de cépages classiques. Ce type de vin que les grecs et les romains réservaient au « gustatio » (à l’apéritif) n’en reste pas moins très plaisant. 

Le Carenum

Composition : base de villard vinifié en dolium avec ajout de defrutum avant la fermentation.

On doit au dénommé Palladius (IV ème siècle ap JC) cette recette très convaincante de vin liquoreux (120 g de sucre résiduel). La robe est fortement ambrée/orangée, et le nez exhale de riches parfums de fruits confits et des notes légèrement fumées. En bouche, la confiture d’abricot, le miel et le coing confit dominent, avec un équilibre sur la douceur très agréable qui n’empâte pas. C’est sans doute le vin le plus facile à appréhender, le plus proche de nos repères, qui passerait facilement pour un vin santo ou autre liquoreux passerillé. Cette cuvée donne peut-être une idée des vins romains les plus prisés, tels le falerne, le cecube ou le vin d’Albe, qui étaient tous liquoreux. 

Le Turriculae millésime 2759 (à compter de la fondation de Rome ; 2006 dans notre calendrier)

Composition : base de villard vinifié en dolium avec apport de defrutum pendant la fermentation, puis ajout d’eau de mer (réputée prophylactique), d’iris et de fenugrec.

C’est la description très précise de Columelle (I er siècle ap JC) qui a servi de base à cette recette qui, plus que les autres, ressuscite un goût très singulier. Nez marqué par le curry et la noix qui évoque les notes oxydatives d’un Xérès ou d’un vin jaune en moins puissant. La bouche est un étonnant mélange sucré/salé avec des saveurs assez intenses d’iode et de curry, portées par une agréable fraîcheur. La surprise naît de ce sel qui s’intègre parfaitement à la dégustation. Complexe et déroutant, ce type de vin était apprécié des romains car il reproduisait, à peu de frais, le goût de noix (grâce au fenugrec) typique des crus romains ayant longuement vieilli (jusqu’à 100 ans si l’on en croît Pétrone), et que l’on rencontre aujourd’hui dans certains vins oxydatifs élevés sous flore (vin jaune ou Xérès). 

Pour en savoir plus :

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Nous n’avons pas l’habitude de consacrer une chronique à une seule cuvée, proposée par l’un des revendeurs référencés sur Ecce Vino, mais celle-ci, goûtée par les fortes chaleurs du moment, mérite bien quelques mots.

Le vin de l'été

Vinotropie, Fruits du Hasard, Bourgueil 2009 (9,60 euros)

En 2008, Laurent Herlin a eu la bonne idée de laisser derrière lui l’informatique pour se consacrer entièrement à ses deux passions : le vin et l’engagement écologique. Après une courte formation à Beaune et quelques stages, il achète 1 hectare de vignes à Bourgueil, cultivé en agriculture biologique évidemment. S’y ajoute une petite activité de négoce cousue main (sous le nom de Vinotropie), portant sur moins de 3 hectares de vieilles vignes (30 à 60 ans). 2009 est donc son premier millésime. Il aurait pu tomber plus mal, tant l’année a été exceptionnelle dans la Loire, mais nous pensons qu’en dépit du joli nom de cette cuvée, il n’y a pas beaucoup de place pour le « hasard » en matière de vinification. 

Sorti du réfrigérateur une demie heure avant la dégustation, goûté à 13°C, c’est un régal de fruit (100% cabernet franc) d’une netteté et d’une pureté impeccables, coulant et rafraîchissant comme rarement. Remarquable aussi le faible degré d’alcool (11°C), au regard de la très belle maturité des raisins. Bref, c’est le vin d’été idéal, capable d’accompagner une cuisine de saison pourvu qu’elle soit légère. 9,60 euros c’est une somme pour beaucoup mais ça les vaut bien et tout travail et talent méritant salaire, il n’y a rien à redire. 

Le Rosé « Le Cintré » du même producteur (en Vin de Table / 7,60 euros) est tout aussi réjouissant, avec une pointe de sucre résiduel mais surtout un naturel et une gourmandise du fruit diaboliques.

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La vague rose déferle en France, et aussi ailleurs, comme en Grande-Bretagne. Cette mode, qui dure depuis quelques années, a atteint un point où la vente des vins rosés dépasse celle des blancs en France. Bien sûr il a y un aspect saisonnier à cela, car la consommation de vin rosé suit, en gros, la courbe du thermomètre. Mais force est de constater que les rosés représentent la seule catégorie de vins dont la vente est en augmentation en France.

Dégustation de vins rosés

Toutes les régions de production semblent touchées, à des degrés variables. Le pic est atteint en Provence, dont 85% des vins sont aujourd’hui de cette couleur. Je crains même que cette domination du vin rosé n’ait, à terme, un effet sur l’image globale des vins de Provence similaire à celui que la mode du Beaujolais Nouveau a eu pour toute la région beaujolaise. Cela dit, il semble y avoir, dans le cas des rosés de Provence, une plus grande diversité de prix. Si cela sous-tend de véritables différences en termes de qualité, peut-être que la catégorie pourra se créer une segmentation compréhensible.

Une dégustation à l’aveugle, pour tenter d’y voir plus clair

Pour voir si le prix d’un vin rosé a un réelle correspondance avec sa qualité, nous avons réuni une petite centaine d’échantillons de vins rosés tranquilles, de toutes les régions françaises, et les avons dégustés, avec les bouteilles masquées, mêlant les prix et les régions. Notre manière de sélectionner les échantillons était volontairement un peu aléatoire, et nous n’avons pas « ciblé » uniquement des domaines réputés, afin de rester au plus près de l’offre à laquelle est confronté tout consommateur. Il y avait une large fourchette de prix de vente, allant de 3 à 25 euros. Les région suivantes étaient représentées : Loire, Bordeaux, Sud-Ouest, Roussillon, Languedoc, Provence, Rhône, Bourgogne et Alsace. La quasi-totalité des vins étaient issus du millésime 2009.

Comme il existe une grande différence dans la tonalité des couleurs des vins rosés, nous avons tout de même regroupé les vins les plus pâles dans une première série, pour voir s’il était possible d’associer un style à un ton. La Provence, par exemple, semble avoir opté définitivement pour une tonalité très pâle. Mais certains autres vins aussi, comme les Coteaux Vendômois, dont deux représentants se sont hissés parmi notre sélection finale. Et ces deux régions produisent évidemment des styles de vins bien différents, du fait de leurs climats et de leurs cépages : les rosés de Provence sont plutôt ronds, tandis que les vins de cette petite appellation de Loire sont bien vifs. Conclusion : l’habit ne fait pas le moine !

A la dégustation, après avoir rafraîchi et caché les bouteilles, nos critères de sélection ont été simples. Puisque les vins rosés sont bus rapidement et pour un plaisir immédiat, ainsi que pour satisfaire un besoin de désaltération estivale, nous avons immédiatement éliminé tous les vins qui n’étaient pas agréables (trop soufrés, trop lourds, trop acides, manquant de fruit). Il en restait une trentaine (sur 92). Les demi-finalistes ont ensuite été dégustés à nouveau, toujours à l’aveugle. Cette fois-ci le critère était de ne sélectionner que ceux qui étaient très bons dans leur style, en tenant compte des différents groupes stylistiques qui se dégageaient.

A la fin nous n’avons retenu que 9 vins parmi un total de 92 échantillons dégustés ; un peu moins de 10% des vins ont obtenu une note égale ou supérieure à 14/20. Ce qui signifie que le niveau moyen n’était guère élevé. C’est assez décevant et nous avons nettement l’impression que l’effet de mode des vins rosés, qui semblent se vendre tout seuls en ce moment, provoque un certain laxisme chez les producteurs.

Il est intéressant de noter que notre sélection finale inclut des vins à tous les prix, et qu’un des vins retenus était aussi le moins cher de tous les échantillons. Est-ce que la Provence mérite sa place de leader sur le marché des rosés ? Trois vins de Provence se sont qualifiés pour la finale mais ils étaient, de loin, les plus chers. Bien d’autres ont été éliminés. Personne ne peut contester que la Provence fait plus de vin rosé que les autres régions, mais il faut être très sélectif, ici comme ailleurs, et le prix n’est pas un indice suffisant de la qualité, car nous avons éliminé plusieurs autres rosés de Provence qui valent aussi cher que nos finalistes. Donc le prix n’est pas une garantie de qualité, ce qui est bien dommage.  

Il existe de bons vins rosés, et nous les aimons bien. Mais il n’y a aucune raison d’être moins exigeant avec cette catégorie de vins que pour des blancs ou des rouges. Et, malheureusement, les déceptions sont trop nombreuses en ce moment.

Organisation de notre dégustation

La dégustation s’est tenue le 16 avril 2010 au Chemin des Vignes, à Issy-les-Moulineaux. Toutes les bouteilles étaient masquées. Il y avait 2 dégustateurs (David Cobbold et Sébastien Durand-Viel) et 92 échantillons. Une trentaine de vins ont été retenus comme « acceptables », et 10 figuraient en finale comme bons ou très bons. Nous n’en mentionnons que 9 parce que deux vins venaient du même producteur (Château de Berne, en Provence) et ont obtenus la même note.

Les appellations représentées étaient, dans l’ordre alphabétique : Alsace (2 vins), Bandol (4 vins), Béarn (2 vins), Bordeaux (9 vins), Bourgueil (1 vin), Buzet (4 vins), Chinon (1 vin), Collioure (1 vin), Corbières (4 vins), Costières de Nîmes (1 vin), Coteaux d’Aix (1 vin), Coteaux du Vendômois (4 vins), Côtes de Provence (12 vins), Côtes du Roussillon (1 vin), Côtes du Vivarais (1 vin), Fronton (5 vins), Luberon (2 vins), Menetou Salon (1 vin), Vin de pays d’Ardèche (5 vins), Vin de pays d’Oc (12 vins), Vin de pays du Lot (1 vin), Vin de pays de la Méditerranée (1 vin), Vin de pays Rhodaniens (1 vin), Rosé de Loire (1 vin), Saint Mont (6 vins), Saint Pourçain (1 vin), Tavel (1 vin).

Notre sélection de bons vins rosés à tous les prix et de toutes les régions

Fronton, Comte de Négret 2009

Prix : +/- 3 euros

Robe de couleur soutenue. Le nez combine des accents friands et tendres de fruits rouges proches de la framboise. En bouche c’est gourmand et très salivant du fait de sa fraîcheur. Equilibré et assez long. Un joli rosé, largement diffusé en grandes surfaces, qui prouve qu’il n’est pas toujours nécessaire de payer cher pour avoir de la qualité !

Félicitations à la Cave de Fronton.

Cépages : négrette 80%, cabernet franc 20%

Note 14/20

 

Coteaux du Vendômois, Domaine du Four à Chaux, 2009

Prix : 4,90 euros

Robe pelure d’oignon très pâle. Nez frais, pas très intense, mais agréablement parfumé, floral et légèrement épicé. Fluide, vivace, assez pur et tranchant en finale. Très net, sans exubérance, mais parfaitement équilibré dans un style tonique et désaltérant.

Cépage : pineau d’aunis 100%

Note 14/20

 

Coteaux du Vendômois, Tradition, Domaine Brazilier, 2009

Prix : 5 euros

Robe très pâle et nez discret, floral et poivré. La bouche est fraîche, au grain fin avec une finale nerveuse qui s’étire bien en longueur sur les notes très poivrées typiques du cépage (pineau d’aunis). Rien à redire sur ce rosé qui désaltère et qui nous régale par ses saveurs originales et persistantes ; et le tout à petit prix.

Cépage : pineau d’aunis 100%

Note 15/20

 

Vins de Pays d’Oc, Paul Mas, Rosé de Syrah 2009

Prix : 5,90 euros

Robe soutenue. Le nez est un peu dans le style d’un bonbon acidulé, mais en bouche le vin semble plus proche d’un fruité naturel, et avec une texture légèrement crayeuse qui accroche le palais sans l’agresser. A la fois tannique et frais, donc très utile sur des grillades.

Cépage : syrah 100%

Note 14/20

 

Bordeaux Clairet, Château de Parenchère 2009

Prix : 6,30 euros

La robe est naturellement la plus soutenue de la série, entre un rosé foncé et un rouge pâle : c’est un des marqueurs du style clairet. Plein, gourmand et vibrant en bouche, légèrement arrondi en fin de bouche par une très légère pointe de sucrosité pour amadouer son côté tannique. C’est puissant et très savoureux, à boire avec des grillades ou même des plats de viande.

Cépages : merlot, cabernet sauvignon, cabernet franc, malbec

Note 14,5/20

 

Bordeaux rosé, Château l’Isle Douce, 2009

Prix : 7 euros

Robe légère, rose cuivré, bien différente d’un clairet. Nez délicat sur la fleur, la pêche et des notes de sous-bois. Très bonne qualité de fruit en bouche, et un ensemble clair et désaltérant autour d’une structure bien vivace. Joli rosé, plutôt fin.

Cépage : merlot 100%

Note : 14/20

 

Bourgueil, Rosé de l’Equinoxe 2008, Yannick Amirault

Prix : 8 euros

Ce rosé de presse fermenté en barriques a une couleur relativement soutenue. Vin direct, vif et savoureux, dont la vivacité accompagne, sans les écraser, des saveurs délicieusement fruitées. Le fait que ce vin a un an de plus que les autres de la série ne lui nuit nullement, bien au contraire. Ce très bon vin est un des meilleurs de la série, si on aime les rosés dans un style structuré, précis et vif.

Cépage : cabernet franc 100%

Note 15/20

 

Côtes de Provence, Terres de Berne, Château de Berne, 2009

Prix : 10,50 euros

La forme bizarre de la bouteille (carrée) la démarque, mais le vin est tout à fait digne d’intérêt. Rose pâle. Nez raffiné, fleur, agrumes et note fugaces de fruit rouge. Bouche ronde et fraîche, assez savoureuse par la qualité de son fruit. Du volume et de l’équilibre. La même propriété fait aussi une très bonne cuvée spéciale, un peu plus chère mais pas meilleure.

Cépages : 30% cinsault, 40% grenache, 30% cabernet sauvignon

Note : 14,5/20

 

Côtes de Provence, La Chapelle de Sainte-Roseline, 2009

Prix : 22 euros

Robe orange/cuivré. Nez de fleur d’oranger, d’agrume, de baies rouges. Beaucoup d’ampleur en bouche, avec des saveurs riches et raffinées et une structure ferme. Grande longueur pour ce rosé ambitieux, certes très bon mais dont le prix reste un mystère du marketing, comme d’ailleurs la forme et le poids de la bouteille. Pour ceux qui ont des moyens.

Cépages : syrah et mourvèdre

Note 15/20

Merci pour ce test.

Je partage votre avis pour le vin du domaine du Four à Chaux. A signaler que ce domaine produit aussi un très bon vin rouge sous le nom de "Cuvée Benjamin", dont j'apprécie particulièrement le côté poivré.

En juillet, j'ai aussi goûté deux bons rosés, l'un sec, l'autre plus doux, du domaine "Le Clos du chêne" à Duravel (46) dans le Cahors donc.

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