Sur le champ de bataille, un petit contingent d’une vingtaine d’appelés aux origines on ne peut plus éclectiques : tous cépages, toutes régions et tous prix (de 3 à 22 euros) avec, comme critère unique de sélection, le plaisir. 40 minutes plus tard, et après d’étonnantes expériences aromatiques qui nous ont fait visiter une écurie, une usine à malabar et quelques vinaigreries, restaient seulement 5 élus. Première constatation : sur les 21 échantillons, 4 présentaient des défauts rédhibitoires, parfois franchement désagréables, 12 se montraient sans réel vice ni vertu, 5 seulement donnaient un peu ou beaucoup de plaisir, soit 24%. Deuxième constatation : aucune logique par le prix, les plus chers étant – pour la plupart - tombés sans gloire au champ du déshonneur quand les modestes brillaient (pour certains) par leur simplicité. Troisième constatation : l’habit ne faisant jamais le moine, il ne faut tirer de la couleur aucune conclusion, le pâle ou le coloré pouvant révéler chacun des caractères bien différents. Enfin, ne vous fiez pas aux étiquettes, les plus belles peuvent annoncer des déceptions cinglantes !
Les élus
Saint Pourçain rosé, Vin Gris 2011, Union de Vignerons de Saint Pourçain
6,10 euros - http://www.vignerons-saintpourcain.com
Côtes du Vivarais rosé, Notre Dame de Cousignac 2011, Ogier
4,90 euros - Tel : (33) 04 90 39 32 32 - caveau@ogier.fr
Champagne rosé Edmond Bourdelat, Brut
16,50 euros - http://www.champagne-edmond-bourdelat.fr
Côtes du Rhône rosé, A l'Ombre des Fontaines 2011, Vignerons de Caractère
6,40 euros - http://www.vigneronsdecaractere.com
Fronton rosé, 2011, Château Cahuzac
6 euros - http://www.vignobles-nicolasgelis.com
Il faut dire que depuis une dizaine d’années la filière est en état de grâce avec des exportations qui ont triplé depuis 2004. L’Argentine produit du vin depuis plus de 400 ans et possède l’une des plus fortes consommations individuelles au monde, ce qui en fait un vieux et vrai pays de vin, mais elle s’est longtemps contentée de produire des flots de vins courants destinés à un marché intérieur longtemps peu regardant. Depuis les années 1990, tout a changé et on goûte à présent des vins rouges d’une intensité parfois bluffante. Dans l’intervalle, les argentins, inspirés par la réussite chilienne, ont su investir pour mettre à profit une géographie taillée pour la vigne, en particulier dans la région de Mendoza, au pied des Andes, cœur du vignoble argentin, qui conjugue ensoleillement, sécheresse et altitude. Avec des coûts de production faibles, une terre disponible et des vignobles faciles à travailler, les investisseurs locaux et étrangers ont été faciles à convaincre, et cela malgré la crise financière des années 2000. Les argentins ont aussi eu la bonne idée de faire le pari d’un cépage original, le malbec, introduit en Argentine par un agronome français au milieu du XIX ème siècle. Connu à Cahors, où il produit un vin coloré, puissant et tannique, il s’est bien adapté aux vignobles d’altitude de Mendoza où il a pris des « rondeurs ». Les bons malbecs d’Argentine ont le charme des vins qui ont vu le soleil, avec des expressions fruitées chaleureuses, des tanins adoucis et une texture suave. Moins toniques que leurs cousins de Cahors, ils possèdent par contre une souplesse qui les rend appréciables dès leur jeunesse.
6 coups de cœur
Clos de los Siete, Mendoza 2009
C’est le vin argentin le plus distribué en France. A l’origine « le clos des sept » est une aventure bordelaise regroupant 7 investisseurs qui ont fait l’acquisition en 2002 de 400 hectares de vignes dans le canton de Tunuyan (Mendoza) dont une partie entre dans l’assemblage de cette cuvée collective. Le malbec (60%) est complété par les merlot, cabernet, syrah et petit verdot. Nez suave et épicé, avec un fond mentholé et torréfié. La bouche est généreuse, mûre mais sans excès, et les tanins fermes et fins tiennent bien en respect la rondeur du fruit. Déjà séduisante, cette cuvée devrait s’ouvrir davantage avec un peu de garde.
13,60 euros sur www.lacavedourthe.com
Mariflor, Malbec, Mendoza 2010
Michel Rolland, consultant bien connu, est l’un des « 7 » du Clos de los Siete. Il produit aussi en solitaire une gamme dont ce malbec, né de vignes perchées à 1100 mètres d’altitude. La robe est noire et le nez luxuriant, de confiture de cassis, de violette, de cacao. Très charnu, ses saveurs sont concentrées, les tanins bien pris dans le fruit et l’ensemble donne une sensation suave et caressante. Charmeur et efficace, très bien à ce prix. Avec une belle viande rouge.
12,50 euros chez Rolland Collection – tel : 05 57 51 52 43 – contact@rollandcollection.com
Trapiche, Broquel, Malbec, Mendoza 2009
Avec 20 000 hectares de vignes et des approvisionnements auprès de plus de 150 viticulteurs, Trapiche est un géant d’Argentine, premier exportateur de vin du pays. Dans sa large gamme, on retiendra cette cuvée, au nez sombre, épicé, rehaussé d’une touche fraîche d’eucalyptus. Le fruit mûr, à l’accent un peu rustique, entre cuir et terre humide, et les tanins doux en font un digne représentant de son pays, pas en finesse mais avec générosité et efficacité. Idéal avec une viande en sauce. A boire.
12 euros chez Les Chais Saint-Laurent – tel : 01 48 26 62 10
Nieto Senetiner, Malbec, Mendoza 2010
Vieux domaine créé par des immigrants italiens au XIX ème siècle, le vignoble est situé à Lujan de Cuyo (Mendoza), une des deux appellations d’origine du pays. Le nez évoque le fruit rouge très mûr et les épices avec un côté un peu terrien et réglissé. Très plein en bouche, puissant, avec des notes de plantes aromatiques et de cuir, le vin conserve un côté tonique et bien équilibré. Très plaisant. A boire.
10 euros chez La Franco-Argentine - tel : 03 64 17 80 01 – gcruz@francoagentine.com
Pichot, Malbec 2009
Autre bon rapport qualité/prix également importé par Gonzalo Cruz, pionnier des vins argentins en France, et fin connaisseur de la question. Très coulant, fruité, épicé et facile à boire (12 euros). Il s’agit du domaine familial d’Agustín Pichot, international de rugby argentin, autre spécialité nationale.
O. Fournier, Urban Uco, Valle de Uco, Mendoza, 2010
Espagnol d’origine, propriétaire dans la Ribera del Duero, le groupe O. Fournier a investi de l’autre côté de l’Atlantique, au Chili puis en Argentine, dans la Valle de Uco, sous-région estimée de Mendoza. Ce 100% malbec, brièvement passé en fût (3 mois), est une très agréable illustration du cépage en version souple et fruitée, à prix très décent : arômes de fruit rouge bien mûr et d’épices, tanins discrets, bouche fluide et parfumée. A boire avec une grillade.
8 euros au Comptoir des Andes et du Nouveau Monde - tel : 01 43 20 03 00 - comptoirdesandes@gmail.com
Crédit photo : Juan Pelizzatti
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Ecce Vino vous conseille :
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Cheval des Andes Rouge 2006
Nez très expressif, chaleureux, autour d'une gamme de fruits bien mûrs avec une touche de...16.5/20068 €
Dealu Mare et l’Ouest
Le vignoble s’étale le long d’une partie du versant Sud des Carpates, directement au Nord de Bucarest. Beaucoup de domaines de taille relativement importante sont installés ici, souvent issus d’investissements étrangers : anglais, allemands, italiens ou français. Parmi les pionniers de la renaissance viticole roumaine, il faut citer le français Guy de Poix, récemment décédé. La marque Terra Romana, qu’il a fondée, fait partie des références de la région. Autre français installé ici, le bourguignon Denis Thomas qui produit sur une quarantaine d’hectares des vins singuliers et d’un rapport qualité/prix étonnant, le tout dans une ancienne cave coopérative, lieu de vie et de travail qui évoque les usines à vin de l’ère collectiviste. Halewood est une entreprise britannique dont la production, importante, est clairement faite sur mesure pour des marchés internationaux et avec les cépages les plus connus. J’ai dégusté de belles cuvées dans la gamme, en particulier un cabernet sauvignon appelé Hypérion.
De la partie Ouest de la Transylvanie, que je n’ai pas pu visiter lors de ce voyage, j’ai également dégusté de très bons vins des domaines Recas et du curieusement nommé Wine Princess, dont les bouteilles sont enveloppées de papier attaché par de la ficelle. Ces domaines mixent aussi, dans leur production, cépages autochtones et importés, posant ainsi un peu le dilemme de l’avenir du vin Roumain. Il semblerait que le marché domestique, poussé par une jeune génération consumériste, soit féru de vins à connotation « internationale » avec les goûts qui vont avec. C’est ainsi que beaucoup de domaines ont pu se reconstruire, utilisant les connaissances de l’œnologie moderne et les cépages venant, pour l’essentiel, de France. Mais, dans un monde de plus en plus encombré par des vins en voie de standardisation, je reste convaincu que l’avenir viticole de la Roumaine réside dans la mise en valeur de ce qui la distingue, à savoir ses propres cépages, avec évidemment l’apport des connaissances modernes.
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Domaine Nachbil, en Transylvanie
Planter de la vigne est toujours un pari et un défi mais imaginez les efforts nécessaires pour régénérer un vignoble détruit par 50 ans d’incompétence lorsque vous vivez dans un autre pays et que vous donnez vos instructions essentiellement par téléphone ! C’est ainsi que Johann Brutler, originaire du village de Beltiug, à 20 kilomètres de la frontière hongroise, a débuté sa carrière viticole sur des terres qui appartenaient à sa famille avant l’ère communiste. Comme bien d’autres dans la région, Johann, issu d’une communauté germanophone implantée ici depuis le début du XVIII ème siècle, a dû s’exiler en Allemagne pendant le règne du dictateur. Il y est revenu après sa chute, renouant avec la tradition viticole familiale dans une région, Setu Mare, dont la production avait été florissante avant la deuxième guerre. Il a racheté plusieurs parcelles pour reconstituer un vignoble dont son père n’avait pu garder que quelques lopins. Les vieilles caves souterraines, similaires à celles que l’on trouve à Tokay, subsistent et Johann Brutler a le projet ambitieux de les transformer en un outil mêlant l’ancien et le moderne. Ses parcelles dispersées en coteaux reflètent par leur encépagement la diversité des expositions : riesling et sylvaner plantés sur les versants frais ; syrah, cabernet sauvignon et blaufrankisch sur les versants les plus ensoleillés, pinot noir entre les deux, et une très large gamme d’autres cépages blancs, autochtones ou non, disséminés ici et là : sauvignon blanc, chardonnay, pinot blanc, pinot gris, welschriesling, furmint, feteasca regala, mustoasa de Maderat, altesse, chasselas doré, muscat d’Ottonel, baras et grünspitz. Cette richesse provient partiellement d’anciennes parcelles qui avaient été complantées par son grand-père et son père. En matière de cépages autochtones, Johann Brutler considère que le sylvaner est originaire de la région. De Transylvanie à sylvaner, il n’y a qu’une syllabe après tout.
Mais le projet de Brutler pour son domaine de Nachbil dépasse tout esprit purement nostalgique. Il associe, dans un ensemble qui semble très cohérent, un respect pour le passé à une connaissance moderne et une réflexion ouverte qui lui vient de son parcours dans un autre univers que le vin. L’approche agricole est biologique, mais les plantations utilisent le dernier matériel avec alignement par laser. Si on laboure et on fume les parcelles avant plantation, on laisse intouchée leur topographie naturelle en évitant le défonçage ou le concassage des sous-sols. La cave privilégie un matériel moderne mais Brutler évite des interventions lourdes dans ses vinifications. Il vit aujourd’hui avec sa femme Katherine dans une maison de village tout près de son chai, et tous deux travaillent à plein temps sur le domaine. Leur fils Edgar, élevé en Allemagne, fait ses classes dans un domaine autrichien réputé (Leo Hillinger). La relève est donc assurée.
La gamme des vins est bien en phase avec ce climat relativement frais pour la Roumanie. Le style est moderne mais assez individuel. Les blancs, vifs et élégants, sont particulièrement intéressants. Ce sont des vins vendus entre 5 et 15 euros sur le marché domestique qui est en plein épanouissement depuis que la jeune génération a découvert les joies du bon vin. Parmi les rouges, la cuvée Trei Gatii (Trois Graces) et la syrah m’ont convaincu avec, pour cette dernière, une forte influence des millésimes. Brutler, qui a renoué avec le vin comme amateur (il est fan des grands rieslings allemands), continuera à expérimenter toute sa vie. Ses dernières plantations associent du sylvaner, sur une face Nord assez escarpée, à de la syrah sur la face Sud, avec une chapelle située au milieu, au sommet de la colline. Un futur Hermitage en version roumaine ?
Crédit photo : David Cobbold
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En cinq jours seulement, ce fut un concentré d’émotion : des contrastes saisissants, de belles rencontres avec des gens formidables et des cépages parfois étonnants. Après tout, le vin est une forme de voyage aussi bien à l’intérieur de soi que vers les autres : une double exploration de ses sensations, puis des pratiques, difficultés, joies et expériences des autres.
Il y a une chose que vous ne rencontrerez pas en Roumanie, du moins si vous évitez de vous focaliser sur les variétés dites « internationales » : c’est l’ennui. Certes, j’ai eu l’occasion de goûter quelques remarquables cabernets, merlots, syrahs, pinots noirs et sauvignons blancs, mais le fait de voyager dans un très vieux pays viticole éveille d’abord le désir d’autre chose. Une centaine de variétés de vignes autochtones sont recensées en Roumanie. De la vaste région de Dealu Mare jusqu’aux vignobles plus confidentiels de Dragasani, au Sud-Ouest entre Bucarest et la frontière Serbe, en passant par Satu Mare, au delà de la Transylvanie dans l’extrême Nord-Ouest du pays, j’ai eu l’occasion d’en explorer quelques-unes mais il me reste beaucoup à découvrir. Ces quelques visites permettent d’illustrer la situation et le dilemme d’un pays viticole qui doit lutter pour gagner une place dans des marchés internationaux de plus en plus encombrés, et si possible autrement que par des prix bas. Parmi les domaines visités, deux m’ont semblé exemplaires, autant par les hommes qui les font vivre que par les vins et la philosophie qui les anime, entre modernité et authenticité.
Domaine Stirbey à Dragasani
Stirbey est un domaine familial de taille modeste (25 hectares de vignes) situé dans la région de Dragasani, à environ 150 kilomètres à l’ouest de Bucarest. Cette région offre un paysage assez séduisant de collines souvent boisées, à la manière piémontaise, qui surplombent la large vallée de la rivière Olt qui s’écoule des Carpates pour rejoindre le Danube au Sud. Le domaine Stirbey est un des vieux domaines viticoles roumains. Aux mains de la même famille depuis des siècles, il a été confisqué sous l’ère communiste, puis restitué après la chute de Ceaucescu. Modernisé d’une manière exemplaire, il illustre bien le potentiel roumain. Les Stirbey se sont adjoint les services d’Olivier Bauer, œnologue allemand aussi précis dans son travail que jovial dans la vie, et tous sont convaincus des mérites et du potentiel des cépages locaux. Ils ont replanté, parfois régénéré, les cramposie, feteasca regala et tamaiosa romaneasca (cépages blancs) ainsi que le très intéressant novac, une variété rouge. En parallèle, ils produisent aussi du sauvignon blanc, du cabernet-sauvignon et du merlot, donnant du grain à moudre au marché en attendant que celui-ci reconnaisse les mérites des cépages autochtones.
Les vins de Stirbey m’ont impressionné par leur style limpide et allègre, avec une précision rare des saveurs et beaucoup de fraîcheur. L’usage de bois dans l’élevage est toujours judicieux et même si le recul manque pour certifier leur capacité à vieillir, certaines cuvées semblent bien armées pour défier le temps, tel ce très beau Feteasca Alba (blanc) de cinq ans. Autre vin blanc singulier, le Cramposie Selectionata, du nom du cépage Cramposia, vieille variété régionale présente, m’a-t-on dit, depuis les romains. Cette province de l’Empire alors appelée Dacia accueillit l’exilé romain Ovide. J’aime penser que j’ai bu le même vin qu’Ovide, mais rien n’est moins sûr, tant les méthodes de vinification à Stirbey sont d’une modernité exemplaire ! Le vin que j’ai dégusté est aussi léger en couleur qu’en degré alcoolique. Je veux bien admettre que le style léger et vif, pas très fruité (un peu comme un muscadet avec un peu plus d’acidité et moins d’alcool), n’est pas exactement le style le plus à la mode de nos jours, mais ce vin est tout ce que l’on peut souhaiter par un jour d’été : couleur pâle, nez floral, toucher très délicat et saveurs discrètes d’une grande pureté. L’acidité n’est nullement agressive mais tonique et désaltérante. On ne sera donc pas étonné que ce vin ne soit plus disponible dès l’été qui suit sa récolte, malgré un prix qui se situe entre 7 et 9 euros sur le marché local.
Crédit photo : David Cobbold







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