Domaine Olibrius, l’électron libre de Laudun

Domaine Olibrius, l’électron libre de Laudun

Le Domaine Olibrius est singulier à plus d’un titre, à commencer par une adresse introuvable, puisqu’il ne possède pas de caveau d’accueil pour le public. En plus ses vignes ne sont guère repérables, rares et disséminées qu’elles sont dans le périmètre des communes des Côtes du Rhône où sont délimitées les aires des appellations Villages Laudun et Chusclan. Hormis ces aspects physiques, il y a bien sûr la personnalité de son fondateur, Marc Daniélou, un néo-vigneron originaire de Bretagne, venu d’un tout autre horizon professionnel et dont la vocation ne s’est affirmée qu’au terme d’une longue période probatoire. Mû par une passion dévorante pour le vin dans les années 80, il commence à se frotter à sa pédagogie pour ensuite se laisser tenter par des expériences intermittentes où il assimile le b.a.-ba de son futur métier. Ce n’est cependant qu’après une longue interruption de ce cycle d’apprentissage qu’il rejoint enfin l’univers concret du vin en se portant acquéreur de ses premières vignes, en 2009. Il exerce alors comme vigneron à temps partiel, œuvrant avec des moyens de fortune sur un vignoble opportunément constitué, rassemblant aujourd’hui à peine 2 hectares.

Assurément marginal dans le contexte local, Marc Daniélou ne joue pas pour autant la carte ostensible de sa différence et s’applique au contraire à respecter les contraintes de l’appellation Laudun, dont il exploite avec sagacité un territoire presque symbolique. Il se démarque néanmoins par une approche qui remet à l’honneur des cépages en déclin, cela sans jouer au trouble-fête. Il s’est simplement permis de faire de l’humour en baptisant son domaine d’un nom cocasse et en empruntant le nom de ses vins au répertoire de l’espièglerie bretonne(*).

 

Counoise, carignan et clairette réhabilités

Pour l’observateur que je suis, le parcours autodidacte de Marc Daniélou est riche d’enseignements. En effet, se retrouvant incidemment dans un secteur des Côtes du Rhône qui réinvente ses règles de production, notre vigneron a eu le mérite de révéler un patrimoine viticole dont la disparition a été comme programmée par l’effet d’un pragmatisme niveleur, alors que l’enjeu se situe paradoxalement dans la promotion des spécificités d’un terroir, dans la perspective de le doter du statut de cru. Il s’agit en l’occurrence de celui de Laudun, une commune gardoise dont le nom devrait, à terme, se confondre avec celui d’une appellation d’origine à part entière.

Ainsi, en acquérant ses premières vignes, davantage un pis-aller qu’un choix bien mûri, il hérite d’une parcelle de counoise, cépage devenu mineur alors qu’il ne manque pas de vertus. En effet, dans le contexte rhodanien, où les rouges affichent des degrés confortables, voilà un ingrédient bienvenu pour tempérer de sa trame acide des expressions volontiers généreuses. On pourrait d’ailleurs faire une même remarque au sujet du carignan, variété associée à une époque de vins de piètre qualité, d’où son arrachage massif depuis ce temps-là. Pourtant, entre ses mains, de vieilles souches de carignans, issues parfois de vignes en déshérence, font des merveilles et procurent du nerf à des vins foncièrement riches. Et ce n’est pas tout puisque son blanc est quasi exclusivement issu de clairette, cépage traditionnel à la région mais peu en vogue, car réputé faiblement aromatique et lent à s’épanouir. Aussi lui préfère-t-on aujourd’hui des plants plus enjôleurs et d’expression précoce, comme le viognier ou la roussanne. Ne faisant rien comme tout le monde, Marc Daniélou se contente largement d’une vigne de clairette nourrie, il est vrai, d’une richesse de sève due à son âge vénérable.

 

Figures libres

Faisant preuve d’un heureux éclectisme dans l’emploi des cépages, Marc Daniélou s’en tire plutôt bien en s’imposant quelques principes, dictés par le type de vins qu’il affectionne. Ainsi, la recherche de maturités complètes, les cuvaisons longues et des élevages conséquents sont pour lui des règles pour obtenir des rouges puissants, riches en saveur et aux structures fondues, ainsi que des blancs onctueux et tout autant sapides.

Les vins qu’il produit sont à l’image de la constitution de son vignoble, où les tâtonnements n’ont pas manqué. Et mis à part un noyau dur de vignes rassemblées pour être en conformité avec le décret d’appellation Villages Laudun, il a donné libre cours à ses choix en matière d’acquisition de parcelles. Certaines d’entre elles ont même été l’objet d’une période d’exploitation sans lendemain, faute d’avoir satisfait son attente.

Si des hésitations et des repentirs ont caractérisé la conception et la désignation de certaines cuvées, la constitution d’une gamme cohérente continue de s’affirmer. Ainsi Iskis est son vin le plus accessible, un Côtes du Rhône d’une teneur appréciable, sur un registre fruité à la fois nerveux et épicé, et encore structuré. Proposé dans le millésime 2014, il fait valoir ces caractères ainsi que des nuances qu’un épanouissement harmonieux lui a procurées. A un niveau supérieur, son Laudun rouge reflète à merveille son statut : un 2015 tout en plénitude et élégance, d’un goût profond et doté d’une appréciable fraîcheur de texture. Son alter ego en blanc, appelé Oristal, ne dépare pas le tableau et s’exprime dans un équilibre sur la matière, sans toutefois en pâtir grâce à une ligne aromatique vivifiante, évoquant surtout le fenouil séché. Cependant, tout le savoir-faire du vigneron se cristallise dans un vin hors norme, bâti sur le carignan et démontrant les grandes aptitudes du cépage sur ces mêmes terroirs. Diaoul est le nom de ce Côtes du Rhône atypique, dont le 2015 s’avère en effet plein d’éclat grâce à sa verve aromatique et une appréciable dynamique acide où le fruit se trouve exalté.

 

(*) Par référence au dictionnaire breton de Francis Favereau, les termes utilisés pour les cuvées se traduisent ainsi :

Iskis : étrange, bizarre, remarquable – Oristal : hurluberlu – Diaoul : diable

 

L’auteur de l’article :
Diplômé en histoire de l’art, Mohamed Boudellal est journaliste et consultant en vins. Il a écrit pour la presse spécialisée, principalement pour la Revue du Vin de France, et d’autres titres comme L’Amateur de Bordeaux, Gault & Millau et Terre de Vins. Co-auteur dans l’édition 2016 du « Grand Larousse du Vin », il est actuellement collaborateur au magazine en ligne La Feuille de Vigne.

Commentaires (3 )

  • GERENTON

    Très excellent vin ! Où peut-on trouver à l’acheter ?

    MERCI

    • OLIBRIUS

      Bonjour GERENTON,
      directement au 06 87 48 28 07 !
      Merci de l’avis

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