Flash sur le Languedoc

Flash sur le Languedoc

Réservée aux seuls journalistes, la manifestation « Millésimes en Languedoc  » a eu cette année pour cadre la Cité de Carcassonne et rassemblé plus de 800 échantillons de toutes les AOC languedociennes.

Par Mohamed BoudellalJ’ai personnellement dégusté quelques 500 d’entre eux, strictement à l’aveugle, soit suffisamment pour avoir un bon aperçu d’un vignoble où se vivent de passionnantes mutations. Je précise au préalable que de nombreux domaines réputés n’ont pas présenté de vins, ce qui ne permet pas d’émettre de jugement arrêté sur les appellations en lice. En contrepartie, cet absentéisme a eu pour avantage de révéler des vignerons qui autrement n’auraient peut-être pas été remarqués. Enfin, dans cette évaluation, j’ai suivi la vocation naturelle du Languedoc pour les rouges, d’où une absence de remarques sur les blancs et rosés.

 L’élevage sous bois en question

Dans ce type de « confrontation », l’exigence du dégustateur le porte à être plus intraitable à l’égard des appellations les plus cotées. Dans cette logique, j’ai été relativement déçu par la prestation de Pic Saint-Loup, dont la représentativité était toutefois très faible et donc pas vraiment significative de son potentiel (13 domaines présents sur 59.) Ce constat est valable pour d’autres appellations pour lesquelles on a cependant moins le réflexe de l’exigence ! De son côté, la dégustation des Faugères avait l’intérêt de poser une question majeure sur l’identité des terroirs languedociens et les moyens de l’affirmer. En effet, l’exercice m’a laissé dubitatif quant à l’usage du bois dans certaines cuvées, cela d’autant plus qu’elles étaient le fait de vignerons parmi les plus en vue. Les élevages en fûts de chêne me semblaient souvent manquer de mesure avec à l’arrivée des sensations excessives d’amertume et des textures desséchées sans parler de fruits estompés, pour ne pas dire maquillés. Le terroir de Faugères, réputé pour ses sols de schistes et la personnalité qu’ils procurent aux vins, me donnait là l’impression d’être vu à travers le prisme d’un artifice. Dès lors, comment invoquer une notion de terroir si l’on entame à ce point un potentiel réputé pour sa finesse et ses expressions aromatiques singulières.

Flagrante sur une série de Faugères, cette tendance s’est malheureusement avérée récurrente, à des degrés divers, dans toutes les appellations. A l’heure où la région et surtout l’AOC Languedoc s’attache à promouvoir les particularismes de ses terroirs, il serait peut-être opportun de se pencher sur la question.

Mention bien pour les Terrasses du Larzac, Corbières et Saint-Chinian

Qu’on se rassure, la région offrait également de belles satisfactions. Ainsi, l’émulation qui anime les vignerons du secteur des Terrasses du Larzac se percevait dans l’échantillonnage, malgré l’absence de domaines réputés. Là, ambition et agrément formaient une heureuse combinaison, partagée par de nombreuses cuvées. Autre belle surprise, Saint-Chinian, un vignoble qui n’est pas sur le devant de la scène mais qui se démarquait par de nombreux vins d’un plaisir immédiat. Les Corbières présentaient un tableau tout aussi satisfaisant, à peine moins homogène, révélant tout de même un millésime 2011 d’exception, même s’il affichait moins d’éclat que l’an dernier où il a connu un « âge du fruit » particulièrement séduisant. Moins représentée, la récolte 2012 se distinguait toutefois par de « petites » cuvées déjà délicieuses.

Perçu un ton en dessous faute de vins très remarquables, le vignoble du Minervois présentait toutefois un ensemble honorable et cohérent. Son cru La Livinière laissait percevoir deux tendances avec d’un côté des vins visiblement sur le mode ambitieux et, de l’autre des vins d’un genre plus modeste eu égard à ce que l’on attendrait d’un tel label.

L’AOC Languedoc et ses déclinaisons, bref écho d’un vaste chantier

Même si leurs ambassadeurs n’étaient pas légion (se réduisant parfois à un seul domaine ! ) quasiment toutes les dénominations rattachées à l’AOC Languedoc étaient présentes. Pour modeste qu’elle fût, cette représentation avait le mérite de dévoiler des facettes de la hiérarchisation en cours dans cette entité régionale (*). Outre les commentaires faits précédemment sur Pic Saint-Loup et les Terrasses du Larzac (devenues AOC entre temps), j’ai relevé de bonnes choses sur Pézenas, en dépit d’une tendance à des vins sur-boisés. Sur la foi de cuvées d’exception, un brin démonstratives, le terroir de La Clape semble doué d’un grand potentiel. Parmi les autres appellations sous-régionales, j’ai noté une belle qualité d’ensemble sur celle de Montpeyroux et des vins très satisfaisants sur le territoire des Grès de Montpellier. D’autres secteurs se distinguaient par quelques individualités, ainsi Saint-Georges d’Orques, Sommières et Cabrières.

 

Mes coups de cœur

Corbières

Château La Bastide, Cuvée Promesse 2012 – 6 € – et – Eidos 2012 – 18 €

Château du Grand Caumont, Réserve de Laurence, 2011 – 7,50 €

Le Cellier des Demoiselles, Château de Durfort, 2011 – 7,80 €

Domaine du Grand Arc, En Sol Majeur, 2012 – 11,50 €

Domaine du Pech de l’Escale, Cuvée Schurando, 2011 – 12 €

Château Haut-Gléon, 2012 – 16,50 €

Château de Lastours, Grande Réserve, 2011 – 18,90 €

Domaines Pierre Bories, L’Îles aux Cabanes, 2012, – 22 €

 

Minervois

Château de l’Herbe Sainte, Tradition, 2009 – 7,20 €

Minervois La Livinière

Château Laville Bertrou, 2011 – 11 €

Château Sainte-Eulalie, Grand Vin, 2012 – 20 €

 

Faugères

Domaine de L’Ancienne Mercerie, Les Petites Mains 2012 – 9,10 €

Domaine des Prés Lasses, Amour 2012 – 9,50 €

Abbaye Sylva Plana, La Closeraie 2012 – 11 €

The Way of Wine, Aux Pluriels by Jeff Carrel 2012 – 12,50 €

 

Saint-Chinian

Domaine des Pradels, cuvée Haut Coup de Foudres 2011 – 7,30 €

Mas D’Albo, cuvée Augustin 2011 – 7,50 €

Laurent Miquel, Cazal-Viel, Vieilles Vignes 2011 – 9,90 €

Mas de Cynanque, Acutum 2010 – 12,50 €

Domaine de Pech-Ménel, Château Pech-Ménel 2009 – 13,05 €

Domaine Les Eminades, Sortilège 2011 – 14,50 €

Mas Champart, Clos de la Simonette 2011 – 19,80 €

 

Cabardès

Domaine de Cazaban, 2012 – 18 €

 

Languedoc Pic Saint-Loup

Bergerie du Capucin, Larmanela 2011 – 20 €

 

Languedoc Terrasses du Larzac

Château des Crès Ricard, Stéga 2012 – 10,20 €

Mas du Pountil, Le Mas 2011 – 10,50 €

Domaine La Croix Chaptal, Le Secret de Gellone 2010 – 11 €

Château Jonquières, Lansade 2012 – 11,50 €

Mas des Brousses 2011 – 15,50 €

 

Languedoc La Clape

Château Rouquette-sur-Mer, L’Absolu 2011 – 69 €

 

Languedoc Pézenas

Domaine Pech Rome, Clemens 2010 – 12 €

 

(*) Sur la hiérarchisation des appellations du Languedoc-Roussillon :

http://www.vitisphere.com/dossier-51200-Tout-ce-que-vous-avez-toujour
s-voulu-savoir-sur-les-AOC-du-LanguedocRoussillon.html

 

 

 

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