Les trésors cachés du Muscadet

Les trésors cachés du Muscadet

Les fêtes de fin d’année sont le point d’orgue du calendrier bacchique. On leur réserve les plus belles bouteilles, ou tout du moins les plus beaux noms, qui tiennent (trop) souvent dans cette trilogie un peu lassante, Bordeaux, Bourgogne, Champagne. Qui penserait que le Muscadet puisse leur tenir la dragée haute ?  Et pourtant, une récente dégustation de vieux millésimes nous a conforté dans l’idée que cette région mal aimée devait absolument attirer l’attention de l’amateur épris de goût et pas de nom, à des prix défiants toute concurrence. Un peu tard pour le réveillon ? Rien de grave, on les met en cave et on patiente jusqu’à l’année prochaine car les meilleurs vins de la région possèdent une réelle capacité de garde.

Quand on suggère de commander une bouteille de Muscadet à table, il y a deux réactions possibles. La première est un regard légèrement indigné qui tente de cacher la gêne par un masque d’étonnement ; le second est un œil approbateur, mêlé d’une pointe d’admiration et, parfois, d’un brin de méfiance. Les deux types de réactions, avec des nuances en ce qui concerne le second, nécessitent explications. La première réaction «type» est celle d’un amateur lambda, qui se méfie encore du Muscadet, ou, au mieux, ne le conçoit que dans le registre très mineur de vin pour rincer des fruits de mer. La faute à un passé, pas trop éloigné, fait de flots de vins médiocres, produits avec des rendements déraisonnables et copieusement soufrés. La deuxième pourrait être celle d’un professionnel du vin, convaincu par la qualité remarquable des meilleurs vins de Muscadet mais conscient que cette qualité dépend, surtout, du producteur et de son approche.

Les causes de cette désaffection, pour ce qui a longtemps été une des appellations françaises de blancs secs les plus en vogue, ont déjà été mentionnées. Mais la mécanique du renouveau dans la qualité des meilleurs vins de cette région nantaise, donc océanique, méritent qu’on s’y attarde un peu. Comme toujours, le point de départ, et qui reste la pierre angulaire, a été la volonté et le talent de quelques producteurs opiniâtres. Ceux-là continuent à mener le bal. Mais la prise de conscience du potentiel du cépage melon de bourgogne (un nom curieux et un peu malheureux qui fait partie des petits handicaps de l’appellation) est devenue plus large. Après tout, cette variété est un cousin du chardonnay car les deux ont pour co-géniteur le gouais blanc, récemment rebaptisé le «Casanova des vignes».

Après une vague de modernistes qui ont tenté de lui donner des lettres de noblesse avec des élevages sous bois, d’autres, peut-être plus sages, ont insisté sur ses capacités de vieillissement en bouteille ou bien en cuve enterrée et vitrifiée. Ce sont ces vins-là que j’ai voulu tester lors d’une récente dégustation à l’aveugle organisée par Interloire à Nantes, et qui a réuni près de 60 échantillons de muscadets, issus de millésimes compris entre 1982 et 2005. La moyenne des prix, qui cache de fortes disparités, s’établit autour de 15 euros, ce qui est dérisoire au vue de la qualité des meilleurs. Les vins sélectionnés ci-dessous sont tous disponibles à la vente dans les domaines.

Sélection

Bonnet Huteau, Sèvre et Maine, Goulaine 2005 : Le nez a beaucoup de complexité et une profondeur intéressante. La texture est soyeuse et ses belles saveurs sont longues et salivantes. Un vin splendide qui en vaut largement d’autres vendus à deux fois ce prix (12 €).

Domaine de la Landelle, l’Astrée, Sèvre et Maine 1999 : Ce vin était servi en magnum. Un très beau nez, aussi fin qu’expressif. Belle complexité de saveurs qui combinent finesse et une certaine puissance avec cette belle acidité intégrée qui assure une finale fine et salivante (28 € pour le magnum)

Domaine de la Fruitière, M de la Fruitière, Sèvre et Maine, Château Thébaud 2002 : Vin très suave avec des saveurs magnifiques, complexes et gourmandes. Cette richesse apparente lui va bien, car la sensation de sur-maturité est parfaitement maîtrisée et se trouve portée en longueur par une très belle fraîcheur. Vaut son prix (25,40 €)

Michel Luneau, Vins de Mouzillon, Sèvre et Maine, 2005 : Le nez semble plus discret que la plupart, mais aussi plus fin. J’aime sa pointe d’amertume qui rend plus précise la sensation de ses belles saveurs. Un ensemble long, salivant et très fin, encore plus remarquable vu son prix très modeste. (6 €)

Domaine Landron, Le Fief du Breil, Sèvre et Maine, 2000 : La première bouteille était oxydée (bouchon poreux, probablement). La deuxième étalait une belle richesse d’arômes et de saveurs, avec beaucoup de matière et une texture fine. Bonne longueur et une acidité pour soutenir cet ensemble (25 €)

Domaine de la Poitevinière, Sèvre et Maine, 2005 : Une robe jaune paille, très prononcée pour un muscadet de cet âge. Le nez semble aussi assez évolué, avec des arômes qui me rappellent des vieux sauvignons. Bien arrondi en bouche aussi, avec des saveurs exotiques mais très agréables et complexes. Etonnant rapport qualité-prix.  (5,80 €)

Michel Luneau, Tradition Stanislas, Sèvre et Maine, Mouzillon, 2003 : Vin très savoureux avec une impression de richesse et de rondeur très agréable. Bonne longueur et prix très modeste pour une telle qualité (10,50 €).

Michel Bregeon 2004, Sèvre et Maine, Gorges, 2004 : Beaucoup de vivacité et même un soupçon d’arômes de type végétal. Mais c’est un vin aussi délicat que vif, avec un joli équilibre autour de son acidité. (10,20 €)

Château de l’Aulnaye, Sèvre et Maine, 2003 : Un très beau nez, aussi riche que fin. Bon équilibre entre vivacité de la matière et finesse de texture (9,5 €)

Domaine de la Landelle, Les Blanches, Sèvre et Maine, 1998 : Le nez est vif, même un peu vert. Ses belles saveurs et sa vivacité prononcée indiquent qu’il pourra encore tenir longtemps (12 €)

Domaine Landron, Le Fief du Breil, Sèvre et Maine, 2005 : Nez vif, aux arômes qui rappellent le genêt. C’est précis dans la définition des saveurs et assez long (18 €)

Pierre Luneau Papin, L d’Or, Sèvre et Maine, 2005 : Un beau nez, riche et complexe. Une très bonne largeur dans les saveurs et un parfait équilibre, malgré une pointe de sècheresse en finale (18 €)

Domaine de la Perrière, Olivier de Clisson, Sèvre et Maine, 2005 : Le nez assez herbacé me donne une impression de réduction au début. L’attaque est tendre, mais est suivie d’une impression vivace, avec des saveurs très nettes (7 €)

Les Bêtes Curieuses, Sèvre et Maine, Gorges, 2004 : Les arômes transmettent une sensation de pureté. Tendre, salivant, mais pas d’une grande complexité, c’est un bon vin très agréable, frais et fin (13,80 €).

Domaine du Haut Bourg, Origine, Côtes de Grandlieu, Bouaye, 2003 : Le nez semble relativement tendre. Est-ce du au millésime ou à l’influence d’un élevage sous bois ? Ou aux deux ? La texture est très belle en tout cas, même si ce vin manque un peu de vivacité en fin de bouche. Encore un tarif des plus raisonnables (9 €).

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