
A Bordeaux, le terme « cru classé » désigne une propriété dont le vin a été retenu lors des différents classements qui se sont succédés depuis 1855. Le plus connu et le plus ambitieux est celui de 1855 qui s'est occupé de classer les châteaux du Médoc (en 5 rangs) et de Sauternes (en deux rangs). Effectué à la demande du commissaire Jérôme Bonaparte, en vue de l'exposition universelle de 1855, il a été établi en prenant comme critère quasi-unique de classement le prix de vente des vins sur une longue période. Beaucoup d'autres classements[1] officieux avaient précédé celui de 1855 avec - en gros - les mêmes hiérarchies, mais celui-ci a eu l'accolade officielle. Cependant il n'a pas vocation à être révisé : en 153 ans d'existence, une seule retouche a été effectuée avec la promotion au rang de 1er cru classé de Mouton-Rothschild, en 1973.
voir le détail du classement de 1855 (Médoc et Sauternais)
En 1953, les meilleurs vins secs (rouges et blancs) de la région des Graves - à l'exception notable de Haut-Brion, déjà classé avec les Médoc pour des raisons historiques - ont été classés à leur tour selon des critères mêlant prix du marché et dégustations.
voir le détail du classement des vins de Graves (1953)
Le classement des vins de Saint-Emilion, créé en 1955, est le plus exemplaire par sa procédure qui prend en compte, pour chaque propriété qui en fait la demande, la stabilité de l'assiette foncière, la réputation, les cours du marché et le résultat de dégustations des vins. Il l'est aussi, et surtout, par sa révision décennale.
voir le détail du classement des vins de Saint-Emilion
Quant à Pomerol, il n'existe pas de hiérarchie officielle même si certains[2] s'y sont essayés à plusieurs reprises.
Certes on pourra rétorquer « bon pour qui ? » ou « bon pour quoi ? », mais passons outre les goûts individuels et les circonstances. Ce que l'on demande à un cru classé, c'est un surcroît d'intensité, de concentration, de finesse, de complexité, de capacité de garde ; bref, un peu plus de tout, ce qui est bien normal vu son niveau de prix. La plupart des crus classés remplissent ces exigences, avec plus ou moins de zèle. Depuis leur premier classement en 1855, une sorte de cercle vertueux s'est mis en place : ces vins étant vendus plus chers que les autres, leurs propriétaires ont pu investir davantage pour élever en permanence le niveau de qualité des vins.
Dans le Médoc, une logique d'échelle explique aussi la régularité des crus classés : la taille des propriétés et, avec elle, la possibilité de jouer sur les assemblages, de replier une proportion plus ou moins importante de la récolte dans des seconds ou même des troisièmes vins, ce qui donne une liberté que l'on n'a pas forcément avec de plus petites surfaces, comme sur la rive droite.
Autrement dit, dans le Médoc, un 3ème cru peut-il être moins bon qu'un 5ème cru ? A l'exception des « premiers crus », dont le rang est justifié, et des « deuxièmes crus », dont la plupart valent leur rang, le niveau de classement est peu significatif. Des troisièmes crus tiennent leur rang, d'autres moins, et certains cinquièmes crus ont valeur de seconds crus. Très peu affichent d'ailleurs leur rang sur l'étiquette mais la plupart indiquent simplement la mention « cru classé ».
A Saint-Emilion, le rang se lit dans les mentions : Grand Cru Classé A, Grand Cru Classé B et Grand Cru Classé, une hiérarchie qui reflète assez fidèlement le niveau des vins, d'autant plus qu'elle est révisée, en principe, tous les 10 ans.
Parce qu'ils sont classés. Et pourquoi sont-ils classés ? Parce qu'ils se vendaient plus chers ! Façon de dire que dans le prix des vins du Médoc, une dialectique infernale a figé les choses. Pour le reste, les prix sont liés à la réputation du millésime, à la notoriété du château et à la notation des vins par quelques critiques plus ou moins médiatisés. Les prix ont flambé avec le millésime 2005, de façon aberrante. Les millésimes moins encensés qui ont suivi, et la crise récente qui risque de durer, ont commencé à faire dégonfler la bulle : on est en train, espérons-le, de revenir à des niveaux de prix bien plus acceptables et qui rendront ces vins un peu plus accessibles à des amateurs qui ne sont pas milliardaires !
Entre un 2005 d'anthologie et un 2007 probablement trop méprisé, le millésime 2006 serait une sorte de moyenne. Evidemment, chaque vin a sa vérité et ce type de raccourci est d'une valeur très limitée, mais on peut dessiner à gros traits les caractéristiques du millésime : une météo un peu chaotique, marquée par une alternance de fortes chaleurs (juillet et septembre) et de fraîcheur (août) avec des épisodes orageux en septembre. Les blancs secs sont aromatiques et frais, globalement réussis. Les rouges de la rive gauche offrent un visage plutôt séduisant avec une agréable qualité de fruit, de la fraîcheur et des structures fermes qui en font, majoritairement, des vins de garde. Sur la rive droite, les vins possèdent cette même fraîcheur caractéristique du millésime avec, pour les meilleurs, des tanins droits et mûrs. A Sauternes, l'alternance marquée de périodes sèches et humides à partir de la fin août a permis un développement rapide du botrytis : c'est donc là aussi un millésime plutôt réussi.
[1] William Johnston en 1813, Guillaume Lawton en 1815, André Jullien en 1816, 1822 et 1832, Franck et Henderson en 1824 parmi d'autres
[2] Féret en 1929 avec une répartition en cinq rangs, les courtiers bordelais en 1941, ou Alexis Lichine en 1980 dans son Encyclopédie des Vins et des Alcools de tous les pays avec, également, un classement en cinq catégories.
ecce vino a selectionné pour vous les vins suivants: (en savoir plus sur le système de notation)
| ecce vino | Produit | Marchand | Qté Min | Livraison | Prix par bouteille | |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 18/20
ecce vino:
Nez surprenant, fin, complexe, déjà impressionnant. La bouche est superbe avec des tanins fins et soyeux, un fruit qui s'exprime avec beaucoup de naturel et une fraîcheur intense et bien intégrée qui allonge très longuement les saveurs. Un vin marquant qui se distingue des autres par sa profondeur, sa finesse et sa résonance. L'un des tout meilleurs 2006 goûtés. Sébastien Durand-Viel | Château Pontet Canet Pauillac cru classé 2006 | 1 | 46 € | |||
| 17.5/20
ecce vino:
Nez riche, suave, presque oriental. La bouche est puissante et onctueuse, avec des saveurs profondes, miellées, ambrées et boisées. C'est complexe, dense et raffiné à la fois, avec un équilibre irréprochable et beaucoup de longueur. Grand vin. Sébastien Durand-Viel | Château Climens Barsac cru classé 2006 | 1 | 64 € | |||
| 17/20
ecce vino:
Nez fermé, un peu végétal. La bouche offre en revanche une grande fraîcheur de saveurs, des tanins fermes et toniques et une texture bien affinée. L'ensemble est intense, encore sévère mais très prometteur et de longue garde. Très bel équilibre pour ce grand vin d'avenir. Sébastien Durand-Viel | Château Giscours Margaux cru classé 2006 | 12 | 31.30 € | |||
| 17/20
ecce vino:
Nez tassé mais beaucoup de matière en bouche. Un vin qui possède beaucoup de tout, y compris des tanins énormes et une texture très dense. Une sacrée construction, austère et massive, qui aura besoin de temps pour s'exprimer. Sébastien Durand-Viel | Château Lynch Bages Pauillac cru classé 2006 | 1 | 44 € | |||
| 17/20
ecce vino:
Robe dense et foncée, nez intense et très fumé. Très jolie texture, sensation de fraîcheur en bouche, beaucoup de fruit et d'intensité pour ce vin très vivant à la finale ferme et épicée. Magnifique et long, c'est un saint-julien éclatant qui vaut son prix. Sébastien Durand-Viel | Château Léoville Poyferré Saint-Julien cru classé 2006 | 1 | 43 € | |||
| 17/20
ecce vino:
Robe foncée et nez puissant, très torréfié. Intense en bouche, fermement structuré mais avec de l'amplitude et une grande fraîcheur qui donne aux saveurs beaucoup de relief et de présence. Les tanins sont amples et suaves, la finale très épicée et longue. Un vin complet, très réussi, mais on n'en attend pas moins à ce niveau de prix. Sébastien Durand-Viel | Château Lascombes Margaux cru classé 2006 | 1 | 47 € | |||
| 16.5/20
ecce vino:
Nez intense entre cassis, notes vanillées et épicées. La bouche est concentrée, avec un fruité assez pur et des tanins très fermes qui donnent une certaine sévérité à l'ensemble. Un style droit et plutôt austère à ce stade qui fera une très belle bouteille après une longue garde. Sébastien Durand-Viel | Château Léoville Barton Saint-Julien cru classé 2006 | 12 | 59 € | |||
| 16.5/20
ecce vino:
Très foncé de robe, le vin déploie déjà un joli nez où les épices se marient à des notes de fruit mûr et de réglisse intense. En bouche, le vin possède un joli fruit associé à une structure ferme entre tanins élégants et agréable fraîcheur. La longueur ne déçoit pas. Intense et raffiné, c'est un des meilleurs saint-julien goûtés dans ce millésime. Sébastien Durand-Viel | Château Branaire Ducru Saint-Julien cru classé 2006 | 1 | 35.20 € | |||
| 16.5/20
ecce vino:
Le nez est profond, réglissé, balsamique, avec des notes proches de la venaison. Très jeune, extrait et droit, le vin impressionne plus qu'il ne séduit à ce stade avec des tanins très vigoureux et des saveurs marquées par l'élevage. On lui prédit une belle évolution, à condition de savoir patienter longuement. Sébastien Durand-Viel | Château Pichon Longueville Comtesse de lalande Pauillac cru classé 2006 | 1 | 84 € | |||
| 16/20
ecce vino:
Nez tassé, réduit. En bouche, c'est frais, mentholé et balsamique, très intense et long avec de beaux tanins fermes et toniques et une finale légèrement végétale. C'est un vin très plaisant, à la fois ferme et élégant, qui devrait faire une très jolie bouteille dans quelques années, à prix décent. Sébastien Durand-Viel | Château du Tertre Margaux cru classé 2006 | 12 | 20.90 € | |||
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David Cobbold a publié de nombreux livres sur le vin. En 2005 il a été responsable de la révision de la section vins du monde (hors France) du Petit Larousse des Vins. Il est également auteur du Guide Fleurus des Vins d'Ailleurs. Depuis septembre 2004 il est chroniqueur dans une émission hebdomadaire de radio consacrée exclusivement au vin, sur la station BFM : « In Vino BFM ». En 2005 il a commencé à faire de la télévision, sur la chaîne Wine TV qui émet aux USA, en Grande Bretagne, en Allemagne, en Russie et en Asie. Il est expert en vins pour plusieurs clubs de dégustation, dont le Wine & Business Club et le Cercle Montesquieu. Il contribue ou a contribué régulièrement à de nombreuses revues spécialisées dans plusieurs pays. Il voyage dans de nombreux pays et régions vinicoles chaque année, pour parler du vin aux amateurs et aux professionnels, et pour déguster dans les pays producteurs.
Historien de formation, Sébastien Durand-Viel est professionnel du vin depuis 10 ans. Dégustateur, rédacteur de documents spécialisés et d'articles pour plusieurs revues en France et à l'étranger, il est l'auteur de 3 titres de la collection Autour d'un Vin (Flammarion : Margaux, Graves et Pessac-Léognan, Saint-Emilion), co-auteur du Guide Fleurus des vins d'Ailleurs (Fleurus, avril 2003), du Vin et ses Plaisirs (Librio, septembre 2003), il a participé aux ouvrages collectifs : Bien Connaître et déguster le vin (Solar, 2005) et Le Petit Larousse des Vins (Larousse, 2005).
La dégustation n’est pas une science exacte. Elle passe par le corps et l’esprit, faisant appel à la mémoire et à des jugements esthétiques : elle est un exercice subjectif et relatif. Cela veut dire qu’un avis est toujours propre à la personne qui signe la note, mais que cette personne possède un champ d’expérience lui permettant de relativiser son jugement, et notamment de situer un vin par rapport à ses pairs.
Par conséquent, une note situe un vin dans un contexte donné, un peu par rapport à tous les vins, mais surtout par rapport à d’autres vins du même type et style (cépage, région, fourchette de prix, etc). Cela veut dire qu’un vin à 5 euros peut difficilement dépasser, sur notre échelle de notation, la note de 14/20, et qu’un vin à 50 euros n’apparaitra pas s’il n’obtient pas une note d’au moins 15/20 : il nous semble normal d’attendre « plus » de ce qui est plus cher.
Ce dernier point implique que nous avons choisi, volontairement, de publier uniquement les vins que nous estimons bons (ou mieux que bons) à leur niveau de prix. C’est la raison pour laquelle vous ne verrez pas de vins notés en-dessous de 12/20 sur ecce vino. Ceci ne signifie en aucun cas que nous « sur-notons » les vins. La vie est trop courte pour parler des mauvais vins. Evidemment, le fait qu’un vin ne soit pas noté sur ecce vino ne signifie pas qu’il n’est pas bon : il y a environ 140,000 producteurs pour la seule France. Nous ne pouvons pas tout goûter !
Pour tenir compte de l’importance de la relativité d’un jugement, nous essayons toujours de déguster les vins, quand cela est possible, par groupes de pairs. Par exemple, des pinots noirs du monde entier dont les prix se situent entre 20 et 50 euros. Ou bien une série de sancerres.
Nous essayons aussi, si possible, de déguster à l’aveugle. Cela n’est pas toujours le cas, mais nous estimons que cela permet de limiter l’influence des idées préconçues sur tel ou tel vin dont on a une expérience passée (bonne ou mauvaise).
Nous respectons les températures de service et dégustons dans des verres adaptés, pour donner sa chance à chaque vin.
Enfin, une dégustation est un moment unique de rencontre avec un vin. Si les conditions changent, l’expérience peut changer. Nous pouvons donc apprécier un même vin différemment en deux occasions. Dans ce cas, nous donnons une notation moyenne.
David Cobbold et Sébastien Durand-Viel
L'abus d'alcool est dangereux pour la santé