Le Champagne rosé

Le Champagne rosé

Avant l’avènement de la bulle, c’est-à-dire du Champagne pétillant, tous les vins de Champagne étaient plus ou moins teintés de rose, dénommés « vin gris », « clairet », « œil de perdrix » ou « rougelets ». Aujourd’hui, le Champagne est avant tout un vin blanc mais les rosés, mêmes marginaux en pourcentage de production, séduisent toujours par leurs différences, leurs saveurs parfois marquées et leur belle polyvalence à table.

Assemblage ou saignée

Les instances européennes, s’appuyant sur les riches archives de la maison Veuve Clicquot, qui emploie du vin rouge de Bouzy dans ses assemblages de Champagne rosé depuis au moins 1775, ont autorisé les champenois à pérenniser une technique strictement interdite ailleurs en Europe. La vaste majorité des producteurs de Champagne rosé incorporent donc du vin rouge, nécessairement de la région champenoise, dans un assemblage de vins blancs. Beaucoup plus rares, quelques-uns optent pour la méthode dite « de saignée » qui consiste en une courte macération de peaux dans du jus de raisins noirs (pinot noir ou pinot meunier) avant soutirage et fermentation de celui-ci. Le choix entre ces deux techniques s’effectuera en fonction du style de vin que l’on souhaite obtenir. Pour les adeptes de la saignée, la variation de la couleur peut être considérable d’un millésime à un autre, et cette technique impose l’emploi des seuls cépages rouges : pinot noir et/ou pinot meunier. Les « assembleurs » doivent veiller à vinifier un vrai vin rouge, ayant de la couleur mais pas trop de tanins, apte à communiquer teinte et saveurs au vin fini sans le durcir.

Ces difficultés multiples expliquent probablement pourquoi relativement peu de vignerons indépendants élaborent des rosés. Le rosé de saignée tend généralement vers une robe aux reflets bleutés, tandis que le rosé d’assemblage se déclinera dans des tons plus cuivrés. Au nez comme au palais, un rosé de saignée s’exprimera dans le registre des fruits rouges. Il ne sera que rarement millésimé, car cette technique donne un vin dont la couleur est moins stable, ce qui nécessite sa vente avant les trois années de vieillissement obligatoire pour tout champagne millésimé. Le même raisonnement prévaut pour ses saveurs de fruits rouges : mieux vaut les apprécier pendant les premières années, d’autant plus que l’acidité qui les porte est légèrement plus faible que celle d’un Champagne blanc. Un rosé d’assemblage, qui est de loin la technique la plus courante en Champagne, autorise plus de souplesse d’emploi, et il est souvent millésimé.

Le Champagne rosé à table

On peut boire du Champagne rosé à tout moment d’un repas, avant, pendant et même, si le vin est un peu dosé, après. C’est justement cette polyvalence qui est intéressante, car la présence de très légers tannins, plus ou moins affirmés selon le style de la marque en question, le rend capable de toutes les audaces en matière d’accords avec des mets.

Parlons de la couleur. A titre personnel, je ne vois aucun intérêt à la masquer, comme le font quelques maisons dont les rosés ressemblent à s’y méprendre à des blancs ! Afficher la couleur d’un rosé c’est faire valoir la singularité de ce type de vin, qui n’est ni un blanc, ni un rouge. Un Champagne rosé au ton relativement pâle désigne souvent une certaine délicatesse de saveurs, et donc une place de prédilection à l’apéritif ou au début d’un repas. Un rosé plus foncé, qui indique généralement une plus forte proportion de pinot noir vinifié en rouge dans l’assemblage, aura le « coffre » nécessaire pour accompagner des plats relevés, y compris des viandes. Essayer ce style de Champagne rosé sur un fromage au goût fort, comme une brie au poivre par exemple, est une révélation.

Sur un dessert aux fruits rouges, le Champagne rosé fournit au moins une association de couleurs, ce qui peut expliquer pourquoi certains le proposent. Mais, du moins avec un Champagne dosé en brut, il faut éviter de rajouter le moindre gramme de sucre à ce dessert, sous peine d’obtenir un goût métallique désagréable dans le vin. Le travail de Duval-Leroy est exemplaire dans le sens d’un accord possible entre un Champagne rosé et certains desserts, car ils produisent un vin dosé en sec, c’est-à-dire ayant près de deux fois plus de sucre qu’un brut.

Quelques cuvées recommandées :

Rosés de saignée :

Rosés d’assemblage :

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