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Peut-on décrire un vin par des mots ?

Nous autres, journalistes et écrivains du vin, devons régulièrement essayer de traduire en mots des sensations physiques (et parfois psychologiques) ressenties à la dégustation d’un vin. Cela fait 30 ans que j’essaie de faire cela et, très honnêtement, je trouve que l’exercice est assez vain et j’ai même de plus en plus de mal à le faire. C’est comme si l’expérience acquise ne me servait qu’à me rendre compte du peu que je sais.

Peut-on décrire un vin par des mots ?

Pourquoi ? Parce que l’on se répète, on dit des banalités, et on utilise parfois un langage codifié qui doit paraître prétentieux et vide de sens pour la plupart des consommateurs. Apparemment je ne suis pas le seul à ressentir cela, ni à éprouver un certain embarras devant certains mots ou phrases lus ou entendus pour décrire des vins. Expliquer le vin par son histoire, son lieu de production, par ceux et celles qui les font, je le peux mais décrire avec précision des odeurs, saveurs et textures d’un vin d’une manière accessible et parlante pour les autres est vraiment très difficile, et peut-être même impossible.

Il existe des styles dans ce genre d’exercices, ou des écoles si vous préférez. L’école « salade de fruits », par exemple, qui met l’accent sur la description des arômes, l’école « tactile », qui insiste davantage sur la texture (qui est tout de même largement aussi importante que les odeurs, très variables selon la température et même la forme du verre), il existe aussi les techniciens ou les poètes qui pensent d’abord à se faire plaisir en perdant de vue la finalité de l’exercice qui est de rendre concrète et intelligible aux autres une expérience personnelle. Bref, rien de très satisfaisant.

J’ai été conforté dans mes doutes par un récent article paru dans The Telegraph qui évoque un sondage commandé récemment par le plus important marchand de vins en ligne en Grande Bretagne, Laithwaites. Ce sondage, effectué auprès de 1 000 consommateurs, nous indique que 55% des sondés « trouvaient inutiles les qualificatifs fréquemment utilisés pour décrire les vins. La plupart des termes utilisés ne permettaient pas aux consommateurs de comprendre le goût du vin. ». Deux tiers d’entre eux considéraient que les descriptions mentionnées sur les étiquettes ne correspondaient pas à ce qu’ils ressentaient eux-mêmes en ouvrant la bouteille. On peut répondre à cela que ce type de description sert d’abord à faire vendre. Plus grave pour nous, les critiques du vin, seules 9% des personnes interrogées ont affirmé consulter les critiques spécialisées avant de choisir un vin. 

Si certains mots étaient jugés utiles pour orienter leur choix – il en est ainsi par exemple pour « frais », « vif » ou « goût de pêche » – d’autres, comme « pierre humide » ou « squelette ferme », étaient considérés comme prétentieux, sans signification et sans aucun rapport avec le goût du vin. Six personnes sur dix ont affirmé que le meilleur moyen d’appréhender le style et le goût du vin était de faire ressortir un goût de fruit prononcé. Près de la moitié des sondés ont considéré que les descriptions seraient plus efficaces si des mots du quotidien et modernes étaient privilégiés. La demande d’accords mets-vins est également une demande forte.  

Même si la majorité est parfois courte dans ce sondage, je crois qu’il y a une leçon ici pour nous, journalistes ou sommeliers. Il faut être modestes, utiliser des termes faciles à comprendre et ne jamais oublier que la perception d’un vin est une expérience personnelle qui parle autant du goûteur que du vin en lui-même. Un bon critique d’art n’essaie pas de décrire un tableau, il donne des éléments d’explication sur le contexte, le peintre, le sujet, etc. Faisons de même avec le vin et soyons simples.

Excellent article!

L'expérience de la dégustation d'un vin est, comme vous l'avez bien dit, une aventure des plus personnelle, tous ces critères de descriptions objectifs ne sont là que pour apporter une carte d'identité grossière du vin. Seule notre mémoire olfactive personnelle pourra nous permettre de décrire un vin, et ce vin sera décrit par notre voisin certainement d'une façon sensiblement différente.

Je ferais référence ici au concours du meilleur sommelier du monde 2013 remporté par Paolo Basso, qui illustre bien cette difficulté de qualifier un vin comme vous la décrivez. L'épreuve de dégustation à l'aveugle a été un "quasi carnage", et pourtant les concurrents n'étaient pas les dégustateurs les moins expérimentés que je connaisse...

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