Leçon n°59: Lire une étiquette partout dans le monde (1/5)
Ces deux logiques correspondent, en gros, aux deux groupes de pays producteurs qui sont les pays d’Europe, d’une part, et les pays du « Nouveau Monde », de l’autre. Mais nous allons voir que ces frontières sont d’une part loin d’être étanches et, d’autre part, variables dans le temps car les marchés (c'est-à-dire nous, les consommateurs) ont, bien évidemment, leur mot à dire !
L’Europe produit environ 70% du vin dans le monde aujourd’hui. Le vin étant plus anciennement établi en Europe que dans les pays d’Outre-Atlantique ou de l’hémisphère Sud, les noms qui sont donnés aux vins en Europe remontent souvent à une période relativement ancienne, parfois au Moyen Âge, parfois aux XVII ème ou XVIII ème siècles, c'est-à-dire au moment où on commençait à les exporter largement. Il a existé, bien entendu, un commerce du vin très antérieur, parfois très important, comme sous l’empire romain mais nous ne savons pas précisément à quoi ressemblaient la plupart de ces vins-là alors restons-en à l’ère moderne.
Un vin qui est consommé localement, et d’une manière quotidienne, n’a pas réellement besoin d’être nommé. Il est rouge, rosé ou blanc, sec ou doux, mais il est avant tout vin. Cette affaire de l’origine spécifique d’un vin ne concernait donc, au début, qu’une fraction mineure de la production : les vins d’élite, si on veut, en tout cas les vins capables de voyager et de vieillir.
A cette époque, la science de l’ampélographie (l’identification et le classement des variétés de vignes, ou cépages) n’existait pas. Pour les identifier, on donnait aux vins le nom de la région d’où ils provenaient ou, plus fréquemment, celui de la ville d’où ils étaient expédiés comme Beaune, Bordeaux ou Orléans, par exemple. Progressivement, cette habitude s’est renforcée et, le temps aidant, on en est venu à associer un style (ou des styles) à chacun de ces vins. Ainsi un vin de Bordeaux n’avait pas le même goût qu’un vin de Bourgogne, par exemple.
L’identification des cépages qui produisaient ces vins était généralement sporadique, locale et pas toujours d’une parfaite fiabilité sur le plan botanique. On peut dire, en simplifiant un peu, que ce n’est qu’après le phylloxera, donc à la fin du XIX ème et au début du XX ème siècles, que ce sujet est devenu essentiel, au fur et à mesure que la nécessité s’est fait sentir de trouver des parades à la fraude massive qui sévissait dans cette période de pénurie. Or certains vins étaient déjà bien établis sur des marchés à l’export, parfois éloignés, comme aux Etats-Unis par exemple.
Nous allons poursuivre cette histoire fascinante des cépages et des noms d’origine géographique la semaine prochaine car, sans cette histoire, on ne peut pas comprendre la situation actuelle en matière d’étiquetage des vins, en particulier les logiques qui voient cohabiter un système basé sur l’origine géographique et un autre sur le cépage.








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