Châteauneuf du Pape
Du grenache et des galets
Châteauneuf est à l’origine un bourg fortifié du Vaucluse, situé à quelques kilomètres du Rhône, qui devient sous Jean XXII vers 1316 la résidence d’été des papes d’Avignon, d’où le suffixe « du Pape » qui lui sera accolé opportunément bien plus tard (en 1893). On doit aussi à ce cadurcien de naissance le développement sur place d’un vignoble qui devient au début du XX ème siècle le laboratoire d’élaboration de l’appellation contrôlée en France grâce notamment au Baron Leroy de Boiseaumarié, juriste et vigneron, propriétaire du château Fortia et fondateur de l’INAO.
L’appellation aux 13 cépages autorisés (qui peuvent théoriquement entrer dans l’assemblage du rouge) est surtout le fief du grenache noir qui constitue la base des assemblages et parfois l’unique composant. Ce cépage qui aime la chaleur et craint l’humidité trouve ici des conditions à peu près idéales : sols chauds (sables et grès) localement recouverts par une épaisse couche de galets roulés et ensoleillement généreux (2800 heures par an). Derrière, la syrah et le mourvèdre sont les plus utilisés et apportent tanins, fraîcheur et finesse aux vins. Un châteauneuf est toujours un vin puissant, intense, au fruité bien mûr et expansif. Cette force se manifeste en bouche par une sensation d’amplitude et de chaleur mais les meilleurs y ajoutent une dimension de finesse et de complexité venant avec le temps et qui justifient son statut de cru vedette du Rhône sud. Depuis que la presse anglo-saxonne puis internationale leur a tressé des lauriers, le prix des châteauneufs a considérablement augmenté, d’autant que la production est faible (3200 hectares en production, rendements maximum de 35 hectolitres par hectare). En achetant une bouteille de Châteauneuf vous paierez forcément un peu (parfois beaucoup) de cette notoriété.
Les styles : les Anciens et les Modernes
Au-delà des différences de terroirs et d’assemblages, plusieurs styles s’opposent ou plutôt se complètent : des vins dits « traditionnels » parfois non égrappés, aux tanins vigoureux, vieillis en foudre ou cuve béton, qui donnent leur meilleur après de longues gardes, et des vins dits « modernes », plus charnus, plus arrondis, élevés en barriques et plus immédiatement séducteurs, avec entre les deux, et heureusement, une large palette de déclinaisons. Les derniers millésimes appuient encore les contrastes à l’intérieur de l’AOC : 2004 et 2006 offrent des vins plutôt élégants, équilibrés, aux tanins fermes et à la jolie fraîcheur, 2005 et 2007 des vins très mûrs, charnus et gorgés de fruit. Même s’il est encore trop tôt pour juger, 2008 a pâti de conditions météorologiques exceptionnellement humides et les vins souffrent d’une certaine dilution et d’un manque de chair inhabituel.
Préférez les rouges
Châteauneuf a conservé également une tradition de blancs secs : des vins ronds, tendres et assez aromatiques avec des arômes très caractéristiques entre poire, amande amère et notes florales, assez uniformes en style, les meilleurs parvenant à préserver ce qu’il faut de fraîcheur. Si beaucoup restent agréables et quelques-uns très bons, les prix des blancs ne paraissent pas toujours justifiés, et il y a moyen de prendre autant de plaisir à moindre coût dans quelques-unes des appellations périphériques (Cairanne et Vacqueyras par exemple).
Les châteauneufs à table
Les châteauneufs sont des vins puissants, plus ou moins tanniques selon les cuvées. On peut recommander presque toute la gamme des viandes : viandes rouges, viande en sauce, gibier (marcassin, sanglier, lièvre, faisan, chevreuil, grouse…), agneau, volaille grasse, tagine, moussaka, par exemple. La chaleur et la force des jeunes châteauneufs autorisent aussi des accords avec des plats (modérément) épicés. A l’inverse, on évitera d’associer aux vins à maturité des saveurs trop puissantes (comme certains gibiers).
Notre sélection
Nous avons dégusté récemment une belle série de châteauneufs disponibles à la vente sur internet. Voici notre sélection ci-dessous :
- Château La Nerthe, Châteauneuf-du-Pape rouge, Cuvée des Cadettes 2004
- Château de Beaucastel, Châteauneuf-du-Pape rouge 2006
- Domaine du Vieux Télégraphe, Châteauneuf-du-Pape rouge 2006
- Roger Sabon, Châteauneuf-du-Pape rouge Les Olivets 2006
- Domaine des Sénéchaux, Châteauneuf-du-Pape blanc 2007
- Domaine des Sénéchaux, Châteauneuf-du-Pape rouge 2006






Donnez votre avis