Espagne
Histoire
Vers 1100 avant JC, les Phéniciens accostent sur la côte méridionale de l’Espagne et fondent Cadix. Selon un historien romain ils auraient introduit la culture de la vigne, mais des découvertes archéologiques montrent que celle-ci y était déjà cultivée depuis longtemps. Les Grecs, les Carthaginois puis les Romains diffusent à leur tour sa culture à l’ensemble de la péninsule. La présence arabe aura peu de conséquences durables. Dès le début de la reconquête chrétienne, d’importantes quantités de vins espagnols rejoignent les ports anglais. Pendant des siècles, la viticulture espagnole sera liée à la vigueur des échanges entre l’Espagne et l’Angleterre, friande en particulier des vins de Malaga et de Xérès. Au XIX ème siècle, le centre de gravité de la viticulture se déplace vers le Centre et le Nord. En Castille et dans la Rioja surtout, les bodegas se multiplient et les pratiques se modernisent. Après les crises de la première partie du XX ème siècle, la viticulture s’organise autour des coopératives et des sociétés de négoce. Depuis une vingtaine d’années, de plus en plus de viticulteurs indépendants vinifient leurs propres vins. C’est à ce cercle de plus en plus large, ainsi qu’à quelques grandes figures visionnaires comme le catalan Torrès, qu’il faut attribuer les spectaculaires progrès de la production espagnole.
La classification des vins
Le système espagnol de hiérarchisation des vignobles, réformé en 2003, est particulièrement byzantin. A la base on trouve des « vinos de mesas » (vins de table) et des « vinos de la tierra » (vins de pays). Au dessus, 4 catégories s’enchevêtrent : les « vinos de calidad con indicación geográfica » pouvant provenir d’une région, d’une sous-région, d’une commune ou d’un lieu-dit, les « Denominación de origen » (DO), très comparables aux AOC françaises, les Denominación de origen calificada (DOC), sortes de « super-DO » réservées aux vins répondant à des critères très précis de qualité, et enfin des « vino de pago », des vins issus de zones très localisées (une vallée, un versant, voire une propriété). En Espagne, comme en France ou en Italie, un nombre croissant de producteurs déclassent leurs vins en Vino de Mesa pour travailler avec davantage de libertés, souvent selon des canons « internationaux » quant à l’encépagement.
Il existe en parallèle une classification technique liée à la durée et au mode de vieillissement des vins : les vins dits « joven », mis en bouteille dans l’année qui suit la récolte, les « crianza » vieillis au moins deux ans dont 6 mois en barriques, les « reserva » vieillis au moins trois ans dont au moins un en barriques et un en bouteilles, et les « gran reserva », produits seulement dans les meilleures années, et dont le vieillissement avant vente doit durer au moins cinq ans, en barriques puis en bouteilles. Une même classification existe pour les blancs et les rosés avec des durées de vieillissement un peu plus courtes.
Les régions viticoles
Avec plus d’un million d’hectares consacrés à la vigne, l’Espagne est à la tête du plus vaste vignoble du monde. Elle n’est pourtant que le troisième producteur derrière l’Italie et la France en raison d’un climat particulièrement sec qui limite naturellement les rendements. Héritage de multiples traditions régionales et d’une grande diversité géographique, la production espagnole possède un bel éventail de types et de styles de vins. Si le climat est globalement chaud, les influences maritimes et les reliefs montagneux situés tout autour de la Meseta, le vaste plateau central, jouent un rôle important dans la différenciation des productions régionales.
La plupart des vignobles les plus réputés sont situés au nord de Madrid. Sur la côte nord, on produit des vins plutôt frais dans le Pays Basque et surtout en Galice qui s’est fait un nom grâce à ses blancs issus de l’albarino (DO Rias Baixas). La Castille-Léon, qui longe la frontière portugaise, est l’une des régions les plus intéressantes : la Ribera del Duero donne quelques-uns des meilleurs vins rouges espagnols, issus de vignobles d’altitude et du grand cépage ibère, le tempranillo. La région compte d’autres DO pleines d’avenir : Toro qui produit des vins puissants, Bierzo des vins rouges plus vifs issus du cépage mencia et Rueda qui tire tous les bienfaits du cépage blanc verdejo, un des plus prometteurs d’Espagne.
Les vignobles de la partie centrale du nord incluent les régions de la Riojà, de l’Aragon et de la Navarre. La très célèbre Rioja (DOC) s’étend sur 120 km de long à une altitude comprise entre 300 et 800 mètres. Le tempranillo, presque toujours assemblé (avec les grenache et graciano surtout), donne de grands rouges de garde, à la fois puissants et équilibrés. La Navarre qui jouxte La Rioja produit essentiellement des vins rouges à partir du grenache, comme l’Aragon un peu plus à l’est.
La Catalogne est l’une des plus vastes régions viticoles d’Espagne, et sans doute aussi la plus dynamique. C’est la patrie du cava, un vin blanc effervescent produit à partir de cépages locaux, mais surtout celle des grands rouges de Priorat (issus du grenache, du carignan et du cabernet surtout) élevé récemment au rang de DOC. Pénedes et Montsant sont deux autres valeurs d’avenir de la région.
La partie centrale du pays, aride et chaude, ainsi que le Levant continuent à produire de gros volumes de vins courants mais, là aussi, des producteurs ambitieux produisent maintenant de beaux rouges solides, notamment au sein des DO Valdepenas et Jumilla. A la pointe sud, l’Andalousie détient une place à part grâce à ses célèbres Xérès, des vins généralement mutés, aux notes oxydatives, vieillis selon le système complexe de la Solera. Légèrement au nord-est, deux autres régions se distinguent pour leurs vins doux, Malaga et Montilla-Moriles. Cette dernière offre notamment de mémorables vins “noirs” mutés, très liquoreux, à partir du cépage pedro ximenez.






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