Eloge des vins du Sud-Ouest de la France et du progrès

Eloge des vins du Sud-Ouest de la France et du progrès

J’aime les vins de partout mais il existe des liens affectifs qui vous rattachent à des lieux, et parfois il faut les assumer. Alors oui, j’aime le Sud-Ouest de la France et les vins qui en naissent, du moins les bons. Ce n’est pas bien original comme « pitch », mais c’est ainsi. Je suis assez Gascon dans l’âme.

Voici, pour illustrer mon propos, trois vins bus successivement lors d’un même dîner récent, puis re-dégustés individuellement à diverses occasions cet été :

Inutile de dire que j’en ai acheté quelques caisses, d’autant que leur prix est très raisonnable (le Cahors, totalement délicieux, vaut 6 euros !). Ils viennent de différents secteurs du grand Sud-Ouest et ils illustrent, à mon sens, tout ce que j’aime dans les vins de cette région : ce mélange indicible de droiture et de faconde, d’acidité qui tempère toujours l’alcool du soleil, de grain de folie contenu, le tout sans aucune emphase ni esbroufe. La finesse ne ressort que si elle est réelle, et il n’y a nul besoin de maquillage.

Le climat et les cépages y sont pour beaucoup. Le climat est tempéré et les nuits ne gonflent pas inutilement le taux de sucres des raisins. Mais il y a tout le soleil nécessaire pour les amener à la juste maturité. Les cépages du Sud-Ouest sont souvent d’ici et on ne les trouve nulle part ailleurs, malgré quelques fuites notables, vers le Bordelais ou l’Amérique du Sud. Autrement dit, on a déjà deux singularités dans la trilogie de ce qui différencie un vin d’un autre : climat et cépage. La troisième étant l’homme. Le Mauzac Nature des Plageoles, père et fils, maintenant millésimé, utilise une seule variété que l’on trouve aussi à Limoux, mais, à ma connaissance, très peu ailleurs. Le Pacherenc est issu de trois autres cépages autochtones, le gros manseng, le petit courbu, et le petit manseng : presque introuvables ailleurs, surtout les deux premiers. Le Cahors, quant à lui, utilise le cépage malbec, devenu mondialement connu grâce à l’Argentine, mais guère dans son pays d’origine. Etrange destin !

Ces trois vins ont une franchise, une gourmandise et une droiture qui n’auraient pas existé il y a 20 ans (sauf pour la droiture, peut-être). C’est dire les progrès qui ont été réalisés en viticulture et en vinification par les meilleurs producteurs de chaque appellation. Robert Plageoles a été un pionnier à Gaillac. Son fils Bernard est son digne successeur. Didier Barré, qui produit évidemment du Madiran comme du Pacherenc (sec et doux), travaille avec une finesse que ne connaissaient pas ses prédécesseurs. Emmanuel Rybinski, au Clos Troteligotte, a affiné le travail de son père et produit une série de cuvées (avec une fourchette de prix large mais raisonnable) qui joue beaucoup sur l’élégance, comme leur habillage et leur nom s’amusent avec le graphisme et la poésie.

Ce sont ces vins, entre un millier d’autres exemples, qui me font dire que les vins d’aujourd’hui sont bien meilleurs que ceux d’hier. Et, par conséquent, qu’il est vain de prôner, avec une fausse nostalgie, un retour vers des techniques d’autrefois. Ces vins illustrent parfaitement leur lieu de production, comme leurs cépages, mais ils sont aussi un témoignage des bienfaits de la connaissance technique et de la qualité de travail de leur producteur. Je ne vous ennuierai point avec des notes de dégustation. Chacun de ces vins est un modèle du genre.

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