Quincy et Reuilly

Quincy et Reuilly

L’appellation Quincy, qui ne produit que du blanc, ne couvre qu’un dixième de la surface de Sancerre, plantée avec le même cépage, le sauvignon blanc. Encore plus petite, Reuilly la touche à l’Ouest. Outre ses blancs à base de sauvignon, elle peut aussi produire des vins rosés et rouges. Un nom, c’est important pour se faire connaître. Les appellations qui marchent bien, à l’exception de quelques-unes en Bourgogne, sont des noms relativement faciles à prononcer dans les langues significatives des principaux marchés. Ce qui se résumait autrefois à l’anglais et à l’allemand s’étend maintenant au japonais et au mandarin. Des exemples ? Champagne, Chablis, Bordeaux, Margaux, Pommard ou Sancerre.

Je cite Sancerre pour deux raisons. Avant tout parce que cette appellation du Centre Loire, à l’origine modeste, a connu une très belle réussite commerciale depuis quelques décennies mais aussi parce que je reviens d’un court voyage dans le Centre-Loire. Ça n’est pourtant pas de Sancerre que j’ai envie de parler mais de deux de ses voisines bien moins connues : les petites et discrètes appellations de Quincy et de Reuilly qui, à mon avis, auraient pu ne faire qu’une. L’appellation Quincy, qui ne produit que du  blanc, ne couvre qu’un dixième de la surface de Sancerre, plantée avec le même cépage, le sauvignon blanc. Encore plus petite, Reuilly la touche à l’Ouest. Outre ses blancs à base de sauvignon, elle peut aussi produire des vins rosés et rouges. La distance qui sépare la zone de Quincy et celle de Sancerre n’est que de 40 kilomètres et le climat est identique.

A quoi tiennent les fortunes divergentes entre des appellations pourtant très proches ? D’abord aux anciennes voies de communication, et donc d’accès aux marchés. Tandis que la Loire permettait le transport des vins de Sancerre ou de Pouilly vers Paris, voire plus loin, les vins de Quincy n’avaient comme débouché que le très modeste marché de Vierzon (oui, j’ai vu Vierzon, et cela m’a suffi !). C’est exagéré, je sais, car ces vins pouvaient rejoindre la Loire par le Cher, mais ils rataient la correspondance pour Paris via le canal de Briare. Le mot célèbre d’Olivier de Serres («rien ne vous sert de faire des grands vins si vous n’ayez de grand marché») prend ici tous son sens, car Quincy, n’ayant pas accès à un grand marché capable d’acheter des vins plus chers, n’a jamais pu émerger au niveau de son illustre voisin. Pourtant le nom est facile à prononcer, même pour un anglais, et les vins, surtout les blancs, sont maintenant très honorables. L’autre raison pour l’écart de renommée et de qualité entre Sancerre et Quincy/Reuilly (je parle de la perception globale, bien entendu) est qu’une fois votre vin connu dans un marché capable de le payer à un prix décent, vous êtes en mesure d’investir dans la production afin de faire un meilleur vin. Et ainsi de suite….

Il n’est pas dit qu’un cercle vertueux de ce type ne se mette pas en place à l’avenir pour nos deux petites appellations qui d’ailleurs écoulent sans souci leur production. Pour le moment, on y trouve des vins très agréables, vendus à prix doux, entre 6 et 10 euros la bouteille.

Quincy (sélection après dégustation à l’aveugle d’une vingtaine de cuvées issues des millésimes 2010 et 2011)

Valéry Renaudat, Les Nouzats 2011

Beau nez de fruits blancs mûrs. Gourmand et arrondi en bouche, avec une belle longueur.

Domaine du Grand Rosières 2011

Nez assez plein, avec une bonne précision. De la finesse et un style presque austère et délicat.

Vincent Siret-Courtaud 2011

Nez complexe, aux arômes de fleurs et de fruits, un peu fumé. Juste un peu trop dosé en soufre, mais mise récente. Vin prometteur avec une belle longueur.

Domaine Adèle Rouzé 2011

Nez tendre, de fruits blancs. Savoureux et vif, avec du fruit. Bonne persistance.

Domaine du Coudray 2010

Limpide, au fruité délicat. Un vin plus en finesse avec une pointe agréable d’amertume en finale.

Domaine Lecomte, Vieilles Vignes 2010

Nez en finesse. Belles saveurs et bon équilibre entre vivacité et fruit.

Trotereau vieilles vignes 2010

Robe intense et nez complexe, un peu végétal. Une touche d’oxydation lui donne aussi de la complexité en bouche.

Reuilly blanc (sélection après dégustation à l’aveugle d’une dizaine de cuvées)

Luc Tabordet 2011

Nez mûr qui rappelle la pêche. Vibrant en bouche, avec une texture fine. Joli vin.

Jean-Charles Borgnat 2011

Nez frais qui rappelle la fougère. Vivace et même un peu carré à ce stade, sa vivacité et sa gourmandise promettent.

Domaine de Reuilly, Les Coignons 2011

Nez parfumé et mûr. Bouche assez riche, savoureuse et puissante pour cette région.

Valery Renaudat, Les Lignis 2011

Intense par son fruité au nez, comme par ses saveurs en bouche. Une réussite.

Commentaires (6 )

  • Hervé Lalau

    Merci de mettre ces deux Merci de mettre ces deux charmantes AOC à l’honneur. Et je partage bon nombre des coups de coeur cités.

  • Hervé Lalau

    Merci de mettre ces deux Merci de mettre ces deux charmantes AOC à l’honneur. Et je partage bon nombre des coups de coeur cités.

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