Une approche de l’appellation Margaux

Une approche de l’appellation Margaux

L’appellation Margaux est la plus grande des appellations dites « communales » qui se trouvent incluses dans la zone plus vaste du Haut-Médoc.

Au sens strict, il ne peut s’agir d’une appellation communale, car son étendue recouvre le territoire de cinq communes : Margaux, Soussans, Cantenac, Labarde et Arsac. Cette configuration, en forme de banane, est assez diversifiée sur le plan géologique. Cela n’est pas sans poser problème quant à l’identité de l’appellation Margaux. D’interminables querelles internes ont présidé à son accouchement en 1954, alors que ses voisins du Nord, St. Julien, Pauillac et St. Estèphe, existaient déjà depuis 20 ans. Et les désaccords sur sa délimitation territoriale continuent, avec l’inclusion récente, sur ordre du Conseil d’Etat et sur des bases assez discutables, d’une partie de la propriété de Château d’Arsac dont les sols, majoritairement sablonneux, n’ont aucun rapport avec ceux du reste de l’appellation.

Pressentant la grande diversité des terroirs, et pour essayer d’y voir plus clair, nous avons, par le passé, tenté de goûter les vins regroupés selon leur commune. Exercice vain, car les vignobles de la plupart des domaines sont extrêmement morcelés et souvent répartis sur plusieurs communes. Le plus diversifié de tous en matière de vignoble, et c’est peut-être l’une des sources de sa qualité, est celui du château qui porte le nom de l’appellation : Château Margaux. Nous voilà avec un fait unique en bordelais : un château très célèbre dont le nom est celui de l’appellation qui l’entoure. Et il ne s’agit pourtant pas du plus ancien domaine viticole de la région qui serait, d’après les premières cartes, Château d’Issan. En revanche, cela explique sans doute pourquoi Margaux est la plus célèbre des appellations du Médoc.

Des « on dit » tenaces affirment que les vins de Margaux sont les plus féminins du Haut-Médoc. Certains, peut-être, mais cela dépend de tant d’autres facteurs que ce genre de généralisation me paraît bien inutile. La complexité géologique de l’appellation est une certitude. Décrite par le Professeur Pijassou comme un « modelé insulaire », sa configuration exprime la diversité des époques et des modes de formation des bancs de graviers déposés par la Garonne lors de ses migrations successives pendant l’ère quaternaire. L’ensemble des époques glacières s’y trouvent donc représentées. Ces dépôts ont été remodelés ensuite par l’érosion et par d’autres facteurs climatiques.

Retravaillé par l’homme, et surtout par les experts en drainage que furent les hollandais du 17ème siècle, ces bancs de sols plus ou moins caillouteux reçoivent souvent le nom évocateur de « croupes » de graves, allusion à leur douce ondulation. Sur place, ces petites variations d’altitude paraissent parfois négligeables, mais des investigations menées en sous-sol démontrent que la profondeur des couches de graves atteint, par endroit, plus de 10 mètres. Ces sols pauvres mais relativement chauds sont abrités des vents marins par les forêts qui tapissent le versant ouest du Médoc. Autre facteur adoucissant de la climatologie locale : le voisinage de la masse d’eau formée par l’estuaire de la Gironde. Ce facteur est plus ou moins pertinent selon la situation du vignoble en question.

La plupart des grands vins de Bordeaux sont des vins d’assemblage, et c’est là leur originalité. Nul mieux que ceux de Margaux illustre ce principe : diversité de cépages assez classique (cabernet sauvignon, merlot, cabernet franc, petit verdot et malbec), mais, surtout, grande diversité des sols à l’intérieur d’un seul domaine. L’identité d’un vin de Margaux est surtout celle du château qui l’élabore. Un vrai vin de marque, en quelque sorte, n’en déplaise aux « terroiristes ». Et mon propos n’est pas de nier l’effet du milieu naturel, loin s’en faut. Juste de rétablir une notion d’équilibre dans le regard qui est porté sur les différents facteurs qui régissent la qualité d’un grand vin. L’équilibre, justement, est un mot qui sied si bien aux vins de Margaux.

Peut-on trouver des Margaux abordables ?

Un récent article de Sébastien Durand-Viel dans nos colonnes faisait allusion, à juste titre, aux niveaux de prix prohibitifs atteints par LA vedette de l’appellation, Château Margaux lui-même, dans un millésime à peine livré, et pas encore buvable. Mais si on recherche dans les millésimes moins côtés, il y a encore d’excellentes affaires à faire. Nous avons eu l’occasion, récemment, de déguster quelques vins dans un millésime qui commence à être à point et qui n’est pas fortement côté, 1999. Le Château Margaux 1999, par exemple, vaut entre 1/4 et 1/5 du prix du même château en 2005, et il s’agit bien d’un très grand vin !

Quelques vins de Margaux dans le millésime 1999

Château Giscours 1999

15/20 – Nez de fruits cuits, aussi terrien et fumé. Clarté de fruit et vivacité de structure en bouche : c’est un vin de grande fraîcheur, dont les tannins sont présents mais sages. Un margaux très classique, digeste et gourmand. A boire mais se gardera.

Château du Tertre 1999

15/20 – La robe est plus évoluée que celle du Giscours. Nez de sous-bois. Possède aussi une bonne sensation de fraîcheur, avec des tannins fondus, autrefois fermes. Une certaine richesse de saveurs et une belle longueur, avec une finale relativement puissante. A boire mais se gardera.

Château Brane Cantenac 1999

16/20 – Un très beau nez, en évolution, avec des notes de bois, de sous-bois, de tabac blond et de fruits confits. Charnu et assez charmeur en bouche, avec des tannins bien fondus, et de belles saveurs tertiaires. La finale est parfaitement équilibrée et longue, avec juste une pointe d’austérité à la fin. Un très beau vin qui commence à être bien à boire.

Pavillon Rouge de Château Margaux 1999

17/20 – La robe semble plus jeune que celles des vins précédents. Nez profond, assez puissant, riche en combinaisons bois/fruit. Savoureux en bouche par son fruit qui est soutenu par un fond encore ferme, plus structuré que les vins précédents. La finale est longue et bien équilibrée. Un très beau vin, que l’on peut commencer à boire ou attendre encore 10 ans.

Château Margaux 1999

18,5/20 – Est-ce que ce vin vaut trois fois le prix de son second, le Pavillon Rouge ? Pour certains oui, car il s’agit bien d’un produit de luxe, d’un véritable mythe. Et cela n’a pas de prix. Pour d’autres, peut-être pas. En tout cas, il est superbe, vraiment un grand vin. Délicieux aujourd’hui et possédant une forme de perfection « sphérique » qui force l’admiration, il paraît d’une étonnante jeunesse à côté des autres vins de cette courte série.

La robe est encore bien jeune. Nez profond, pas encore pleinement ouvert. La matière en bouche est très savoureuse, avec des tannins très veloutés, totalement intégrés dans l’ensemble. L’intensité en milieu et fin de bouche est impressionnante. Longueur immense. Un très grand vin. A ouvrir uniquement pour les grands moments, mais se gardera plus de 20 ans encore.

Commentaires (2 )

  • MV

    Très dommage de ne pas mettre Très dommage de ne pas mettre une photo représentative de l’appellation en tête d’article. Il me semble presque ridicule de mettre une photo de vignes aussi grandes, irriguée sur un terrain vallonné pour représenter cette appellation.

  • MV

    Très dommage de ne pas mettre Très dommage de ne pas mettre une photo représentative de l’appellation en tête d’article. Il me semble presque ridicule de mettre une photo de vignes aussi grandes, irriguée sur un terrain vallonné pour représenter cette appellation.

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