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Leçon n°12: Le sucre et le vin (2/2)

Si la totalité du sucre dans le raisin n'est pas transformée en alcool pendant la fermentation, il reste ce qui est appelé du « sucre résiduel » dans le vin.

Leçon n°12: Le sucre et le vin (2/2)

La proportion de sucre résiduel variera énormément en fonction de la concentration en sucre présente avant la fermentation, et de la force des levures qui effectuent la transformation du sucre en éthanol. Ensuite, d'autres facteurs, comme la température et la durée de la fermentation, ou bien l'intensité du milieu alcoolique, vont jouer un rôle.

Un vin « sucré » est appelé plus généralement « demi-sec », « moelleux », « doux » ou « liquoreux », en fonction de sa concentration en sucre résiduel. Même si les règles précises varient un peu en fonction du pays, de la région et du type précis du vin, on peut établir les valeurs suivantes en sucre résiduel pour ces dénominations :

  • Sec = moins de 4gr/litre ;
  • Demi-sec = entre 4 et 18 gr/litre ;
  • Moelleux = entre 12 et 45 gr/litre ;
  • Doux/liquoreux = plus de 45 (et souvent bien plus car certains peuvent contenir 200 grammes du sucre par litre).

Il faut insister sur le fait que ces vins sont « naturellement » sucrés. Dans les vins de qualité (vins de pays, vins d'AOC ou les équivalents) il n'est pas permis d'ajouter du sucre, sauf pour la chaptalisation (c'est à dire avant fermentation : voir la leçon 11). Mais cela, à mon humble avis, devrait être interdit aussi ! Les meilleurs vins sucrés sont faits avec des raisins surmûris, et donc naturellement très riches en sucres. La combinaison entre un milieu riche en sucre et de plus en plus alcoolisé a tendance à inhiber l'action des levures, laissant une quantité plus ou moins importante de sucre résiduel dans le vin.

Pour augmenter la concentration de sucre dans le raisin afin d'élaborer ce type de vin, il a y trois grandes techniques:

  • On laisse le raisin sur la vigne plus longtemps que pour un vin sec, pratiquant ainsi des « vendanges tardives ».
  • Si la météo risque de se gâter (ce qui est souvent le cas vers les équinoxes), on cueille les raisins et on les met à sécher à l'air, protégés par un toit : c'est la technique dite « reccioto » en Italie, ou « vin de paille » en France, par exemple.
  • Enfin, dans certaines régions, se développe un petit champignon appelé botrytis cinerea qui attaque les peaux des baies, les rendant légèrement poreuses, ce qui permet à l'eau contenue dans le raisin de s'évaporer , concentrant tout le reste. L'apparence pourrie que prennent les baies explique le terme de « pourriture noble ». Cette technique dépend de conditions climatiques particulières que l'on trouve régulièrement, ou souvent, en Hongrie (Tokay), Autriche (Burgenland), Allemagne (Rheingau et Moselle), France (Alsace, Loire et Bordeaux), mais aussi dans d'autres parties du monde.

On pourrait ajouter une quatrième technique, qui est le mutage. Là, par adjonction d'un part d'alcool (10 à 20% par volume selon le cas), on tue les levures, laissant plus ou moins de sucre non fermenté dans le vin. On appelle ces vins « vins mutés ». Curieusement, et uniquement en France, on les appelle aussi « vins doux naturels », alors que le procédé n'a rien de naturel (raisons dites « historiques »). Les Portos, certains Xérès, les Marsala, les Banyuls, Rivesaltes et Maury en sont des exemples.

 

Bonjour,
Est-ce que les Jurançons sont réalisés avec la pourriture noble?

Non. Les jurançons, à la différence de la majorité des Sauternes/Barsac, ou de certains vins de Loire liquoreux, ne sont pas assujettis au champignon botrytis cinerea qui provoque la pourriture noble. Les grappes sont asséchées progressivement sur la vigne par le double effet du soleil et du vent chaud d'automne, le foehn, qui souffle dans cette région pré-Pyrénéenne. Pour les vins les plus concentrés, il s'agit du cépage petit manseng, et les raisins sont souvent vendangés fin novembre, voire en décembre. Pour les doux moins riches, le cépage dominant est le gros manseng, en légère sur-maturité, vendangés à partir de mi-octobre. Ce processus de blêtissement sur souche s'appelle passerillage.

Merci pour la réponse

Bonjour et bravo pour le site
si j'ai bien compris, on ne peut pas rajouter du sucre après la fermentation, exact?
on le fait pour le champagne pourtant

Comme le sucre est le carburant de la fermentation, si on estime qu'il n'y a pas assez de carburant dans le moteur pour atteindre la destination (le degré alcoolique requis étant la destination) il est nécessaire d'en rajouter avant, ou pendant, le voyage. Cette procédure se nomme "chaptalisation", d'après le nom de Chaptal, chimiste et ministre au XIX ème siècle, qui estimait qu'on améliorait la qualité d'un vin en augmentant sa teneur en alcool par le rajout du sucre.
En rajouter après la fin de la fermentation, quand les levures sont mortes, ne sert qu'à renforcer la sucrosité du vin. C'est un peu la procédure dite "dosage" d'un vin de Champagne. Cela se passe tout à la fin de son élaboration, après le dégorgement qui élimine les levures, et juste avant la pose du bouchon. Le but est d'arrondir les angles d'une acidité naturellement tranchante.

Merci pour l'explication M. Cobbold, mais je ne suis pas sur d'avoir compris – sans doute le froid commence à m'endormir-. En france le rajout de sucre àpres la fermentation pour un vin tranquille est légal ou pas? Si oui, je pourrais faire du sauternes avec du petit chablis et un gros sac de betterave, sans trop me soucier du botrytis, non?

L'ajout de sucre est illégal pour des vins doux issus d'appellations contrôlées.
Par ailleurs, n'oubliez pas que le botrytis n'est pas le seul moyen de concentrer sucres (et acides) dans le raisin (voir explication ci-dessus sur les jurançons).

J'ai une question. Quelqu'un m'a dit que le sucre contenu dans la vin est deux fois plus calorique que dans les fruits. Un gramme de ses sucres contiendrais 9 Calories plutot que 4.5 habituel donc autant que les lipides. Merci

Je pense que la cause de ces calories plus importantes est la présence simultanée d'alcool et de sucre dans un vin doux, alors que le fruit n'a pas d'alcool. En tout cas, je ne vois pas d'autre explication rationnelle. Mais attention : il faut toujours comparer ce qui est comparable, en étant aussi précis dans le dosage en sucre avec le vin qu'avec le fruit ou autre produit.

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