Leçon n°58: Les avis des médecins sur le vin et la santé
Vue la gravité du sujet, et son importance pour tous les amateurs de vin, je veux y consacrer la leçon du jour, suite aux récentes déclarations du Ministère de la Santé et de l’Institut National du Cancer. Ces déclarations concernaient la consommation d’alcool, celle du vin en particulier, et ses effets, réels ou supposés, sur la santé. Je rappelle que ces déclarations affirmaient que les risques de cancer sont accrus dès la consommation du premier verre quotidien d’un produit contenant de l’alcool.
D’abord les faits
En février dernier, l’INCa a présenté un rapport très controversé par l’ensemble des chercheurs spécialistes du cancer en France. La conclusion de ce rapport était lapidaire, et même excessive : « Le premier verre de vin tue ». Ce rapport a reçu une couverture médiatique importante, parfois critique, parfois complaisante. Dans une interview par le quotidien Le Monde parue le 10 avril, Dominique MARANINCHI, Président de cet institut, affirme de nouveau, sans nuances : « Le vin est alcool, donc cancérigène. » Tout cela ne peut évidemment pas nous laisser indifférents.
Le problème avec l’affirmation telle qu’elle est publiée par le journal en question est que son champ est bien trop large, et ne se base sur aucun fondement scientifique réel. De plus, beaucoup d’éminents médecins et scientifiques, dont certains ont voué leur vie à la recherche contre le cancer, ne sont pas du tout d’accord avec les conclusions qui le sous-tendent. Entre autres, ces conclusions « négligent » de mentionner d’autres causes possibles (voire probables) de cancer. Je n’en citerai que deux : la pollution atmosphérique et les résidus de pesticides et autres produits nocifs présents dans une bonne partie de nos aliments.
Je rappelle, pour mémoire, que la consommation du vin en France a été divisée par trois depuis 50 ans. Pendant la même période, le nombre de cancers a été multiplié par trois. Curieux paradoxe français, me semble-t-il !
Ce rapport de l’INCa n’était pas basé sur une étude récente, ni sur une étude spécifique, mais sur un rapport américain, dit méta-étude, sorti en 2007. Depuis, une autre étude, également américaine mais bien plus précise, a modifié de manière significative (en ôtant un nombre élevé de certains cancers) les chiffres utilisés dans la méta-étude, car on a pu attribuer la cause de certains cancers, et avec certitude, à d’autres facteurs que l’alcool. De cela, le rapport de l’INCa ne dit curieusement rien, car il semble être motivé par autre chose que la stricte vérité scientifique et statistique.
Il faut évidemment rappeler que, depuis 15 ans, de nombreux rapports dans le monde entier ont fait ressortir que, dans certains contextes, une consommation modérée de vin, particulièrement de vin rouge, surtout pendant un repas, pouvait avoir des effets préventifs contre certaines maladies. D’abord contre des maladies cardio-vasculaires, mais aussi, peut-être, contre la maladie d’Alzheimer et certains cancers.
Vue la publicité donnée au rapport publié par le Ministère de la Santé, voici quelques avis contradictoires qui méritent largement votre attention.
Des avis contraires
« Une étude sans queue ni tête, sans réel fondement scientifique. C’est scandaleux de publier des choses pareilles. Tout cela inquiète l’opinion publique et me choque profondément. […] Hier encore, les études mettaient en exergue le bénéfice d’une consommation modérée de vin pour lutter contre les maladies cardio-vasculaires. Le revirement auquel on assiste traduit une volonté d’hygiénisme bien pensante. Une très large part du milieu médical refuse ce terrorisme sanitaire… On peut faire dire ce qu’on veut à ce qu’on veut. »
Professeur Bernard Debré, chef du service urologie de l’hôpital Cochin (Midi-Libre, février 2009)
« C’est absurde. A forte dose, l’alcool facilite certains cancers digestifs mais un ou deux verres de vin par jour, sûrement pas. Le vin, c’est utile. A dose modérée, le vin rouge se révèle non seulement bon mais sain. Il contient une substance qui s’appelle le resvératrol, issu de la peau du raisin rouge, l’unique source. Il a été largement démontré que c’est un puissant anticancéreux. »
Professeur Lucien Israël, cancérologue, professeur à Paris XIII (Le Figaro, 5 mars 2009)
« Il n'existe pas de données suffisantes pour affirmer que la consommation modérée de vin rouge, au cours des repas, soit associée à un risque accru de cancer. Bien au contraire, on sait qu'elle est bénéfique contre les maladies cardio-vasculaires, et il reste fort possible qu'elle le soit aussi contre le cancer. […] En ce qui concerne le vin rouge en particulier, son effet protecteur est nettement plus marqué lorsque celui-ci est consommé dans un contexte précis : au cours d'un repas, et particulièrement dans le cadre d'une diète méditerranéenne. […] Par ailleurs, il reste vrai aussi que dans certains cancers, l'alcool, et le vin rouge en particulier, est associé à une réduction du risque. […] On connaît aussi de nombreux exemples où les recommandations nutritionnelles pour la santé, aussi affirmatives, voire péremptoires, qu'elles aient pu être, se sont révélées fausses, et même dangereuses. C'était le cas, en France, de l'injonction d'abandonner l'huile de colza dans l'alimentation humaine. […] Il faut se rappeler aussi qu'il est facile d'arriver à des conclusions erronées lorsqu'on analyse un facteur alimentaire particulier (comme la consommation de vin) en dehors de son contexte culturel et alimentaire. »
David Servan-Schreiber, professeur clinique de psychiatrie, auteur d’« Anticancer : prévenir et lutter grâce à nos défenses naturelles » (le site de D. Servan-Schreiber, guerir.fr, 24 mars 2009)
« Le vin contient aussi de l’alcool. Ah ! Voilà le mal, le danger que pointent certains, et non des moindres parfois même chez nos confrères, les médecins partisans de l’alcool zéro, donc de la suppression totale du vin. Gardons notre bon sens. En faisant partie de notre alimentation, le vin la complète et contribue à son équilibre. Cet équilibre alimentaire essentiel, que l’on a malheureusement oublié en lui donnant peu d’importance et beaucoup trop à l’aspect sanitaire de notre alimentation. Revenons donc alors à une alimentation saine et équilibrée et buvons sans scrupules, régulièrement mais modérément ce breuvage divin, source de bonne humeur et de santé. »
Professeur Christian CABROL, professeur de chirurgie cardio-vasculaire (conférence lors du colloque « Vin et Santé » ; Lorgues, 28 juin 2007)
« J‘avoue ne pas très bien comprendre sur quelles connotations scientifiques exactes s’appuient ces recommandations. […] Il s’appuie sur un document de référence issu du WRCF publié fin 2007, mais ne produit aucune étude nouvelle comme annoncée par les promoteurs de l’opération. […] l’INCa ne se prononce pas sur les risques cancérigènes des pesticides contenus dans les fruits et légumes qu’il recommande de consommer. […] A des doses modérées, l’effet fruit du vin est supérieur à l’effet alcool chez l’homme. »
Docteur Dominique Lanzmann, chercheur à l’INRA, auteur d’une étude « Cancer et alcool » (Sud-Ouest, mars 2009)
Voilà. Chacun fera son opinion sur ce sujet. Je pense surtout qu’il n’y a pas de certitudes à avoir dans cette affaire, sauf qu’une consommation excessive de vin est bien entendue nocive pour la santé, et qu’une consommation modérée est d’abord source de plaisir immense, parfois aussi d’enrichissement culturel, ce qui n’est pas si mal pour bien vivre sur Terre. Et si tous ces experts nous rassurent quant aux bénéfices d’une telle consommation (entre un et trois verres par jour), je suis enclin à les croire !








Donnez votre avis