Contre la fausse nostalgie dans le discours sur le vin !

Contre la fausse nostalgie dans le discours sur le vin !

On voit fleurir, un peu partout, des cuvées « Tradition » ou « Vieilles Vignes ». Dans le discours plus ou moins fleuri des contre-étiquettes ou des brochures publicitaires, les producteurs se réclament souvent de « techniques ancestrales » ou « respectueuses des traditions ».

Un dictionnaire un peu cynique, mais aussi assez juste.

Les mots « typicité » et « authenticité » sont partout, et je ne parlerai même pas de celui de « terroir », destiné apparemment à représenter dans nos esprits une sorte de baguette magique qui donnerait une sorte de droit divin au « bon » dans le vin. Tout cela sent fortement la mystification et l’approximation ! Ne soyons pas dupes, même si nous pouvons, à titre individuel, avoir de l’affection pour des images d’Epinal. Je vous propose mon propre dictionnaire de ces termes, dont les sens se chevauchent parfois au point de les rendre interchangeables.

Tradition

(Définition du Littré) « Transmission de faits historiques, de doctrines religieuses, de légendes, etc., d’âge en âge par voie orale et sans preuve authentique et écrite. »

Autrement dit, la tradition peut englober à peu près tout et n’importe quoi, et on y adhère peut-être par acte de foi. Et je dirais aussi que la « tradition » est d’une très grande malléabilité dans le temps. Par exemple, de nos jours, certains producteurs se mettent à appeler « cuvée Tradition » un vin entièrement élevé dans des cuves en acier inoxydable : matériau inconnu du monde du vin en France avant les années 1960, et peu répandu avant les années 1980. Il faut donc se poser toujours la question suivante : « traditionnel comment, traditionnel pour qui ? »

Vieilles Vignes

Il n’y a aucune définition officielle de ce qui constitue l’état de vieillesse d’une vigne, et la mention n’est assujettie à aucun contrôle. Souvent la forte présence de vieilles vignes dans une région signifie simplement que les vignerons ne gagnent pas assez avec leur vin (malheureusement) pour les remplacer (ex : Muscadet). La mention sur une étiquette part d’une pré-supposition qu’une « vieille » vigne produira nécessairement un meilleur vin qu’une « jeune » vigne. Mais pas grand chose ne le prouve réellement, sauf si un certain nombre de conditions se trouvent réunies, et seulement pour certains types de vin. Je me souviens d’un vigneron dans le Midi qui, face à mon émerveillement devant la forme entortillée d’une très vieille souche de carignan, épaisse comme une patte  d’éléphant, s’est tranquillement penché sur la bête qui s’est immédiatement écroulée, les racines très superficielles brisant aisément la surface du sol. « Vieilles vignes » ne signifient pas toujours « racines profondes », surtout si 30 ans d’engrais chimique sont passés par là ! Et on ne parlera pas de l’incidence des maladies qui peuvent frapper bon nombre de vieilles vignes, rendant dérisoires les fières remarques des vignerons sur les faibles rendements des parcelles, tant il manque de pieds.

Techniques ancestrales

Qu’est-ce qui me prouve qu’une technique « ancestrale » (et de quel ancêtre parle-t-on ?) est supérieure à une technique moderne ? Pas la connaissance scientifique en tout cas, même si celle-ci ne peut pas tout. Pas l’hygiène des chais non plus. D’accord, on re-découvre les vertus (et quelques vices) du bois, matériel effectivement d’usage très ancien dans le domaine du vin. Et on redécouvre aussi les vertus d’un autre matériau pour les cuves, ancestralement moderne celui-ci car il date du début du 20ème siècle : le béton.  Pour le reste, voir l’entrée « Tradition ».

Respectueuses des traditions

Peut se dire aussi de quelqu’un qui n’est jamais sorti de son chai et n’a même pas goûté les vins des voisins. En somme il nous dit « j’ai toujours fait comme ça et vous n’avez qu’à aimer mon vin ». Dans ce cas, la tradition égale la somme des erreurs et mauvaises pratiques accumulées à travers plusieurs générations, plus ou moins bien transmises par « la tradition ». Voir aussi « techniques ancestrales » et « tradition ».

Typicité

Ce mot ne veut pas dire grand chose. Typique de quoi, et par rapport à quelle unité de mesure ? Existe-t-il un vin standard « type » pour chaque appellation, comme il existait des « mesures » pour les unités de longueur ou de poids ? Il en va de même pour « authenticité », si ce mot est utilisé avec la même intention que « typicité ».

Terroir

Ne devrait être employé que pour signifier le milieu naturel, dans son ensemble : c’est à dire climat local (meso-climat), orientation, pente, nature des sols, environnement immédiat pouvant affecter ces ingrédients (cours d’eau, arbres, etc). Mais combien de vignerons ne l’utilisent que pour désigner la nature géologique des sols, alors que le meso-climat a bien plus d’influence sur les raisins ? Et certains théoriciens désignent par ce mot l’ensemble des facteurs pouvant influencer le style d’un vin, y compris les facteurs humains. Si nous devions les suivre sur ce terrain, le mot serait vidé de son sens, sauf sur un plan purement philosophique. La couleur des yeux de la grand-mère du vigneron fait-elle partie du terroir ? Aujourd’hui ce mot s’utilise de plus en plus pour vous vendre quelque chose : même des croquettes pour chien. Et il est trop souvent incantatoire, donc suspect de démagogie. Le terroir existe, bien sûr, c’est une réalité physique sans laquelle le vin n’existerait pas. Mais ne le mettons pas ailleurs qu’à sa place.

 

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