Débat sur le rôle de la critique

Débat sur le rôle de la critique

A la fin de la revue que nous avions faite du récent livre sur Robert Parker, le célèbre critique états-unisien (Anatomie d’un mythe, Robert Parker / par Agostini et Guichard), nous terminions par cette phrase : « Mais, quelque part, on sent que les auteurs regrettent que Parker ait un peu trahi son idéal d’une critique totalement indépendante, infaillible et donc faisant « autorité». L’illusion même d’une telle prétention n’est pas abordée (dans ce livre). Dommage, car cela mériterait bien débat. »

Je pense que nous pouvons maintenant ouvrir un débat sur ce sujet, car j’ai reçu une réaction de mon collègue en Belgique, Hervé Lalau, qui rédige son propre blog, tout en étant contributeur/rédacteur pour un certain nombre de publications spécialisées, et notamment d’In Vino Veritas, qui est certainement le principal titre dédié au vin en Belgique.  Je suis bien d’accord avec son commentaire, mais je souhaite que d’autres viennent apporter leur pierre au débat. Voici ce qu’il dit :

Moi aussi, je m’interroge sur le thème de la critique infaillible et indépendante. Je crois que  c’est « l’inaccessible étoile » que chantait Brel. C’est plus la diversité des opinions que nos vaines tentatives  personnelles d’atteindre l’objectivité parfaite, qui peut aboutir à une forme d’objectivité. Je me fais souvent violence, quand je déguste, en me disant que je  n’ai pas le droit de faire passer mon goût personnel avant la  reconnaissance d’un travail bien fait.

Pourtant, c’est sûr, j’ai moins tendance à écrire sur les vins dont je n’aime pas le style, même si je leur reconnais des qualités. De même, il m’arrive, sans doute inconsciemment, de préférer le vin d’un vigneron au discours sympathique que celui de son collègue suffisant. Et il faut aussi tenir compte des modes, qui, quoi qu’on en pense, et qu’on y adhère ou qu’on les refuse, nous influencent quand même. Après la recherche de la structure dans un vin, voilà qu’on redemande de l’élégance, par exemple. Il n’y a pourtant aucune vérité révélée en la matière, chaque vin se juge pour lui même. Lors d’un récent voyage en Italie, j’ai été étonné de la fraîcheur de certains verdicchio à 14,5°. Leur enlever de l’alcool, c’était les déséquilibrer.

Bref, je pense que je me trompe souvent, mais, j’espère, pour de « bonnes » raisons. Honnêtement, en quelque sorte. Et, comme tout le monde ne peut pas se tromper en même temps, j’espère que peu de bons produits passent à travers les mailles du grand filet de la critique ! De toutes façons, le vin reste essentiellement une affaire de goût. On ne demande pas aux critiques automobiles d’expliquer pourquoi ils aiment la ligne de telle auto et pas celle d’une autre. Bien sûr, on  pourra faire des comparatifs de vitesse, de puissance ou de volume habitable. Mais c’est un peu pareil pour le vin : les degrés, l’assemblage, la vinification, tous les paramètres techniques peuvent être passés au crible. N’empêche que tout ça n’explique pas les coups de coeur. Or notre plus grande fierté n’est-elle pas, comme journalistes, de pouvoir faire passer nos coups de coeur auprès de nos lecteurs ou auditeurs ?

Hervé Lalau

 

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