Les blancs du Mont Fuji

Les blancs du Mont Fuji

Sous des conditions pas vraiment idéales pour la vigne, le Japon s’est entêté à maintenir une petite production locale : autour de 10% des raisins produits au Japon sont vinifiés, soit moins de 2000 hectares, concentrés à Honshu. Le climat de mousson, chaud, souvent couvert et humide en été, conjugue à peu près tout ce que la vigne déteste. D’où la présence d’hybrides qui, à défaut de donner des vins passionnants, fournissent au moins des raisins sains et mûrs, consommés frais ou vinifiés. Une exception cependant, avec une variété de vinifera, le koshu, que l’on rencontre presque exclusivement dans la province de Yamanashi, et plus précisément autour du village de Katsunuma, au pied du mont Fuji. La tradition japonaise raconte que c’est ici que le Bouddha de la médecine, Yakusi Nyorai, serait apparu au moine Gyoki en 718 et lui aurait offert un plant de vigne et l’art de la viticulture. Toujours est-il que le koshu est implanté ici de très longue date, qu’il a sans doute une origine chinoise (Xinjiang) et qu’il donne aujourd’hui au Japon une raison d’être fier de ses vins.

Le Koshu a des baies de couleur rose et une chair blanche. Les grappes sont longues et la peau des baies épaisse, ce qui lui permet de résister à la pourriture consécutive aux fortes pluies pendant la saison de maturation. Le mode de conduite privilégie la pergola qui permet d’aérer les grappes et de les maintenir éloignée des sols humides. Les exploitations viticoles sont minuscules, 0,25 hectare en moyenne. Une poignée de producteurs possèdent de plus vastes domaines et achètent des raisins à des viticulteurs.

L’association koshu of Japan était de passage l’année dernière en France, l’occasion de tester un plus large échantillonnage.  Tous venaient de la région de Yamanashi, et la grande majorité du millésime 2011. La plupart des producteurs préfèrent un élevage court et en cuve mais quelques-uns s’essayent à un élevage en barriques. Tous les vins étaient secs avec des degrés d’alcool raisonnables : entre 10,5% et 12% pour les vins dégustés. Les acidités variaient pas mal, selon les modes de vinification. Si on veut à tout prix faire des comparaisons, ces vins ressemblaient à quelque chose entre un riesling sec et un ugni blanc/trebbiano, en un peu plus parfumé. Le toucher est délicat, l’acidité bien présente et les parfums subtils mais pas expansifs. Les couleurs sont très pâles, sauf pour ceux ayant fréquenté du bois.

Les cuvées préférées de David Cobbold

Alps Wine, Japanese style Koshu 2011

Il m’a semblé plus pesant que les 11,5% annoncés, et je n’aurais pas deviné que le sucre résiduel se situait aussi bas que 1,1 gramme. Cependant, il est fin et vibrant, relativement intense parmi la série.

Grace Wine, Koshu Kayagatake 2011

Délicat et floral, très vif. Sensation de pureté dynamique.  Très joli vin

Grace Wine, Koshu Private Reserve 2011

Aussi parfumé que son frère d’écurie mais plus structuré, un peu plus austère et avec une allonge supérieure. Le meilleur vin que j’ai dégusté dans la série.

Yamanashi Wine, Sol Locet Koshu 2011

Fin, délicat et précis.

Yamanashi Wine, Sol Locet Koshu 2010

Un des rares vins (un peu) âgés dans la dégustation. Il montrait davantage de complexité et une longueur supérieure aux autres.

Suntory Tomi No Oka Winery, Tomi No Oka Koshu 2010

Ce vin a eu un vieillissement (je crois partiel) en bois. Il paraissait plus mûr et rond que les autres, avec une acidité bien plus faible (5,6 g/l). Texture plus soyeuse aussi.

Si aucun de ces vins n’est disponible en France, on trouvera deux autres cuvées de koshu, produites par des bordelais en partenariat avec des producteurs locaux. Celle de Bernard Magrez, goûtée il y a deux ans, montrait une vraie délicatesse de parfums et de texture, avec une sensation de légèreté, d’élégance et de fraîcheur, hélas bien trop chère (autour de 30 euros). Plus abordable (18 euros), mais pas dégustée, celle de Denis Dubourdieu, disponible sur www.lespassionnesduvin.com.

 

Crédit photo : genta_hgr

 

 

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