Comment améliorer la place des vins français dans le monde?
Comment améliorer la place des vins français dans le monde?

Comment améliorer la place des vins français dans le monde?

Dire, comme bien trop de commentateurs, que le vin français est le «meilleur vin du monde», même entre guillemets, ne fait qu’enfermer la production de ce pays dans des certitudes qui l’ont amené à des pertes rapides et importantes de parts de marchés depuis quelques années à l’export. Pour quelqu’un qui goûte, sans préjugé, les vins du monde entier et qui visite régulièrement les régions viticoles du monde, il est clair que plus personne ne détient le monopole de la qualité en matière de vins, à supposer que l’on soit capable de définir ce concept. Et en France la «qualité» n’est plus la prérogative des AOC, surtout depuis que cette institution s’amuse à refuser l’agrément à d’excellents vins sous prétexte qu’ils ne sont pas «typiques». On s’interroge d’ailleurs sur le vrai sens du mot typique. La qualité moyenne de la production d’une région ? La somme des erreurs commises depuis des siècles ? L’accumulation des idées reçues ? Un gage de l’incompétence des dégustateurs ? Passons.

C’est un fait que la France a réinventé le concept moderne de «grand vin», à partir de la fin du 17ème siècle, et a tenu une place enviable (et enviée) de leader dans ce domaine jusqu’à récemment. Mais aujourd’hui la France n’a plus d’ascendant qualitatif sur les vins d’ailleurs, qu’il s’agisse de la production de ses grands voisins, Italie et Espagne en tête, ou de celle de pays du «nouveau monde». Et, à une échelle moindre, je pense que la qualité moyenne des vins d’Autriche, certes un petit pays qui produit seulement 1% des vins du monde, est bien supérieure à celle de la France. Prétendre le contraire, même si la France abonde de grands vins, relève de l’aveuglement. Parlons plutôt de différences, car la bataille de l’avenir se situe là.

Et dans cette bataille, déjà largement engagée, la France est en train de perdre un temps précieux. Le rapport Berthomeau avait bien tiré la sonnette d’alarme, mais les années passent et ses conclusions restent sans effet. La réforme de l’INAO est apparemment en route, mais semble parfois ressembler à une usine à gaz et le calendrier n’est pas garanti. Vendre «la France» à l’export, en matière de vins, devient une urgence, et les instances dirigeantes du monde du vin semblent étrangement frappées d’immobilisme. D’ailleurs il n’y a aucun organisme officiel dédié à ce travail, pourtant potentiellement très intéressant pour la balance commerciale de ce pays. Puis comment comprendre que la législation sur les vins de pays, niveau de production censé offrir aux viticulteurs un champ d’expérimentation s’ils souhaitent échapper aux décrets restrictifs des AOC, s’occupe d’interdire la plantation de tel ou de tel cépage. Une seule explication : l’influence néfaste et protectionniste de certains syndicats qui protègent leur pré carré en se trompant de combat. Pour prendre deux exemples, je suis convaincu que le grand cépage riesling (d’origine allemande, pas alsacienne !) peut trouver des climats à sa mesure en dehors de l’Alsace, mais il est interdit d’en planter, même en zone vin de pays ! De la même manière, certaines appellations du Sud-Ouest ont réussi à interdire la plantation, toujours en vin de pays, de l’excellent cépage petit manseng, même dans sa région d’origine. Ce type de réaction protectionniste relève non seulement de l’ignorance de l’histoire des cépages mais aussi d’un aveuglement incompréhensible car le succès d’un vigneron qui utiliserait ces deux cépages, par exemple, ne pourra qu’aider la cause des vins français tout en rehaussant la renommée des appellations qui les hébergent. Et céder à de telles pressions invalide le principe même de liberté qui doit prévaloir pour les vins de pays, car la catégorie vin de table ne donne pas le droit de mentionner le cépage. Il faut laisser les vignerons planter ce qu’ils veulent, du moins dans la catégorie des vins de pays, et créer ici un vrai champ d’expérimentation.

Dire que le cépage seul ne suffit pas à définir le style d’un vin est une évidence. Mais prétendre que le nom du cépage sur une étiquette n’est pas «digne» d’une appellation, quelle qu’elle soit, fait fi de la réalité des marchés. Ce dernier point semble enfin avoir été compris par certaines appellations. Il était grand temps ! Je suis parfois surpris par le peu de confiance que les responsables de la France viticole possèdent dans leurs propres vins. Vouloir tout «blinder» derrière des règles tatillonnes et parfois aberrantes est signe de faiblesse. Empêcher les gens qui veulent entreprendre et défendre les chances de la France équivaut à se tirer une balle dans le pied avant une course. La France viticole a énormément d’atouts, mais c’est une erreur fondamentale de croire que toutes les options ont déjà été exploitées. La tradition n’est que la somme des pratiques d’autrefois. Ces pratiques sont un fait historique, mais aucunement un gage de «qualité» pour l’avenir.

 

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