Les apéritifs à base de vin : le retour ?

Les apéritifs à base de vin : le retour ?

Il fut un temps – quand ces boissons se vendaient en quantités industrielles – où les murs de nos villes s’habillaient de leurs très belles « réclames ». Qui (du moins dans ma génération) ne se souvient pas du fameux « DUBO… DUBON…DUBONNET » et des affiches splendides de Cassandre, et de tous les autres ? J’ai le souvenir d’avoir vendu beaucoup de Lillet, à l’époque le seul apéritif qui se targuait de porter un millésime (en blanc et en rouge, si mes souvenirs sont exacts) quand j’exerçais le métier de caviste à Paris, au début des années 1980. Et je possède dans ma cave un flacon de Lillet 1947 que je n’ai jamais osé entamer. J’ignore quels sont les volumes actuellement vendus de ces vins « amendés », et s’il s’agit vraiment d’un retour mais certains sont dignes d’intérêt et je voudrais, à ma manière, leur rendre un petit hommage.

Cet été j’ai largement cédé aux sirènes d’un de ces ABV, surtout l’italien Campari, que j’apprécie particulièrement, mais non sans quelques infidélités chez Cinzano, Noilly Prat et Lillet. Ils peuvent être bus seuls, allongés avec de la San Pellegrino ou agrémentés de rondelles de citron et/ou des feuilles de fines herbes (menthe, estragon, etc), par exemples. Mais aujourd’hui je vous propose, en guise d’apéritif, une petite dégustation de quelques-uns de ces produits en version « pure ».

Cinzano Bianco

Robe assez claire. Nez puissamment parfumé, assez complexe et un peu chimique. Fleurs et herbes sinon. L’écorce de citron ressort fortement, apportant une touche d’amertume. En bouche on se retrouve à la jonction de l’amer et du légèrement sucré, avec une certaine sensation de fraîcheur qu’il conviendrait d’agrémenter en rajoutant du citron, par exemple. Ce produit possède en même temps de la rondeur et du poids, mais sans lourdeur. L’arrière goût est fruité et aussi un peu chimique.

Noilly Prat Original Dry

Robe nettement plus sombre, ambrée. Nez plus discret, bien oxydatif. Les herbes de type garrigue (ciste, etc) dominent, et l’ensemble paraît plus subtil que le Cinzano. Cette bouteille est ouverte depuis un moment, donc le jeu n’est pas très juste, mais le vin paraît moins frais et alerte que le Cinzano. Cependant je le boirais volontiers seul, ce qui est moins le cas pour l’italien. Belle persistance de type oxydatif avec une bonne dose d’amertume plutôt agréable.

Lillet rouge

Robe d’un rouge assez clair, proche d’un Beaujolais de quelques années. Le nez nous ramène du côté des vins rouges (pruneau, prune et sous-bois) mais avec un zeste d’orange prononcé. L’amertume se marie harmonieusement au sucré du fruit en bouche, et les saveurs sont aussi séduisantes que persistantes. Rond, charnu et harmonieux grâce à la subtile touche d’amertume qui relève la finale.

Campari

La robe est d’un rouge très clair et brillant, un peu comme un rosé de Fronton ou un clairet de Bordeaux. Le nez verse franchement du côté des herbes et de l’amertume. Certains pourront trouver cela austère. J’aime beaucoup. Cette amertume allègre tapisse la bouche, donnant une grande force aux sensations gustatives. C’est dans la grande tradition des « bitters » italiens, et si on n’aime pas l’amertume, il vaut mieux l’amadouer ou bien passer son chemin. La persistance de l’amertume est formidable. Pour amateurs de sensations fortes.

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