Les vins blancs du « cœur de France »

Les vins blancs du « cœur de France »

Les AOC du Centre-Loire : Sancerre, Pouilly-Fumé, Menetou-Salon…

La Maison du vin de Sancerre est située en haut de la ville, ancienne place forte, construite sur un piton dominant la Loire. Depuis sa terrasse, on scrute avec bonheur la campagne environnante : des paysages ondulés, des collines largement conquises par la vigne, les méandres de la Loire, les vallées sinueuses et des villages dans leur jus qui vivent par et pour le vin. Les noms de crus qui fleurent bon le Moyen Age (les Monts Damnés, Pisses au Pot) nous rappellent la vieille vocation viticole de cette région de collines « desquelles on ceuille tous les ans une grande quantité de fort bons et excellents vins dont on fait grande traffic que tant par eaux que par terre [1]». Jusqu’au phylloxéra, « ces vins généreux, haut en couleur, d’une saveur riche [2]» étaient massivement exportés par la Loire jusqu’à Orléans, puis vers Paris et ses guinguettes. Puis vint le temps des maladies et de la crise économique. Dans les années 1950 tout était à refaire. A Pouilly-Fumé, située sur le RN7, on se satisfaisait de la clientèle de passage mais les producteurs de Sancerre devaient reconquérir Paris, échantillons sous le bras. Entre temps la région avait fait peau neuve : vignoble modernisé, remembré, resserré autour de ses meilleures parcelles puis en extension après-guerre, décrets d’appellation qui marquent le triomphe du sauvignon blanc… La formule s’est révélée payante et la région affiche aujourd’hui une belle santé, portée par ses deux noms les plus connus (Sancerre et Pouilly-Fumé) qui tirent les AOC moins connues : Menetou-Salon, Reuilly, Quincy et Coteaux du Giennois.

Au royaume du sauvignon blanc

Les vignobles du Centre-Loire couvrent 5 200 hectares dont les trois quarts plantés de sauvignon blanc. C’est un des cépages à la mode, présent dans la plupart des vignobles du monde, apprécié pour sa fraîcheur et son caractère aromatique. La variable climatique est essentielle : les meilleurs vins issus du sauvignon blanc proviennent de climats frais, capables d’aiguiser ses arômes et sa vivacité. La région jouit d’un climat sur mesure, semi-continental, avec une alternance de printemps frais, d’été chaud et d’arrière-saison douce, avec de forts écarts entre les millésimes : 2007 a donné des vins plutôt légers, 2008 des vins fermes et concentrés, 2009 des vins puissants et chaleureux. Le vallonnement du paysage démultiplie les expositions et fait affleurer des matériaux divers : les sols compacts de calcaire (terres blanches) ou de silex donnent potentiellement des vins plus concentrés et puissants que les sols chauds de caillottes (argilo-calcaires caillouteux) ou ceux plus légers de sables. Après, tout est question de choix individuels, de savoir-faire et de talent, ce dont la région ne manque pas.

Sancerre

C’est la plus vaste des AOC du Centre-Loire (2 800 hectares), la plus connue et le théâtre des plus beaux paysages avec la ville en surplomb et des pentes parfois vertigineuses. Voilà un vin qui était « de comptoir » dans les années 1980 et qui a su monter en gamme grâce à une saine émulation, à une gestion sage et à quelques leaders historiques. Les sancerres blancs (80% des volumes) restent associés à un style de vin bien identifiable : des vins blancs toniques, aromatiques, rafraîchissants. C’est bien la signature du sauvignon blanc, unique cépage blanc autorisé. Mais depuis une dizaine d’années, des producteurs lorgnent du côté de la Bourgogne voisine avec des vins parfois vinifiés et élevés en fûts, issus de parcelles spécifiques dont les noms s’affichent sur les étiquettes. Au domaine Claude Riffault, on s’y essaie avec bonheur depuis peu. Le jeune et discret Stéphane Riffault gère avec soin ce domaine de 13 hectares situé sur la commune de Sury-en-Vaux. Rigueur dans la vigne (travail des sols, enherbement maîtrisé, travaux en vert, vendanges manuelles) et précision en cave : la gamme des blancs 2009 est réjouissante, didactique, dans un style puissant comme le veut ce millésime solaire. A l’entrée d’une cave aussi sobre qu’élégante, posés sur le bord d’un bar, trois bocaux illustrent les grandes familles de sols qui existent à Sancerre : caillottes, terres blanches et silex. Un seul cépage en blanc, des vinifications très proches, c’est bien l’effet terroir – au sens large – qui explique cette jolie déclinaison de nuances dans le verre.

Chavignol est une « banlieue » de Sancerre. Ce village un peu intemporel, aux maisons usées, vit du raisin et du lait de chèvre. C’est la patrie du Chavignol et de quelques domaines réputés dont le domaine Bourgeois. Cette vieille maison a exporté son expertise du sauvignon jusqu’en Nouvelle-Zélande. Plusieurs générations de Bourgeois s’y côtoient et maintiennent une direction familiale à une affaire qui signe près de 500 000 flacons chaque année. Entre vins de négoce et vins de propriété, la gamme est large et très fiable avec des styles variés dont des cuvées splendides capables de défier le temps.

Pouilly-Fumé

En franchissant le pont de Saint-Satur, le « port » de Sancerre, on entre dans le Nivernais, le pays du Pouilly. La commune de Pouilly-sur-Loire produit deux vins blancs secs, chacun ayant le droit à sa propre appellation : Pouilly-sur-Loire (31 hectares) et son chasselas, planté à l’origine pour produire un bon raisin de table et surtout Pouilly-Fumé (1 240 hectares), « blanc fumé » étant le nom local du sauvignon blanc. Les pentes y sont moins raides, les reliefs plus arrondis mais les terroirs tout aussi variés qu’en face. Ils ont eu leur interprète génial, Didier Dagueneau, et ses cuvées « silex » ou « pur sang » qui ont rendu, et rendent toujours, le nom de Pouilly-Fumé très doux aux oreilles de nombreux amateurs. Le Château Favray est situé à l’extrémité orientale de l’appellation. Son propriétaire, David Quentin, est un producteur serein. La maison est une belle « motte » seigneuriale du XVI ème siècle, ancienne possession d’une familière de la Reine Margot, et le chai imite une de ces granges basses de la région, aux toits tombants. Il a repris l’exploitation familiale au bon moment, dans les années 1980, lorsqu’on commençait à vivre de la vigne. Son vignoble couvre 16 hectares d’un seul tenant et la démarche est à peu près inverse à celle des Riffault à Sancerre : une cuvée unique, vinifiée en cuve. « Saisir la maturité optimum, c’est le challenge essentiel et la condition pour ramener de beaux raisins dans le chai ».  Un fois dans le chai « moins on en fait mieux on se porte, l’idée que je me fais d’un pouilly, c’est le fruit, la fraîcheur et la minéralité ». Les vins sont une expression limpide de Pouilly-Fumé, à boire jeunes et à prix doux.

Menetou-Salon

Un nom inconnu il y a 20 ans qui commence à faire parler de lui grâce à la présence de très bons producteurs. L’appellation tire son nom d’une de ses 10 communes, Menetou Salon, « le petit monastère de Sarlon », ancienne possession des cisterciens, et qui eut Jacques Cœur comme seigneur au XVI ème siècle. Le vignoble couvre 450 hectares dans le prolongement sud des coteaux du Sancerrois, répartis entre pinot noir pour un gros tiers et sauvignon blanc pour le reste. Morogues est une des communes de l’ouest du vignoble, fief de la famille Pellé. Avec 45 hectares, c’est un des plus vastes domaines et l’un des plus recommandables. Le jeune Paul-Henry Pellé mène la barque depuis peu et signe une belle série de vins dans les deux couleurs, entre cuvées d’assemblage et cuvées parcellaires.

Autre jeune talent, Philippe Gilbert est installé au lieu-dit Les Faucards, près de la commune de Menetou-Salon. Cette vieille famille monestrosalonienne est vigneronne depuis la fin du XVIII ème siècle. Philippe Gilbert a repris la main en 1998, année de l’arrivée au domaine de Jean-Philippe Louis qui supervise les vinifications. Le duo fonctionne en bonne harmonie, uni par la même foi dans les vertus de la biodynamie. Le vignoble couvre 28 hectares sur 4 communes de l’appellation avec un sauvignon ici minoritaire à l’origine de deux vins, le « domaine » (assemblage) et une bien belle cuvée parcellaire (Renardières). Les rouges sont exemplaires.

Quincy, Reuilly, Coteaux du Giennois

3 noms peu connus mais qui offrent parfois une jolie déclinaison des vertus du sauvignon blanc à des prix intéressants. Après avoir été la première à obtenir l’AOC en 1936, Quincy a failli disparaître au milieu du XX ème siècle. Située à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Bourges, sur les rives du Cher, elle couvre aujourd’hui 250 hectares exclusivement plantés de sauvignon blanc donnant ici des vins plutôt souples et parfumés. Une dizaine de kilomètres séparent Quincy de Reuilly au Sud-Ouest. Reuilly est une AOC depuis 1937 mais dynamique depuis peu. Ses 200 hectares de vignes, répartis entre coteaux calcaires et terrasses sablo-graveleuses, produisent des blancs issus du sauvignon et une bonne moitié de rouges et rosés (pinot noir et pinot gris). Le domaine Claude Lafond est un peu l’âme de l’appellation et a été à l’origine du chai collectif où sont vinifiés une partie des vins de l’appellation. Claude Lafond et sa fille Nathalie se dotent maintenant de leur propre outil pour affiner un peu plus le caractère de leurs vins. En attendant ils continuent à produire des vins pleins de charme, nets et fruités.

Les Coteaux du Giennois sont une jeune appellation (1998) de 19
0 hectares très étirée le long de la Loire entre Cosne-sur-Loire et Gien, au nord du Sancerre. Les Balland sont installés à Bué (Sancerre) de longue date. Pour des problèmes de succession, le père a du vendre le vignoble familial (Balland Chapuis) et le fils, Emile Balland, fraîchement diplômé d’œnologie, a reconstitué en 1999 un petit domaine de 5 hectares à partir de parcelles achetées ou replantées. On aime régulièrement l’éclat des blancs produits ici qui sont dotés d’une intensité et d’un tranchant que l’on n’a pas goûtés ailleurs dans l’appellation.

[1] Jehan Chaumeau, 1566

[2] Arthur Young, Voyages en France pendant les années 1787, 1788, 1789

Commentaires (2 )

  • J’adore tous les vins de J’adore tous les vins de cette région issus de sauvignon. A l’apéritif c’est un régal pour aiguiser les papilles avec ce brin d’acidité fraiche.
    Certains comme le Sancerre ou le pouilly sont tès connus mais c’est bien de parler deMenetou, et autres Quincy.
    Très bon article !

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.