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Le magazine du vin

Temps fort commercial des mois de septembre et octobre, les foires aux vins des supermarchés constituent la plus importante campagne de vente de vins en France.

Les Foires aux Vins 2010 en Grande Distribution

Au début de l’été 2010, nous avons goûté pour l’occasion plus de 400 échantillons issus des catalogues nationaux des enseignes. Les vins ont été dégustés entre mai et juin, essentiellement lors des dégustations presse, organisées par les enseignes, et dans des conditions pas toujours idéales (cohue, chaleur, températures de service curieusement déficientes), certaines ayant même lieu le même jour et à la même heure… S’ajoutent à cela des vins dégustés à d’autres occasions, dont les grands bordeaux du millésime 2007.

Découvrez notre dossier "Foires aux Vins 2010"

Les tendances

Globalement il n’y a rien de bien révolutionnaire pour l’édition 2010 des Foires aux Vins, avec toujours une proportion écrasante (et lassante) de vins de Bordeaux. Concernant les vins haut de gamme (crus classés et assimilés), le millésime 2008 arrive sur le marché. Disons-le clairement, il ne nous a pas beaucoup emballés à ce stade, même s’il possède un réel potentiel au vieillissement et devrait se révéler bien supérieur à 2007 à terme. Aujourd’hui la plupart des bordeaux 2008 se montrent durs, avec des acidités et des tanins encore sévères et mordants. A la différence du 2007, bien plus aimable et souple dès sa jeunesse, le 2008 est donc un millésime de garde qu’il faudra savoir attendre. Si vous avez cette patience, des moyens et un lieu adapté pour les stocker, les bons 2008 représentent donc une opportunité d’achat car les prix sont enfin redevenus presque attractifs. C’est bien là le grand atout de ce beau millésime, sauvé par un mois de septembre magnifique, car la spéculation est repartie de plus belle avec le millésime 2009 dont les prix en primeur dépassent l’entendement. Mais si vous souhaitez des vins prêts à être bus, choisissez plutôt des 2007, voire des millésimes plus anciens comme en offrent certaines enseignes.

Bien heureusement, Bordeaux ne se limite pas aux châteaux connus. La région regorge de bons rapports qualité/prix que nous mettons volontiers en exergue dans notre sélection. C’est d’ailleurs un des mérites des enseignes que de mettre en lumière ces châteaux et seconds vins dont certains offrent des vins remarquables, y compris de garde, et cela dans des fourchettes de prix à portée des individus normalement constitués sur le plan des revenus.

Concernant les autres régions, nous réitérons pour l’essentiel les commentaires de l’année passée : la pauvreté de l’offre et de la qualité des bourgognes (rouges en particulier) ; l’excellente tenue des vins du Rhône et du Languedoc-Roussillon où l’on peut se faire plaisir à moins de 5 euros, quelques bonnes affaires en Alsace, la quasi-disparition de la Provence de la carte viticole et l’absence criante des vins du monde. Cette année, il faut saluer une belle série de vins du Beaujolais issus du millésime 2009, qui fut superbe dans cette région. Les vins rouges de Loire auraient dû profiter également de cet effet millésime mais nous n’en avons goûté aucun de véritablement excitant, à l’exception de quelques gamays. Certains blancs sauvent la face de la région.

Les enseignes

Comme l’année passée, et sur la base de ces dégustations de printemps, Monoprix reste loin devant ses concurrents en ce qui concerne la qualité globale de l’offre qui s’apparente de plus en plus à celle d’un très bon caviste spécialisé. La marque n’a certes pas les mêmes contraintes de volume que les autres enseignes mais un vrai travail de fond a été entrepris depuis plusieurs années, et les vins sont clairement choisis pour leur qualité avant tout, ce qui n’empêche pas d’y trouver de très bonnes affaires. Système U confirme son ambition même si les vins présentés étaient servis à des températures folkloriques. Carrefour a eu la bonne idée de présenter une sélection équilibrée, pas focalisée sur Bordeaux (dont quelques bons bourgognes, ce qui est assez rare pour être souligné) à la différence d’Auchan. Nous avons aussi mieux apprécié la sélection nationale de Leclerc que les années passées.

Beaucoup de domaines figuraient déjà dans nos sélections passées, les enseignes travaillant avec  les mêmes domaines sur  plusieurs années, parfois pour le meilleur, parfois pour le pire... Depuis le temps que nous réitérons ces dégustations, certains producteurs sont ainsi devenus des valeurs sûres, sur l’ensemble de leur gamme : Gérard Bertrand, Dauvergne et Ranvier, Perrin, Hecht & Bannier, Marionnet, Verget par exemple, constituent des signatures fiables que le consommateur peut suivre année après année sans risque de grosses désillusions.

Il faut signaler que les différences structurelles entre certaines enseignes entraînent une variabilité de l’offre selon les magasins : Leclerc, Système U et Intermarché sont des enseignes de magasins indépendants, avec une part de liberté souvent importante donnée aux adhérents dans leur sélection. Elles offrent tout de même un tronc commun (une gamme nationale), plutôt étoffé pour Leclerc et Système U, maigrichon pour Intermarché, d’où la faible présence de l’enseigne dans notre sélection. Auchan et Carrefour sont des structures centralisées avec une forte offre nationale complétée par des sélections régionales (que nous n’avons pas pu déguster). 

Notre sélection et un conseil

Elle comporte plus de 150 vins, choisis pour leur qualité intrinsèque mais aussi et surtout pour leur rapport qualité-prix, excellent, bon ou au moins correct. Nous estimons que des vins à plus de 40 euros, quel que soit leur mérite, ne peuvent prétendre à cela, sauf exception. En dehors des grands châteaux bordelais, nos sélections concernent donc surtout des vins à moins de 15 euros. S’il n’y avait qu’un conseil à donner, ce serait de ne pas laisser passer les wagons. Les bonnes affaires disparaissent vite surtout si elles ont été relayées par la presse spécialisée. N’hésitez pas à demander une invitation pour les soirées « privées » qu’organisent certains magasins avant l’ouverture officielle des Foires aux Vins. Pour éviter les désillusions, demandez aussi en amont le catalogue des vins disponibles dans les magasins où vous avez prévu de vous rendre.

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La France est cernée par des pays viticoles, certains bien connus comme l’Italie et l’Espagne, d’autres beaucoup moins comme la Suisse ou l’Allemagne.

Escapade viticole à nos frontières : les vins rouges de Bade et du Palatinat (Allemagne)

Les Français sont souvent étonnés d’apprendre qu’outre-Rhin on produit des vins et encore plus des grands vins. La faute probablement au peu de curiosité culturelle pour ce pays  mais aussi parce que les vins allemands sont très peu visibles sur le marché français. La production allemande a traversé une mauvaise passe au XX ème siècle mais depuis quelques décennies elle a fait ses révolutions : celle des blancs d’abord avec le retour en grâce de ses grands rieslings, d’une pureté unique au monde, puis plus récemment et plus discrètement celle des rouges. En effet ce pays, que le déterminisme climatique semblait condamner à produire des vins blancs, consacre à présent un bon tiers de sa production aux vins rouges. Les progrès de la connaissance et des techniques, un marché intérieur de plus en plus demandeur de vins rouges de qualité et des vignerons déterminés ont ensemble fait sauter le verrou des supposées contraintes géographiques. A ce petit jeu, le pinot noir (spätburgunder) est le grand gagnant (11 600 hectares) et offre des vins qui forcent parfois le respect, et cela à seulement quelques kilomètres de nos frontières. 

Bade : nouvelle frontière du pinot noir

Le Pays de Bade fait face à l’Alsace de l’autre côté du Rhin et depuis Colmar il vous suffira d’une cinquantaine de minutes pour rejoindre Fribourg-en-Brisgau, son ancienne capitale. Bade est la région viticole la plus méridionale d’Allemagne et jouit du climat le plus doux du pays. Elle est l’un des bastions des vins rouges allemands et consacre 35% de son encépagement au seul pinot noir. Ma première rencontre avec un pinot noir local, servi dans un verre traditionnel, sorte de verre alsacien plus épais et plus trapu, ne m’aura pas laissé un souvenir impérissable : robe peu colorée, parfums dilués et surtout cet étonnant mélange de raideur acide et d’épaisseur un peu sucrée. Une première impression un peu inquiétante qui sera vite dissipée lors d’une virée le lendemain dans le Kaiserstuhl, à une vingtaine de kilomètres au Nord-Ouest de Fribourg. Le Kaiserstuhl ( le « trône de l'empereur ») est un massif volcanique situé au milieu du fossé rhénan. Ses coteaux, aménagés en terrasses larges, sont couverts de vignes et coiffés de forêts denses dans lesquelles, d’expérience, il ne fait pas bon se perdre. On y trouve les micro-climats les plus chauds du pays, notamment sur le Badberg connu pour sa réserve d’orchidées rares.

Oberbergen est l’un des villages s’égrenant le long de l’étroite vallée qui serpente à travers le massif.  C’est le fief du domaine Schwarzer Adler, négociant bien connu en vins de Bordeaux et propriétaire d’un domaine viticole d’une soixantaine d’hectares. Deux autres producteurs locaux, Salwey et Heger, s’étaient joints à lui pour une belle dégustation de pinots noirs qui prouvait les dispositions des coteaux environnants à la production de vins colorés, généreux et mûrs, en particulier ceux de Salwey dont la puissance fut une vraie surprise. Wolf-Dietrich Salwey, la soixantaine passée, et son fils Konrad, qui a rejoint le domaine en 2004, sont installés dans la commune voisine d’Oberrotweil. Le père a été le témoin de la montée en puissance des pinots noirs locaux. « Le pinot noir est présent depuis 200 ans mais on a introduit récemment des clones bourguignons plus précoces mieux adaptés au climat de Bade. Depuis le milieu des années 1980, l’usage de la barrique et surtout la recherche d’une bonne maturité, avec des rendements maîtrisés, ont totalement modifié le style des rouges du Kaiserstuhl ». De vins pâles et dilués, on est passé à des vins colorés, plus concentrés, supportant un élevage en fûts et aptes au vieillissement. Pour les Salwey, l’objectif est le fruit plus que la structure, et le style des vins en témoigne : les Eichberg Spätburgunder R 2005 et Kirchberg Spätburgunder Spätlese 2005 montrent une grande maturité, avec une forte empreinte du bois, des notes de fruit noir et d’épices et beaucoup de rondeur.

En quittant le Kaisersthul vers l’Est, on arrive dans le Brisgau, sous-région la plus chaude de Bade. Les vignobles s’étirent vers le Nord parallèlement au Rhin. Les terrasses volcaniques couvertes de loess laissent ici la place à des coteaux calcaires plus doux. Bernhard Huber est installé à coté du village coloré de Malterdingen. Vigneron allemand de l’année pour la revue Gault et Millau en 2007, il a bâti sa notoriété sur ses pinots noirs. Depuis 1987, année de ses premières mises en bouteille, il a eu le temps d’affiner le style de ses vins, très différents de ceux du Kaiserstuhl voisin. Le boisé reste présent dans les jeunes vins mais ils possèdent davantage de structure et de finesse, avec des vendanges plus précoces si nécessaire pour conserver la vigueur tannique et l’acidité des raisins. La dégustation qui remontait jusqu’au millésime 1990 prouve la très belle aptitude au vieillissement des vins : le Spatburgunder Reserve 2001 est intense et juteux, le 1997 très complexe, frais et ferme.

Incursion dans le sud du Palatinat

Une heure de route sépare Bade du Palatinat, situé au Nord-Ouest, sur la rive gauche du Rhin. La seconde région viticole d’Allemagne (à moins d’une heure de route de Strasbourg) consacre à présent 40% de sa production aux vins rouges à partir de cépages comme le dornfelder, le portugieser, le spätburgunder et le kerner. La production est longtemps restée médiocre, surtout dans la partie Sud, celle de la « route du vin méridionale ». Cette sous-région qui ne manque pas d’atouts, un climat doux et ensoleillé et des sols calcaires profonds, a vu surgir dans les années 1980 une génération de vignerons talentueux. Parmi eux, Hansjörg Rebholz, du domaine Okonomierat Rebholz, installé à Siebeldingen. Il continue dans la voie tracée par son père, disparu brutalement en 1978, avec un parti pris biologique (biodynamique depuis peu) et un grand soin apporté à la vigne, ce qui lui permet de ne pas chaptaliser. Juste à côté du chai, Hansjörg Rebholz montre en souriant le tracé de l’ancienne frontière avec la France qui rappelle que la région fût un éphémère département français, baptisé Mont-Tonnerre, au début du XIX ème siècle. Car il est francophile et entretient des complicités avec la Bourgogne, à Chambolle-Musigny en particulier dont les vins l’inspirent. Ses cuvées de pinot noir s’en rapprochent et montrent beaucoup de délicatesse, un côté floral très prononcé, un boisé bien intégré et de belles structures toniques et fermes, qui font de beaux vins (crus Im Sonnenschein et vom Muschelkalk) évoluant bien comme le splendide Spätburgunder Gold 1997.

C’est encore un autre style que celui rencontré à Ilbesheim, à la pointe Sud du Palatinat, où sévit la joyeuse Südpfalz Connexion, une association de 5 jeunes vignerons, amis et unis par la même vision du vin. Ce sont avant tout des spécialistes du riesling et du pinot blanc, mais l’attrait pour les cépages rouges est là aussi manifeste. Le pinot noir est toujours le plus en vue, avec une mention pour les vins de Peter Siener mais on n’hésite pas à expérimenter : Sven Leiner (Weingut Liener) s’échine même à planter du tempranillo (cépage rouge espagnol) sur des coteaux bien exposés, avec un résultat surprenant. Un culot et une créativité qui sont de bon augure pour l’avenir des vins rouges allemands.

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Si vous passez en terres gardoises et que vous êtes amateur de vins et d’histoire, faites un détour par le Mas des Tourelles, à proximité de la Languedocienne (A9) qui reprend le tracé de la Via Domitia, sorte d’autoroute de l‘Antiquité qui reliait l’Italie à l’Espagne. Situé en Terre d’Argence, pays frontière entre Provence et Languedoc, avec Beaucaire comme capitale, ce domaine viticole historique des Costières de Nîmes s’est fait le lieu d’une belle expérience : ressusciter le vin tel que les romains ont pu le boire il y a plus de 2000 ans.

Le vin romain ressuscité

Des vignerons archéologues

A l’origine de ce projet, quelques coups de pioche bienheureux au début des années 1980 qui ont mis à jour le site d’un atelier gallo-romain de fabrication d’amphores et la passion pour l’histoire et les vieilles pierres d’un propriétaire, Hervé Durand. Les fouilles menées révèlent que les Tourelles étaient jadis une villa gallo-romaine consacrée à la culture de la vigne et de l’olivier. Prend alors forme le projet de recréer de façon scrupuleusement scientifique des vins romains à partir des indications fournies par quelques auteurs antiques tels que Columelle, Pline l’Ancien ou Palladius. Au début des années 1990, Hervé Durand et les archéologues André Tchernia et Jean-Pierre Brun, grands spécialistes du monde romain, entament le chantier. 20 ans plus tard, c’est un vrai complexe viticole antique que visitent les 15 000 touristes de passage au Mas des Tourelles avec vignoble, chai et crus d’inspiration romaine. Le lieu n’a rien d’un gadget oenotouristique car dans ce laboratoire d’archéologie expérimentale souffle toujours la même passion, transmise par Hervé Durand à son fils, Guilhem, qui co-gère aujourd’hui la propriété.

De la pergola à l’amphore

Le chai romain et le pressoir de CatonLe petit vignoble romain, une trentaine d’ares, est situé à quelques dizaines de mètres du Mas. Différents modes romains de conduite de la vigne y ont été reproduits : gobelet, pergolas ou vignes grimpantes sur les oliviers. Quant au cépage, et en dehors du muscat à petit grain que l’on peut relier à l’apiana romain, récemment planté dans ce vignoble expérimental, aucune variété antique n’étant parvenue jusqu’à nous de manière certaine, le choix s’est porté sur un cépage blanc résistant et assez neutre, le villard. , les raisins sont versés dans un impressionnant pressoir à levier en bois construit selon les indications de Caton l’Ancien (234 – 149 av JC). Les jus sont ensuite transférés dans de grandes amphores (dolia) dans lesquelles on ajoute un defrutum (moût de raisin concentré) aromatisé avec des coings afin d’augmenter à la fois le degré d’alcool et le taux de sucre résiduel dans le vin fini, gage d’une meilleure conservation. Après fermentation, on mêle au vin diverses substances (miel, fleurs, épices, aromates, eau de mer…) qui vont façonner le caractère de chaque cuvée. Ces expériences d’archéologie expérimentale ont rendu leur premier verdict en 1991 avec la cuvée Mulsum. Deux autres sont nées depuis : le Turriculae en 1993 puis le Carenum deux ans plus tard.

Dégustation

On savait que la Rome Antique avait son échelle des crus, ses amateurs, ses dégustateurs, ses collectionneurs et même ses critères de dégustation mais on ignorait encore le goût de ses vins. Faire renaître ces saveurs oubliées depuis 2000 ans, telle est donc la finalité de ce travail de reconstitution, avec une question sous-jacente : nos palais supporteront-ils ce saut dans le temps ? Menée par Guilhem Durand, dans une belle salle en pierre de taille du Mas récemment restaurée, la dégustation s’est déroulée selon les canons actuels. Contrairement à l’usage romain, et en tant que dignes descendants de barbares, nous avons goûté les vins purs, c'est-à-dire non coupés d’eau. 

Le Mulsum

Composition : base de syrah/grenache dans laquelle on fait macérer du miel (mulsum signifie miellé), du thym et différentes épices.

Un rouge au nez de miel et de thym qui rappelle furieusement un hydromel. En bouche, le thym et le miel dominent toujours sur un fond de fruit rouge et de notes fumées, avec une finale à la fois sucrée et légèrement tannique. Peut-être la moins intéressante des trois cuvées, à cause peut-être d’un Pline l’Ancien (23 – 79 ap JC) un peu négligeant qui ne s’est pas donné la peine d’indiquer les dosages des différents ingrédients mais aussi parce que le vin de base est issu d’une vinification et de cépages classiques. Ce type de vin que les grecs et les romains réservaient au « gustatio » (à l’apéritif) n’en reste pas moins très plaisant. 

Le Carenum

Composition : base de villard vinifié en dolium avec ajout de defrutum avant la fermentation.

On doit au dénommé Palladius (IV ème siècle ap JC) cette recette très convaincante de vin liquoreux (120 g de sucre résiduel). La robe est fortement ambrée/orangée, et le nez exhale de riches parfums de fruits confits et des notes légèrement fumées. En bouche, la confiture d’abricot, le miel et le coing confit dominent, avec un équilibre sur la douceur très agréable qui n’empâte pas. C’est sans doute le vin le plus facile à appréhender, le plus proche de nos repères, qui passerait facilement pour un vin santo ou autre liquoreux passerillé. Cette cuvée donne peut-être une idée des vins romains les plus prisés, tels le falerne, le cecube ou le vin d’Albe, qui étaient tous liquoreux. 

Le Turriculae millésime 2759 (à compter de la fondation de Rome ; 2006 dans notre calendrier)

Composition : base de villard vinifié en dolium avec apport de defrutum pendant la fermentation, puis ajout d’eau de mer (réputée prophylactique), d’iris et de fenugrec.

C’est la description très précise de Columelle (I er siècle ap JC) qui a servi de base à cette recette qui, plus que les autres, ressuscite un goût très singulier. Nez marqué par le curry et la noix qui évoque les notes oxydatives d’un Xérès ou d’un vin jaune en moins puissant. La bouche est un étonnant mélange sucré/salé avec des saveurs assez intenses d’iode et de curry, portées par une agréable fraîcheur. La surprise naît de ce sel qui s’intègre parfaitement à la dégustation. Complexe et déroutant, ce type de vin était apprécié des romains car il reproduisait, à peu de frais, le goût de noix (grâce au fenugrec) typique des crus romains ayant longuement vieilli (jusqu’à 100 ans si l’on en croît Pétrone), et que l’on rencontre aujourd’hui dans certains vins oxydatifs élevés sous flore (vin jaune ou Xérès). 

Pour en savoir plus :

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Cet été, Egmont Labadie vous fait découvrir 4 bars à vins sur les lieux de vos vacances. Aujourd'hui, la Part des Anges, à Nice.

Un bar à vin pour l'été: la Part des Anges, à Nice

Voici une cave-restaurant qui fait honneur autant au bon vin qu’à la bonne cuisine. Olivier Labarde a exploré toute sa grande région, du Rhône jusqu’à la Catalogne, et présente une sélection sans œillères, qui va du vin de soif au vin d’élevage. Les élégants Tavel d’Eric Pfifferling, les gourmands Roussillon de Loïc Roure et Frédéric Rivaton, les  Bandol qui s’attendent du château Sainte Anne, mais aussi les pétillants ligériens de Christian Chaussard, ou encore les très purs Bourgogne du domaine Maréchal, se dégustent au verre et en parfaite forme, ou en bouteille sans aucun droit de bouchon, chose rarissime !

La Part des Anges est complétée depuis 2007 par le Vinivore, une autre cave-bistrot, avec une terrasse cette fois-ci, tenue par l’associé québécois d’Olivier, Bonaventure Blankstein, tout aussi passionné et nuancé que lui !  Du côté de la table, on est dans le meilleur de la bistronomie, c’est-à-dire que les deux chefs Eric Ducherval et Shun Wong cuisinent des produits frais, de saison et tous intéressants, dans des recettes sans esbrouffe et à des prix raisonnables. Pas si fréquent, dans le coin…

La Part des Anges : 17, rue Gubernatis, 06000 Nice. 04 93 62 69 80. Ouvert du lundi au jeudi de 10h30 à 20h, de 10h30 à 0h30 les vendredi et samedi. Verres de vin de 2,8 à 7 €, bouteilles de 10 à 800  € (pas de droit de bouchon !) . A la carte, ardoises de charcuteries et fromages 11€, entrées 9€, plats 13 à 18 €, desserts 5 à 6 €.

Le Vinivore : 32, avenue de la République, 06000 Nice. 04 93 26 90 17. Ouvert du mardi au samedi de 10h30 à 0h30.

A propos de l'auteur

Egmont Labadie est journaliste et auteur en gastronomie et en vins ; tombé tout petit dans la marmite et la cuve de ses grands-parents gascons, il est mené par la passion des produits gourmands, des chefs inspirés et des vins qui ont du goût et de l’âme. Depuis un guide sur les bars à vins (Les zinzins du zinc, publié en 2007 aux éditions Fleurus), il suit l’actualité des adresses qui ont le vin au verre comme fil rouge (bars à vins, caves à manger, restaurants à vins) sur son blog Terre de Vins. A venir en octobre 2010 aux éditions Dakota, un parcours initiatique au travers de cent adresses parisiennes. 

Crédit Photo : Pierrick Bourgault (www.monbar.net)

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Un bar à vin pour l'été: Le Grand Herbet, à Blainville-sur-Mer

Vincent Hoarau, professionnel de l’huître de Blainville, station balnéaire de la côte haute-normande située sur la Manche et regardant la Bretagne, allait se marier. Au moment de choisir le vin, alors qu’il n’y connaissait pas grand chose, il se souvint que son cousin Jean-Marc Brignot s’était lancé dans la viticulture très loin de là, dans le Jura. Il lui rendit visite, découvrit ses vins ainsi que ceux d’autres vignerons de ses amis. Quelques années plus tard, la passion du vin lui donna l’envie de créer un endroit où l’on pourrait à la fois déguster les excellents coquillages de la Manche, tout en buvant un bon verre.

Face à la mer, à sa beauté comme à ses furies (la tempête de 2008 avait dévasté entièrement l’endroit), parfois en compagnie des pêcheurs locaux, on mange ici de très bons plateaux de fruits de mer à prix très raisonnables, tout en dégustant les cuvées des frères Puzelat en Loire, de Gérald Oustric en Ardèche (domaine du Mazel), mais aussi ceux du cousin Jean-Marc, ou encore de sa sœur, Elise Brignot, installée à Montlouis, comme par exemple son amusant pétillant rosé à base de gamay baptisé « Zébulon ». Vincent connaît bien ses vins, les stocke longtemps, les goûte souvent, et ne les sert qu’au moment optimal. Merci Vincent !

Le Grand Herbet : La plage, 50560 Blainville-sur-mer. 02 33 46 47 98. Bar et terrasse ouverts de 11h du matin à minuit tous les jours en été, du jeudi au dimanche à partir du 15 septembre, fruits de mer servis toute la journée, cuisine midi et soir. Verres de vin de 2,5 à 3,5 euros ; bouteilles de 15 à 22 euros. Menu du midi à 9 €. A la carte, assiettes de grignotage et entrées de 5 à 6 €, salades de 7 à 7,5 €, galettes de 2,5 à 8 €, fruits de mer de 4,5 à 12 €, plateaux de fruits de mer de 6 à 43 €, moules de bouchot de 11 à 13 €, poissons et viandes de 8 à 15 €,  desserts et crèpes de 2,5 à 6 €.

A propos de l'auteur

Egmont Labadie est journaliste et auteur en gastronomie et en vins ; tombé tout petit dans la marmite et la cuve de ses grands-parents gascons, il est mené par la passion des produits gourmands, des chefs inspirés et des vins qui ont du goût et de l’âme. Depuis un guide sur les bars à vins (Les zinzins du zinc, publié en 2007 aux éditions Fleurus), il suit l’actualité des adresses qui ont le vin au verre comme fil rouge (bars à vins, caves à manger, restaurants à vins) sur son blog Terre de Vins. A venir en octobre 2010 aux éditions Dakota, un parcours initiatique au travers de cent adresses parisiennes. 

Crédit photo: Pierrick Bourgault (www.monbar.net)

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